Comment est née votre passion pour la cosmologie ? Y a-t-il eu un moment déclencheur ?

Le vrai moment déclencheur a été ma rencontre avec Stephen Hawking. À l’époque, j’avais déjà une curiosité pour les grandes questions philosophiques. J’aimais beaucoup lire les grands philosophes. En rencontrant Hawking, j’ai découvert qu’il existe une discipline appelée la cosmologie fondamentale, qui aborde scientifiquement les grandes questions éternelles que tous les humains se posent : d’où venons-nous ? Quelle est notre place dans l’univers ? Est-on seuls ? Hawking était le premier scientifique que j’ai rencontré qui explorait ces questions en suivant une méthodologie scientifique rigoureuse. Cela m’a immédiatement fasciné.

Dans votre livre L’origine du temps, qui développe la dernière théorie de Stephen Hawking, vous revenez sur les débuts de l’univers depuis le Big Bang. Qu’en sait-on aujourd’hui ?

On sait déjà beaucoup de choses. On connaît bien les processus qui ont conduit à la formation des particules, des atomes, des molécules, des étoiles et des planètes. Ce sont les questions plus fondamentales qui nous échappent encore : d’où vient cet espace ? Comment se fait-il que l’univers semble fait pour que la vie y apparaisse ? Le Big Bang est-il le début du temps ? Ce sont des questions existentielles qui restent ouvertes et qui demandent une compréhension plus profonde. Je pense qu’Hawking voulait mieux comprendre le début de l’univers, mais aussi appréhender l’unité de la nature et le lien entre notre existence et la manière dont l’univers fonctionne. Il avait un optimisme énorme dans la capacité de la science à éclairer ce phénomène. 

En quoi consiste la théorie que vous avez développée avec Stephen Hawking ?

Selon notre hypothèse, le Big Bang n’est pas juste le début de l’univers : il est à l’origine du temps et des lois physiques. Quand on remonte dans l’histoire de l’univers, on se rend compte que les lois de la physique disparaissent. Après des années de recherche, nous sommes arrivés à une vision assez darwinienne de cette phase primordiale de l’univers, où même les lois de la physique ont évolué.

Cette théorie est-elle en rupture avec ce qu’on savait déjà ?

Oui, tout à fait. La physique a toujours recherché la théorie ultime. Nous proposons un réajustement épistémologique : au lieu d’une base fondamentale fondée sur des lois fixes et éternelles, nous sommes arrivés à une conception de la physique basée sur l’idée de lois émergentes, comme en biologie. Pour nous, le Big Bang devient en quelque sorte un horizon épistémologique, c’est une nouvelle vision du monde. 

Quelles sont les questions cosmologiques qui vous habitent encore ?

Il faut maintenant tester cette théorie. Cette phase d’évolution de l’univers est difficilement accessible car, à ses débuts, l’univers était opaque. Nous ne pouvons pas observer directement le Big Bang avant ce qu’on appelle le « fond diffus cosmologique », une lumière émise environ 380 000 ans après celui-ci. Actuellement, on assiste à une révolution en astronomie autour de l’observation des ondes gravitationnelles, générées par la collision de trous noirs, et que nous pouvons capter aujourd’hui. Ces sources d’information, qui traversent l’espace sans être altérés, pourraient un jour ouvrir une fenêtre sur les tout débuts du monde, avant la lumière.

Comment votre collaboration avec Stephen Hawking a-t-elle forgé votre vision du métier de chercheur ?

J’ai travaillé pendant vingt ans avec Stephen Hawking. C’était une collaboration extrêmement riche. Il a joué un grand rôle dans ma formation. La magie de la physique et de la cosmologie est de trouver le juste milieu entre l’abstraction mathématique, la clarté philosophique et les observations. Stephen Hawking avait un talent unique pour se situer à ce point d’équilibre et cette vision a nourrit ma recherche.

Votre livre est un essai de vulgarisation scientifique. Vous participez également à des conférences qui s’adressent au grand public. En quoi est-ce important selon vous ?

Je ne vois pas la vulgarisation comme une simple transmission des savoirs, mais comme un moyen de renforcer la culture scientifique. Je pense qu’il est essentiel de préserver un débat critique, basé sur des faits et des données rationnelles qui sont des piliers de la méthode scientifique. Cette culture scientifique n’est jamais acquise, elle reste fragile surtout dans le contexte de désinformation ambiante. La cultiver, c’est permettre à chacun de prendre part au débat collectif sur le futur que nous voulons.

BIO express  

Thomas Hertog a étudié la physique à la KU Leuven. Il rencontre Stephen Hawking lors de son second Master à l’Université de Cambridge, où il obtiendra un doctorat. Il a ensuite travaillé comme chercheur à l’Université de Californie (Santa Barbara) et au CERN (Genève). Thomas Hertog est aujourd’hui professeur à la KU Leuven et directeur du Leuven Gravity Institute, un centre de recherche multidisciplinaire sur les ondes gravitationnelles.

Grandes Conférences Namuroises (GCN) : une invitation à la curiosité

Venir écouter et partager des idées avec quelques grands noms de notre société qui nous poussent à réfléchir et à s’ouvrir au monde : c’est l’invitation lancée au public chaque année depuis plus de dix ans par les GCN. Ce cycle de conférences, organisées par l’Université de Namur, en partenariat avec la Librairie Point-Virgule et le Théâtre de Namur, décryptent les grands enjeux sociétaux : environnement, économie, culture, philosophie, littérature, sciences ou encore numérique.

Présentation Grande Conférence Namuroise Thomas Hertog

Cet article est tiré de la rubrique "L'invité" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025