NARILIS cherche à stimuler les interactions bidirectionnelles entre les chercheurs fondamentaux et les médecins, et à établir des passerelles entre le laboratoire et le chevet du patient. NARILIS vise donc à faciliter la transposition des résultats de la recherche fondamentale en applications cliniques. Sa mission est de promouvoir la recherche multidisciplinaire afin d'améliorer la santé humaine et animale et la qualité de vie.

Un pont entre la science fondamentale et la médecine

NARILIS est fondé sur un partenariat entre l'UNamur et le complexe hospitalier CHU UCL Namur.

Grâce à ce partenariat, NARILIS favorise les interactions bidirectionnelles entre les chercheurs orientés vers la recherche fondamentale et ceux orientés vers la recherche clinique, et permet d'établir des passerelles entre le laboratoire et le chevet du patient. NARILIS offre ainsi aux scientifiques l'opportunité de mener des recherches qui ont un impact sur la santé, et finalement de participer au transfert des découvertes scientifiques fondamentales vers des applications cliniques.
Recherche multidisciplinaire et collaborative

NARILIS rassemble des scientifiques de diverses disciplines, notamment des biologistes, des physiciens, des chimistes, des géographes, des pharmaciens et des vétérinaires de l'UNamur, ainsi que des professionnels de la santé humaine du CHU UCL Namur. NARILIS encourage les groupes de recherche à passer du cloisonnement à la synergie et à travailler ensemble pour développer des projets innovants.

Six entités de recherche multidisciplinaires ont été créées au sein de NARILIS :

  • Namur Thrombosis & Hemostasis Center (NTHC)
  • Centre de Médecine et d'Innovation Médicamenteuse de Namur (NAMEDIC)
  • Centre de Nanosécurité de Namur (NNC)
  • Pôle de recherche en cancérologie de Namur
  • Pôle de recherche en infectiologie de Namur (NaRePI)
  • Omnibus Animalibus Studia Sanitatis (OASIS)

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Actualités

Du blob dans l’espace : une mission scientifique inédite

Espace
UNIVERSEH

Dans les prochains mois, l’Université de Namur participera à une mission spatiale exceptionnelle à bord de la Station spatiale internationale (ISS), aux côtés de l’astronaute belge Raphaël Liégeois. Le projet BeBlob, porté par les chercheurs Boris Hespeels (Institut ILEE) et Anne-Catherine Heuskin (Institut NARILIS), vise à étudier les capacités de réparation de l’ADN d’un organisme fascinant : le blob (Physarum polycephalum).

Physarum polycephalum

Dans les valises de l’astronaute Raphaël Liégeois, se trouveront des passagers plutôt insolites : des échantillons de blob desséchés, dont certains préalablement irradiés par des rayons X à l’UNamur. Objectif des scientifiques namurois ? Observer comment cet organisme répond à l’environnement spatial et est capable de réparer son ADN en microgravité, et comparer ces résultats avec ceux obtenus lors d’une expérience similaire réalisée sur Terre. « Nous simulons, dans notre laboratoire, les stress que le blob pourrait subir dans l’espace, afin d’évaluer sa capacité de survie et de réparation », explique Anne-Catherine Heuskin, professeure au Département de physique.

Une préparation minutieuse et des tests rigoureux

En attendant le décollage de la fusée prévu courant de l’année 2027, les chercheurs de l’UNamur préparent déjà activement la mission. Depuis plusieurs mois, ils mènent une batterie de tests pour garantir la fiabilité de l’expérience : réaction à des variations de température, pannes électriques, transport vers le lieu de décollage en Floride, assemblage du mini-vaisseau qui abritera les échantillons, etc. « Chaque détail compte : même le choix des sachets qui protègent les échantillons de la lumière peut influencer les résultats », souligne Boris Hespeels.

Une fois dans l’ISS, Raphaël Liégeois procédera à la réhydratation des échantillons, à leur culture dans une cabine de la station et les placera enfin dans un congélateur à -80°C. « Cette manipulation, simple en apparence, devient complexe en apesanteur. Par ailleurs, nous devons aussi nous assurer de la stabilité de nos échantillons, peu importe le timing de l’expérience », poursuit Boris Hespeels. Au sein de l’ISS, Raphaël Liégeois va, en effet, devoir mener diverses expériences sélectionnées par le service public de la Politique scientifique fédérale (BELSPO). « Et l’ordre de leur réalisation n’est pas encore établi », précisent les deux chercheurs namurois.  

Station spatiale internationale (ISS)

Des retombées scientifiques et sociétales majeures

Les analyses post-mission permettront d’identifier les mécanismes de protection cellulaire en conditions extrêmes. Ces résultats pourraient inspirer le développement de molécules protectrices pour les astronautes ou les patients en radiothérapie. « L’espace reste un environnement hostile. Comprendre comment le vivant s’y adapte est essentiel pour préparer l’exploration future », rappelle Boris Hespeels.

Enfin, le projet BeBlob comporte aussi un volet pédagogique : des activités autour du blob seront proposées dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à la recherche scientifique et à l’exploration spatiale. Un projet ambitieux est également à l’étude, afin de permettre à des élèves de 8 à 18 ans de travailler directement sur des échantillons ayant participé à la mission de Raphaël Liégeois à bord de l’ISS.

Qu'est-ce qu'un blob ?

Le blob (Physarum polycephalum) est un organisme unicellulaire hors norme. Ni animal, ni plante, ni champignon. Dépourvu de cerveau, il est pourtant capable d’apprendre, de mémoriser et de résoudre des problèmes complexes. Il peut se dessécher complètement et survivre dans des conditions extrêmes, ce qui en fait un modèle idéal pour étudier la résilience du vivant. Dans le cadre du projet BeBlob, les chercheurs de l’UNamur ont mis en évidence une capacité exceptionnelle de résistance aux rayonnements ionisants chez cet organisme, jusqu’à mille fois la dose de radiation léthale pour un être humain !

Physarum polycephalum

L’expertise de l’UNamur

L’Université de Namur s’impose comme un acteur clé dans l’étude du blob. Les chercheurs du LARN (Laboratoire d'Analyse par Réaction Nucléaire) et des Instituts ILEE (Institute of Life, Earth and Environment) et NARILIS (Namur Research Institut for Life Sciences) mènent depuis plusieurs années des recherches sur la résistance aux radiations et la réparation de l’ADN. Le projet BeBlob s’appuie sur une expérience acquise lors de précédentes missions spatiales et sur une collaboration active avec l’ESA et BELSPO. Le projet BeBlob est l’une des trois expériences scientifiques belges sélectionnées parmi 29 projets, pour être réalisées lors de la mission de l’astronaute belge Raphaël Liégeois prévue en 2027. Cette compétence scientifique place l’UNamur au cœur des enjeux de la biologie spatiale et de la recherche fondamentale sur la vie en milieu extrême. Un projet qui s’inscrit dans la dynamique d’UNIVERSEH, l’alliance d’universités européennes ERASMUS+ qui vise à construire une « université européenne » axée sur le secteur spatial, et dont l’UNamur fait partie. 

Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025

Charlotte Beaudart : Une chercheuse engagée dans le bien vieillir

Sciences biomédicales
Médecine

Depuis environ une décennie, une maladie attire l’attention de la communauté médicale. Son nom : la sarcopénie. Cette pathologie touche plus de 10 % des plus de 65 ans et se caractérise par une perte importante de la masse et de la force musculaire. Charlotte Beaudart, membre du Département de sciences biomédicales et de l'Institut de recherche NARILIS, s’est imposée sur la scène internationale ces dernières années en contribuant à mieux comprendre cette maladie et à la faire connaître.

Charlotte Beaudart

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous spécialiser dans le domaine du vieillissement ?

Tout a démarré avec ma thèse de doctorat. On m’a proposé de travailler sur la sarcopénie, un sujet alors peu exploré en 2012. C’était le tout début : on commençait seulement à parler de cette maladie. La thématique m’a immédiatement intéressée et j’ai rapidement remarqué que la recherche dans ce domaine était encore à un stade embryonnaire ! J’ai lancé une étude de cohorte sur 530 patients de plus de 65 ans qui ont été suivis durant une dizaine d’années. Ces données ont permis de publier de nombreuses études. C’est seulement en 2016 que la sarcopénie a été reconnue comme une pathologie à part entière. Jusque-là, elle était peu connue du grand public et des professionnels de la santé. De plus, il existait un tas de définitions de la maladie, ce qui entretenait une certaine complexité. J’ai rejoint un groupe d’experts internationaux, le GLIS (Global Leadership Initiative in Sarcopenia), qui travaille actuellement à établir une définition mondiale et consensuelle de la sarcopénie. On avance donc enfin vers une définition claire et une plus grande sensibilisation à la maladie, notamment auprès des médecins.

Justement, comment définit-on la sarcopénie ?

Aujourd’hui, la sarcopénie se définit par une perte progressive et généralisée de force et de masse musculaire avec l’avancée en âge, au-delà du seuil physiologique. Tout le monde perd du muscle en vieillissant, mais on remarque que certains en perdent beaucoup plus que d’autres. Nous cherchons à comprendre cette variabilité interindividuelle, qui est influencée par de nombreux facteurs : génétiques, métaboliques, etc.

Quel est le pourcentage de personnes touchées ?

Cette maladie touche énormément de personnes âgées. On estime ainsi qu’entre 10 et 16 % des plus de 65 ans sont atteintes de sarcopénie. Ce chiffre monte à 60 % pour les personnes hospitalisées, dans un service d’oncologie par exemple. 

Pourquoi mérite-t-elle une attention particulière ?

Outre sa prévalence importante, ses conséquences sont lourdes : chutes, fractures, hospitalisations, perte d’autonomie, baisse de la qualité de vie et, c’est très clair, une mortalité accrue. De nombreux travaux commencent également à montrer l’importance des coûts de santé associés à la sarcopénie. L’impact de la sarcopénie se mesure donc au-delà d’un impact individuel, on peut parler d’un véritable impact sociétal !

C’est une question de santé publique sous-estimée selon vous ?

Ça l’était clairement il y a quelques années, mais la situation évolue. La recherche explose et les médias commencent à s’y intéresser. Les politiques y accordent également de plus en plus d’attention, ce qui est très positif. On a tous envie de bien vieillir et de préserver ses capacités physiques.

Vous avez développé un outil spécifique, le SarQol. De quoi s’agit-il ?

Le SarQol est un questionnaire de qualité de vie spécifique à la sarcopénie, créé il y a dix ans. Le terme « spécifique » prend tout son sens, car auparavant on utilisait des outils génériques de mesure de la qualité de vie, qui ne mesuraient que partiellement son impact réel. J’ai reçu énormément de sollicitations pour l’utilisation et la traduction de ce questionnaire. Il a ainsi été traduit en plus de quarante langues ! Au vu de cet engouement, j’ai réalisé une méta-analyse qui a montré de manière unanime une diminution nette de la qualité de vie des patients atteints de sarcopénie. 

Cet outil est représentatif d’une approche dite « centrée sur le patient ». Comment se concrétise-t-elle ?

La recherche clinique tend à davantage intégrer le patient dans le processus de soin. Si le patient se sent écouté et compris, cela va influencer sa pathologie. Le SarQoL s’inscrit dans cette logique, tout comme la technique du Discrete choice experiment (DCE), à laquelle je m’intéresse particulièrement. Il s’agit d’une étude de préférence de patients en matière de caractéristique de traitement. En effet, il n’existe à ce jour aucun traitement médicamenteux pour traiter la sarcopénie. Ce type d’étude va donc permettre à l’industrie pharmaceutique, mais aussi, agroalimentaire de proposer des traitements pharmacologiques ou des suppléments nutritionnels adaptés aux préférences du patient. En tenant compte de ses préférences, on obtient une meilleure adhérence au traitement, et donc, de meilleurs résultats.

En plus de votre casquette de chercheuse, vous êtes aussi experte en méthodologie. En quoi cela consiste-t-il ?

Les Discrete choice experiment (DCE), comme les méta-analyses, sont des méthodes qui peuvent s’appliquer à de nombreux domaines de recherche. Je suis donc régulièrement contactée par des chercheurs et des cliniciens du monde de la santé, mais pas seulement, pour appliquer concrètement ces outils à leurs thématiques de recherche. Je suis très friande de ce genre de collaborations, qui nourrissent ma curiosité scientifique.

CV express

Charlotte Beaudart est chargée de cours au Département des sciences biomédicales de l’UNamur et membre de l’Institut NARILIS. Lauréate du Prix de la Fondation AstraZeneca, Namuroise de l’année 2024 et titulaire d’un mandat Start-Up Collen-Franqui, elle siège dans plusieurs conseils médicaux belges et internationaux, dont le Belgian Bone Club, le Belgian Aging Muscle Society, l’European Society on Clinical and Economical Aspect of Musculoskeletal Disease et le Global Leadership Initiative in Sarcopenia (GLIS). Elle a récemment rejoint le conseil scientifique de Sciensano et sera prochainement membre du Collège des Jeunes chercheurs de l’Académie royale de Médecine de Belgique. Charlotte Beaudart s'est également vue décerner le prix René de Cooman 2025, une récompense de la Société Belge de Gérontologie et Gériatrie attribuée à de jeunes chercheurs belges pour leur contribution scientifique à la problématique du vieillissement.

Cet article est tiré de la rubrique "L'experte" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025

28 nouveaux projets de recherche financés grâce au FNRS

Prix

Le F.R.S.-FNRS vient de publier les résultats de ses différents appels 2025. Il s’agit des appels « Crédits & Projets » et « WelCHANGE » ainsi que les appels « FRIA » (Fonds pour la formation à la Recherche dans l’Industrie et dans l’Agriculture) et « FRESH » (Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines) visant à soutenir des thèses de doctorat. Résultats pour l’UNamur ? 28 projets sélectionnés témoignant de la qualité et de la richesse de la recherche à l’UNamur. 

Logo FNRS

L’appel « Crédits & Projets » a permis d’obtenir 12 financements pour de nouveaux projets ambitieux. Parmi ceux-ci, notons deux financements « équipement », huit financements « crédits de recherche (CDR) », deux financements « projets de recherche (PDR) » dont un en collaboration avec l’ULB. L’appel de soutien à la recherche doctorale FRIA financera onze bourses de doctorat et l’appel FRESH, trois. 

Deux prestigieux Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) ont également été obtenus.  Ce financement de 3 ans permet de soutenir de jeunes chercheurs permanents désireux de développer un programme de recherche original et novateur en acquérant leur autonomie scientifique au sein de leur département.  

Signalons également les deux projets financés dans le cadre de l’appel « WelCHANGE » ; instrument de financement de projets de recherche ayant des impacts sociétaux potentiels, portés par une promotrice principale ou un promoteur principal relevant des Sciences Humaines et Sociales.

Les résultats en détail

Appel Equipement  

  • Xavier De Bolle, Institut Narilis, Co-promoteur en collaboration avec l’UCLouvain
  • Luca Fusaro, Institut NISM 

Appel Crédits de recherche (CDR) 

  • Marc Hennequart, Institut NARILIS
  • Nicolas Gillet, Institut NARILIS
  • Jean-Yves Matroule, Institut NARILIS
  • Patricia Renard, Institut NARILIS
  • Francesco Renzi, Institut NARILIS
  • Stéphane Vincent, Institut NISM
  • Laurence Meurant, Institut NaLTT
  • Emma-Louise Silva, Institut NaLTT  

Appel Projets de recherche (PDR) 

  • Jérémy Dodeigne, Institut Transitions, Co-promoteur en collaboration avec l’ULB
  • Luc Henrard, Institut NISM; Co-promoteur: Yoann Olivier, Institut NISM 

Fonds pour la formation à la Recherche dans l’Industrie et dans l’Agriculture (FRIA)

  • Emma Bongiovanni - Promotrice : Catherine Michaux, Institut NISM
  • Simon Chabot - Promotrice : Carine Michiels, Institut Narilis ; Co-promotrice : Anne-Catherine Heuskin, Institut Narilis
  • Lee Denis - Promotrice : Muriel Lepère, Institut ILEE
  • Maé Desclez - Promoteur : Johan Yans, Institut ILEE ; Co-promoteur : Hamed Pourkhorsandi (Université de Toulouse)
  • Pierre Lombard - Promoteur : Benoît Muylkens, Institut Narilis ; Co-promoteur : Damien Coupeau, Institut Narilis
  • Amandine Pecquet - Promoteur : Nicolas Gillet, Institut Narilis ; Co-promoteur : Damien Coupeau, Institut Narilis
  • Kilian Petit - Promoteur : Henri-François Renard, Institut Narilis ; Co-promoteur : Xavier De Bolle, Institut Narilis
  • Simon Rouxhet - Promotrice : Catherine Michaux, Institut NISM ; Co-promoteur : Nicolas Gillet, Institut Narilis
  • William Soulié - Promoteur : Yoann Olivier, Institut NISM
  • Elisabeth Wanlin - Promoteur : Xavier De Bolle, Institut Narilis
  • Laura Willam - Promoteur : Frédérik De Laender, Institut ILEE 

Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines (FRESH) 

  • Louis Droussin - Promoteur : Arthur Borriello, Institut Transitions ; Co-promoteur : Vincent Jacquet, Institut Transitions
  • Nicolas Larrea Avila - Promoteur : Guilhem Cassan, Institut DeFIPP
  • Victor Sluyters – Promotrice : Wafa Hammedi, Institut NADI
  • Amandine Leboutte - Co-promotrice : Erika Wauthia (UMons) ; Co-promoteur : Cédric Vanhoolandt, Institut IRDENa.

Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) 

  • Charlotte Beaudart, Institut Narilis
  • Eli Thoré Institut ILEE 

Appel WelCHANGE  

  • Nathalie Burnay Institut Transitions, en collaboration avec l’UCLouvain
  • Catherine Guirkinger Institut DeFIPP

Félicitations à tous et toutes ! 

Les DCF, une arme moléculaire contre les défenses bactériennes

Chimie

Alors que la résistance des bactéries aux antibiotiques est un problème de santé publique, l'équipe du professeur Stéphane Vincent met actuellement au point des réseaux dynamiques constitutionnels (Dynamic Constitutional Frameworks, DCF) : un système moléculaire qui serait capable de briser certaines résistances et ainsi délivrer des antibiotiques au plus près des pathogènes.

molécules

Il en est des découvertes scientifiques comme des belles histoires : elles commencent souvent par une rencontre. Il y a près de 20 ans, le professeur Stéphane Vincent, du Laboratoire de Chimie Bio-Organique de l'UNamur, alors jeune chimiste spécialiste des sucres, est en quête de nouveauté. À la faveur d'un post-doctorat à Strasbourg, en France, dans le laboratoire de Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie en 1987 et spécialiste de la chimie supramoléculaire, il se lie d'amitié avec un autre post-doctorant : le Roumain Mihail Barboiu, aujourd'hui chercheur au CNRS à Montpellier.

 « Les recherches menées entre Montpellier et Strasbourg ont donné naissance à ce qu'on appelle les Dynamic Constitutional Framework », révèle Stéphane Vincent. « Ce sont des molécules qui s'assemblent et se désassemblent en permanence, ce qui leur donne des propriétés intéressantes. Faiblement toxiques pour les cellules animales et humaines, les DCF peuvent interagir avec les composants essentiels des cellules, comme les protéines ou l'ADN. »

VINCENT Stéphane
Stéphane Vincent

Peu avant la pandémie de Covid-19, lors d'un congrès scientifique, Mihail Barboiu montre à Stéphane Vincent le résultat de ses expériences.  « Il utilisait les DCF comme une sorte de transporteur, pour apporter des gènes (fragments d’ADN ou d’ARN) dans une cellule », se souvient le chimiste. « J'ai alors compris que les DCF étaient des molécules chargées positivement et qu'elles s'adaptaient facilement à l'ADN qui, lui, est chargé négativement. Cela m'a donné l'idée de les utiliser contre des bactéries, à la manière de certains antibiotiques, eux aussi chargés positivement. »

Un tournant antibactérien 

Les deux chercheurs établissent alors un premier projet de recherche, avec une thèse financée en cotutelle par l'UNamur, qui aboutit en 2021 à la publication des premiers résultats montrant l'activité antibactérienne des DCF.  « À l'époque, je travaillais déjà sur des approches antibactériennes, notamment contre Pseudomonas aeruginosa, un pathogène important qui forme des biofilms », précise Stéphane Vincent.

Pour lutter contre les antiseptiques et les antibiotiques, les bactéries procèdent de plusieurs manières. En plus de développer des mécanismes pour bloquer le fonctionnement des antibiotiques, elles sont capables de s'agréger ou de s'arrimer à une surface, par exemple celle d'un implant médical et de s'y recouvrir d'un enchevêtrement complexe de toutes sortes de molécules. Ce dernier, que l'on nomme biofilm, protège les bactéries des agressions extérieures. Ces biofilms sont un problème de santé publique majeur, car ils permettent aux bactéries de survivre même aux antibiotiques les plus puissants et sont notamment à l'origine de maladies nosocomiales, des infections contractées au cours d’un séjour dans un établissement de soins. 

 « Nous avons montré que certains DCF étaient à la fois capables d'inhiber la production de biofilms, mais aussi de les affaiblir, exposant ainsi les bactéries à leur environnement », résume Stéphane Vincent.

Le projet TADAM, une alliance européenne !

Fort de ces résultats et grâce au C2W, un programme européen « très compétitif » qui finance des post-doctorats, Stéphane Vincent invite Dmytro Strilets, un chimiste ukrainien qui vient de terminer sa thèse sous la direction de Mihail Barboiu, à travailler dans son laboratoire sur les DCF. Ce projet, dénommé TADAM et mené en collaboration avec les chercheurs Tom Coenye de l'UGent et Charles Van der Henst de la VUB, se penche alors sur le potentiel antibactérien et antibiofilm des DCF contre Acinetobacter baumannii, une bactérie qui fait partie, tout comme Pseudomonas aeruginosa, de la liste des pathogènes les plus préoccupants définie par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). 

Le projet TADAM repose sur un assemblage ingénieux : les DCF sont associés à des molécules particulières, les pillararènes. Ces derniers forment une sorte de cage autour d'une molécule antibiotique éprouvée, la lévofloxacine et améliore ainsi sa biodisponibilité et sa stabilité. Les DCF ont alors comme rôle d'inhiber et de désagréger le biofilm, pour permettre aux pillararènes de délivrer leur antibiotique directement aux bactéries ainsi exposées.

Les résultats obtenus par l'équipe de Stéphane Vincent sont spectaculaires : l'assemblage DCF-pillararène-antibiotique a une efficacité jusqu'à quatre fois supérieure à celle de l'antibiotique utilisé seul ! Constatant qu'il n'existe encore que peu de travaux menés sur l'effet antibiotique de ces nouvelles molécules, les chercheurs décident alors de protéger leur invention par un dépôt de brevet conjoint, avant d'aller plus loin.

Car tout reste encore à faire. D'abord, parce que malgré des résultats plus que probants, le fonctionnement de l'assemblage reste encore obscur.  « Toute l'étude du mécanisme d'action doit encore se faire », indique Stéphane Vincent. « Comment s'agence l'antibiotique dans la cage de pillararène ? Pourquoi les DCF ont-ils une activité antibiofilm ? Comment s'agencent les DCF et les pillararènes ? Toutes ces questions sont importantes, non seulement pour comprendre nos résultats, mais aussi pour éventuellement développer de nouvelles générations de molécules. »

Et sur ce point, Stéphane Vincent veut se montrer particulièrement prudent.  « On rêve tous, évidemment, d’une molécule universelle qui va fonctionner sur tous les pathogènes, mais il faut faire preuve d'humilité », tempère-t-il. « Je travaille avec des biologistes depuis de nombreuses années et je sais que la réalité biologique est infiniment plus complexe que nos conditions de laboratoire. Mais c'est bien parce que nos résultats sont très encourageants que nous devons persévérer dans cette voie. »

Le chimiste a d'ailleurs déjà plusieurs pistes : « Nous allons tester les molécules sur des bactéries "circulantes" en suspension dans un liquide, qui se comportent de manière très différente. Et puis nous allons également travailler sur des isolats cliniques de bactéries pathogènes, afin de nous approcher un peu plus des conditions réelles dans lesquelles ces biofilms se forment. » 

Dmytro Strilets vient de recevoir un mandat de Chargé de recherche du FNRS afin de développer des DCF de deuxième génération et étudier leur mode d’action. Le projet TADAM a reçu un financement de l'Université de Namur et du programme de recherche et d'innovation Horizon 2020 de l'Union européenne dans le cadre de la convention de subvention Marie Skłodowska-Curie n°101034383. 

Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #38 (Septembre 2025).

cover-omalius-septembre-2025

Du blob dans l’espace : une mission scientifique inédite

Espace
UNIVERSEH

Dans les prochains mois, l’Université de Namur participera à une mission spatiale exceptionnelle à bord de la Station spatiale internationale (ISS), aux côtés de l’astronaute belge Raphaël Liégeois. Le projet BeBlob, porté par les chercheurs Boris Hespeels (Institut ILEE) et Anne-Catherine Heuskin (Institut NARILIS), vise à étudier les capacités de réparation de l’ADN d’un organisme fascinant : le blob (Physarum polycephalum).

Physarum polycephalum

Dans les valises de l’astronaute Raphaël Liégeois, se trouveront des passagers plutôt insolites : des échantillons de blob desséchés, dont certains préalablement irradiés par des rayons X à l’UNamur. Objectif des scientifiques namurois ? Observer comment cet organisme répond à l’environnement spatial et est capable de réparer son ADN en microgravité, et comparer ces résultats avec ceux obtenus lors d’une expérience similaire réalisée sur Terre. « Nous simulons, dans notre laboratoire, les stress que le blob pourrait subir dans l’espace, afin d’évaluer sa capacité de survie et de réparation », explique Anne-Catherine Heuskin, professeure au Département de physique.

Une préparation minutieuse et des tests rigoureux

En attendant le décollage de la fusée prévu courant de l’année 2027, les chercheurs de l’UNamur préparent déjà activement la mission. Depuis plusieurs mois, ils mènent une batterie de tests pour garantir la fiabilité de l’expérience : réaction à des variations de température, pannes électriques, transport vers le lieu de décollage en Floride, assemblage du mini-vaisseau qui abritera les échantillons, etc. « Chaque détail compte : même le choix des sachets qui protègent les échantillons de la lumière peut influencer les résultats », souligne Boris Hespeels.

Une fois dans l’ISS, Raphaël Liégeois procédera à la réhydratation des échantillons, à leur culture dans une cabine de la station et les placera enfin dans un congélateur à -80°C. « Cette manipulation, simple en apparence, devient complexe en apesanteur. Par ailleurs, nous devons aussi nous assurer de la stabilité de nos échantillons, peu importe le timing de l’expérience », poursuit Boris Hespeels. Au sein de l’ISS, Raphaël Liégeois va, en effet, devoir mener diverses expériences sélectionnées par le service public de la Politique scientifique fédérale (BELSPO). « Et l’ordre de leur réalisation n’est pas encore établi », précisent les deux chercheurs namurois.  

Station spatiale internationale (ISS)

Des retombées scientifiques et sociétales majeures

Les analyses post-mission permettront d’identifier les mécanismes de protection cellulaire en conditions extrêmes. Ces résultats pourraient inspirer le développement de molécules protectrices pour les astronautes ou les patients en radiothérapie. « L’espace reste un environnement hostile. Comprendre comment le vivant s’y adapte est essentiel pour préparer l’exploration future », rappelle Boris Hespeels.

Enfin, le projet BeBlob comporte aussi un volet pédagogique : des activités autour du blob seront proposées dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à la recherche scientifique et à l’exploration spatiale. Un projet ambitieux est également à l’étude, afin de permettre à des élèves de 8 à 18 ans de travailler directement sur des échantillons ayant participé à la mission de Raphaël Liégeois à bord de l’ISS.

Qu'est-ce qu'un blob ?

Le blob (Physarum polycephalum) est un organisme unicellulaire hors norme. Ni animal, ni plante, ni champignon. Dépourvu de cerveau, il est pourtant capable d’apprendre, de mémoriser et de résoudre des problèmes complexes. Il peut se dessécher complètement et survivre dans des conditions extrêmes, ce qui en fait un modèle idéal pour étudier la résilience du vivant. Dans le cadre du projet BeBlob, les chercheurs de l’UNamur ont mis en évidence une capacité exceptionnelle de résistance aux rayonnements ionisants chez cet organisme, jusqu’à mille fois la dose de radiation léthale pour un être humain !

Physarum polycephalum

L’expertise de l’UNamur

L’Université de Namur s’impose comme un acteur clé dans l’étude du blob. Les chercheurs du LARN (Laboratoire d'Analyse par Réaction Nucléaire) et des Instituts ILEE (Institute of Life, Earth and Environment) et NARILIS (Namur Research Institut for Life Sciences) mènent depuis plusieurs années des recherches sur la résistance aux radiations et la réparation de l’ADN. Le projet BeBlob s’appuie sur une expérience acquise lors de précédentes missions spatiales et sur une collaboration active avec l’ESA et BELSPO. Le projet BeBlob est l’une des trois expériences scientifiques belges sélectionnées parmi 29 projets, pour être réalisées lors de la mission de l’astronaute belge Raphaël Liégeois prévue en 2027. Cette compétence scientifique place l’UNamur au cœur des enjeux de la biologie spatiale et de la recherche fondamentale sur la vie en milieu extrême. Un projet qui s’inscrit dans la dynamique d’UNIVERSEH, l’alliance d’universités européennes ERASMUS+ qui vise à construire une « université européenne » axée sur le secteur spatial, et dont l’UNamur fait partie. 

Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025

Charlotte Beaudart : Une chercheuse engagée dans le bien vieillir

Sciences biomédicales
Médecine

Depuis environ une décennie, une maladie attire l’attention de la communauté médicale. Son nom : la sarcopénie. Cette pathologie touche plus de 10 % des plus de 65 ans et se caractérise par une perte importante de la masse et de la force musculaire. Charlotte Beaudart, membre du Département de sciences biomédicales et de l'Institut de recherche NARILIS, s’est imposée sur la scène internationale ces dernières années en contribuant à mieux comprendre cette maladie et à la faire connaître.

Charlotte Beaudart

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous spécialiser dans le domaine du vieillissement ?

Tout a démarré avec ma thèse de doctorat. On m’a proposé de travailler sur la sarcopénie, un sujet alors peu exploré en 2012. C’était le tout début : on commençait seulement à parler de cette maladie. La thématique m’a immédiatement intéressée et j’ai rapidement remarqué que la recherche dans ce domaine était encore à un stade embryonnaire ! J’ai lancé une étude de cohorte sur 530 patients de plus de 65 ans qui ont été suivis durant une dizaine d’années. Ces données ont permis de publier de nombreuses études. C’est seulement en 2016 que la sarcopénie a été reconnue comme une pathologie à part entière. Jusque-là, elle était peu connue du grand public et des professionnels de la santé. De plus, il existait un tas de définitions de la maladie, ce qui entretenait une certaine complexité. J’ai rejoint un groupe d’experts internationaux, le GLIS (Global Leadership Initiative in Sarcopenia), qui travaille actuellement à établir une définition mondiale et consensuelle de la sarcopénie. On avance donc enfin vers une définition claire et une plus grande sensibilisation à la maladie, notamment auprès des médecins.

Justement, comment définit-on la sarcopénie ?

Aujourd’hui, la sarcopénie se définit par une perte progressive et généralisée de force et de masse musculaire avec l’avancée en âge, au-delà du seuil physiologique. Tout le monde perd du muscle en vieillissant, mais on remarque que certains en perdent beaucoup plus que d’autres. Nous cherchons à comprendre cette variabilité interindividuelle, qui est influencée par de nombreux facteurs : génétiques, métaboliques, etc.

Quel est le pourcentage de personnes touchées ?

Cette maladie touche énormément de personnes âgées. On estime ainsi qu’entre 10 et 16 % des plus de 65 ans sont atteintes de sarcopénie. Ce chiffre monte à 60 % pour les personnes hospitalisées, dans un service d’oncologie par exemple. 

Pourquoi mérite-t-elle une attention particulière ?

Outre sa prévalence importante, ses conséquences sont lourdes : chutes, fractures, hospitalisations, perte d’autonomie, baisse de la qualité de vie et, c’est très clair, une mortalité accrue. De nombreux travaux commencent également à montrer l’importance des coûts de santé associés à la sarcopénie. L’impact de la sarcopénie se mesure donc au-delà d’un impact individuel, on peut parler d’un véritable impact sociétal !

C’est une question de santé publique sous-estimée selon vous ?

Ça l’était clairement il y a quelques années, mais la situation évolue. La recherche explose et les médias commencent à s’y intéresser. Les politiques y accordent également de plus en plus d’attention, ce qui est très positif. On a tous envie de bien vieillir et de préserver ses capacités physiques.

Vous avez développé un outil spécifique, le SarQol. De quoi s’agit-il ?

Le SarQol est un questionnaire de qualité de vie spécifique à la sarcopénie, créé il y a dix ans. Le terme « spécifique » prend tout son sens, car auparavant on utilisait des outils génériques de mesure de la qualité de vie, qui ne mesuraient que partiellement son impact réel. J’ai reçu énormément de sollicitations pour l’utilisation et la traduction de ce questionnaire. Il a ainsi été traduit en plus de quarante langues ! Au vu de cet engouement, j’ai réalisé une méta-analyse qui a montré de manière unanime une diminution nette de la qualité de vie des patients atteints de sarcopénie. 

Cet outil est représentatif d’une approche dite « centrée sur le patient ». Comment se concrétise-t-elle ?

La recherche clinique tend à davantage intégrer le patient dans le processus de soin. Si le patient se sent écouté et compris, cela va influencer sa pathologie. Le SarQoL s’inscrit dans cette logique, tout comme la technique du Discrete choice experiment (DCE), à laquelle je m’intéresse particulièrement. Il s’agit d’une étude de préférence de patients en matière de caractéristique de traitement. En effet, il n’existe à ce jour aucun traitement médicamenteux pour traiter la sarcopénie. Ce type d’étude va donc permettre à l’industrie pharmaceutique, mais aussi, agroalimentaire de proposer des traitements pharmacologiques ou des suppléments nutritionnels adaptés aux préférences du patient. En tenant compte de ses préférences, on obtient une meilleure adhérence au traitement, et donc, de meilleurs résultats.

En plus de votre casquette de chercheuse, vous êtes aussi experte en méthodologie. En quoi cela consiste-t-il ?

Les Discrete choice experiment (DCE), comme les méta-analyses, sont des méthodes qui peuvent s’appliquer à de nombreux domaines de recherche. Je suis donc régulièrement contactée par des chercheurs et des cliniciens du monde de la santé, mais pas seulement, pour appliquer concrètement ces outils à leurs thématiques de recherche. Je suis très friande de ce genre de collaborations, qui nourrissent ma curiosité scientifique.

CV express

Charlotte Beaudart est chargée de cours au Département des sciences biomédicales de l’UNamur et membre de l’Institut NARILIS. Lauréate du Prix de la Fondation AstraZeneca, Namuroise de l’année 2024 et titulaire d’un mandat Start-Up Collen-Franqui, elle siège dans plusieurs conseils médicaux belges et internationaux, dont le Belgian Bone Club, le Belgian Aging Muscle Society, l’European Society on Clinical and Economical Aspect of Musculoskeletal Disease et le Global Leadership Initiative in Sarcopenia (GLIS). Elle a récemment rejoint le conseil scientifique de Sciensano et sera prochainement membre du Collège des Jeunes chercheurs de l’Académie royale de Médecine de Belgique. Charlotte Beaudart s'est également vue décerner le prix René de Cooman 2025, une récompense de la Société Belge de Gérontologie et Gériatrie attribuée à de jeunes chercheurs belges pour leur contribution scientifique à la problématique du vieillissement.

Cet article est tiré de la rubrique "L'experte" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025

28 nouveaux projets de recherche financés grâce au FNRS

Prix

Le F.R.S.-FNRS vient de publier les résultats de ses différents appels 2025. Il s’agit des appels « Crédits & Projets » et « WelCHANGE » ainsi que les appels « FRIA » (Fonds pour la formation à la Recherche dans l’Industrie et dans l’Agriculture) et « FRESH » (Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines) visant à soutenir des thèses de doctorat. Résultats pour l’UNamur ? 28 projets sélectionnés témoignant de la qualité et de la richesse de la recherche à l’UNamur. 

Logo FNRS

L’appel « Crédits & Projets » a permis d’obtenir 12 financements pour de nouveaux projets ambitieux. Parmi ceux-ci, notons deux financements « équipement », huit financements « crédits de recherche (CDR) », deux financements « projets de recherche (PDR) » dont un en collaboration avec l’ULB. L’appel de soutien à la recherche doctorale FRIA financera onze bourses de doctorat et l’appel FRESH, trois. 

Deux prestigieux Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) ont également été obtenus.  Ce financement de 3 ans permet de soutenir de jeunes chercheurs permanents désireux de développer un programme de recherche original et novateur en acquérant leur autonomie scientifique au sein de leur département.  

Signalons également les deux projets financés dans le cadre de l’appel « WelCHANGE » ; instrument de financement de projets de recherche ayant des impacts sociétaux potentiels, portés par une promotrice principale ou un promoteur principal relevant des Sciences Humaines et Sociales.

Les résultats en détail

Appel Equipement  

  • Xavier De Bolle, Institut Narilis, Co-promoteur en collaboration avec l’UCLouvain
  • Luca Fusaro, Institut NISM 

Appel Crédits de recherche (CDR) 

  • Marc Hennequart, Institut NARILIS
  • Nicolas Gillet, Institut NARILIS
  • Jean-Yves Matroule, Institut NARILIS
  • Patricia Renard, Institut NARILIS
  • Francesco Renzi, Institut NARILIS
  • Stéphane Vincent, Institut NISM
  • Laurence Meurant, Institut NaLTT
  • Emma-Louise Silva, Institut NaLTT  

Appel Projets de recherche (PDR) 

  • Jérémy Dodeigne, Institut Transitions, Co-promoteur en collaboration avec l’ULB
  • Luc Henrard, Institut NISM; Co-promoteur: Yoann Olivier, Institut NISM 

Fonds pour la formation à la Recherche dans l’Industrie et dans l’Agriculture (FRIA)

  • Emma Bongiovanni - Promotrice : Catherine Michaux, Institut NISM
  • Simon Chabot - Promotrice : Carine Michiels, Institut Narilis ; Co-promotrice : Anne-Catherine Heuskin, Institut Narilis
  • Lee Denis - Promotrice : Muriel Lepère, Institut ILEE
  • Maé Desclez - Promoteur : Johan Yans, Institut ILEE ; Co-promoteur : Hamed Pourkhorsandi (Université de Toulouse)
  • Pierre Lombard - Promoteur : Benoît Muylkens, Institut Narilis ; Co-promoteur : Damien Coupeau, Institut Narilis
  • Amandine Pecquet - Promoteur : Nicolas Gillet, Institut Narilis ; Co-promoteur : Damien Coupeau, Institut Narilis
  • Kilian Petit - Promoteur : Henri-François Renard, Institut Narilis ; Co-promoteur : Xavier De Bolle, Institut Narilis
  • Simon Rouxhet - Promotrice : Catherine Michaux, Institut NISM ; Co-promoteur : Nicolas Gillet, Institut Narilis
  • William Soulié - Promoteur : Yoann Olivier, Institut NISM
  • Elisabeth Wanlin - Promoteur : Xavier De Bolle, Institut Narilis
  • Laura Willam - Promoteur : Frédérik De Laender, Institut ILEE 

Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines (FRESH) 

  • Louis Droussin - Promoteur : Arthur Borriello, Institut Transitions ; Co-promoteur : Vincent Jacquet, Institut Transitions
  • Nicolas Larrea Avila - Promoteur : Guilhem Cassan, Institut DeFIPP
  • Victor Sluyters – Promotrice : Wafa Hammedi, Institut NADI
  • Amandine Leboutte - Co-promotrice : Erika Wauthia (UMons) ; Co-promoteur : Cédric Vanhoolandt, Institut IRDENa.

Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) 

  • Charlotte Beaudart, Institut Narilis
  • Eli Thoré Institut ILEE 

Appel WelCHANGE  

  • Nathalie Burnay Institut Transitions, en collaboration avec l’UCLouvain
  • Catherine Guirkinger Institut DeFIPP

Félicitations à tous et toutes ! 

Les DCF, une arme moléculaire contre les défenses bactériennes

Chimie

Alors que la résistance des bactéries aux antibiotiques est un problème de santé publique, l'équipe du professeur Stéphane Vincent met actuellement au point des réseaux dynamiques constitutionnels (Dynamic Constitutional Frameworks, DCF) : un système moléculaire qui serait capable de briser certaines résistances et ainsi délivrer des antibiotiques au plus près des pathogènes.

molécules

Il en est des découvertes scientifiques comme des belles histoires : elles commencent souvent par une rencontre. Il y a près de 20 ans, le professeur Stéphane Vincent, du Laboratoire de Chimie Bio-Organique de l'UNamur, alors jeune chimiste spécialiste des sucres, est en quête de nouveauté. À la faveur d'un post-doctorat à Strasbourg, en France, dans le laboratoire de Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie en 1987 et spécialiste de la chimie supramoléculaire, il se lie d'amitié avec un autre post-doctorant : le Roumain Mihail Barboiu, aujourd'hui chercheur au CNRS à Montpellier.

 « Les recherches menées entre Montpellier et Strasbourg ont donné naissance à ce qu'on appelle les Dynamic Constitutional Framework », révèle Stéphane Vincent. « Ce sont des molécules qui s'assemblent et se désassemblent en permanence, ce qui leur donne des propriétés intéressantes. Faiblement toxiques pour les cellules animales et humaines, les DCF peuvent interagir avec les composants essentiels des cellules, comme les protéines ou l'ADN. »

VINCENT Stéphane
Stéphane Vincent

Peu avant la pandémie de Covid-19, lors d'un congrès scientifique, Mihail Barboiu montre à Stéphane Vincent le résultat de ses expériences.  « Il utilisait les DCF comme une sorte de transporteur, pour apporter des gènes (fragments d’ADN ou d’ARN) dans une cellule », se souvient le chimiste. « J'ai alors compris que les DCF étaient des molécules chargées positivement et qu'elles s'adaptaient facilement à l'ADN qui, lui, est chargé négativement. Cela m'a donné l'idée de les utiliser contre des bactéries, à la manière de certains antibiotiques, eux aussi chargés positivement. »

Un tournant antibactérien 

Les deux chercheurs établissent alors un premier projet de recherche, avec une thèse financée en cotutelle par l'UNamur, qui aboutit en 2021 à la publication des premiers résultats montrant l'activité antibactérienne des DCF.  « À l'époque, je travaillais déjà sur des approches antibactériennes, notamment contre Pseudomonas aeruginosa, un pathogène important qui forme des biofilms », précise Stéphane Vincent.

Pour lutter contre les antiseptiques et les antibiotiques, les bactéries procèdent de plusieurs manières. En plus de développer des mécanismes pour bloquer le fonctionnement des antibiotiques, elles sont capables de s'agréger ou de s'arrimer à une surface, par exemple celle d'un implant médical et de s'y recouvrir d'un enchevêtrement complexe de toutes sortes de molécules. Ce dernier, que l'on nomme biofilm, protège les bactéries des agressions extérieures. Ces biofilms sont un problème de santé publique majeur, car ils permettent aux bactéries de survivre même aux antibiotiques les plus puissants et sont notamment à l'origine de maladies nosocomiales, des infections contractées au cours d’un séjour dans un établissement de soins. 

 « Nous avons montré que certains DCF étaient à la fois capables d'inhiber la production de biofilms, mais aussi de les affaiblir, exposant ainsi les bactéries à leur environnement », résume Stéphane Vincent.

Le projet TADAM, une alliance européenne !

Fort de ces résultats et grâce au C2W, un programme européen « très compétitif » qui finance des post-doctorats, Stéphane Vincent invite Dmytro Strilets, un chimiste ukrainien qui vient de terminer sa thèse sous la direction de Mihail Barboiu, à travailler dans son laboratoire sur les DCF. Ce projet, dénommé TADAM et mené en collaboration avec les chercheurs Tom Coenye de l'UGent et Charles Van der Henst de la VUB, se penche alors sur le potentiel antibactérien et antibiofilm des DCF contre Acinetobacter baumannii, une bactérie qui fait partie, tout comme Pseudomonas aeruginosa, de la liste des pathogènes les plus préoccupants définie par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). 

Le projet TADAM repose sur un assemblage ingénieux : les DCF sont associés à des molécules particulières, les pillararènes. Ces derniers forment une sorte de cage autour d'une molécule antibiotique éprouvée, la lévofloxacine et améliore ainsi sa biodisponibilité et sa stabilité. Les DCF ont alors comme rôle d'inhiber et de désagréger le biofilm, pour permettre aux pillararènes de délivrer leur antibiotique directement aux bactéries ainsi exposées.

Les résultats obtenus par l'équipe de Stéphane Vincent sont spectaculaires : l'assemblage DCF-pillararène-antibiotique a une efficacité jusqu'à quatre fois supérieure à celle de l'antibiotique utilisé seul ! Constatant qu'il n'existe encore que peu de travaux menés sur l'effet antibiotique de ces nouvelles molécules, les chercheurs décident alors de protéger leur invention par un dépôt de brevet conjoint, avant d'aller plus loin.

Car tout reste encore à faire. D'abord, parce que malgré des résultats plus que probants, le fonctionnement de l'assemblage reste encore obscur.  « Toute l'étude du mécanisme d'action doit encore se faire », indique Stéphane Vincent. « Comment s'agence l'antibiotique dans la cage de pillararène ? Pourquoi les DCF ont-ils une activité antibiofilm ? Comment s'agencent les DCF et les pillararènes ? Toutes ces questions sont importantes, non seulement pour comprendre nos résultats, mais aussi pour éventuellement développer de nouvelles générations de molécules. »

Et sur ce point, Stéphane Vincent veut se montrer particulièrement prudent.  « On rêve tous, évidemment, d’une molécule universelle qui va fonctionner sur tous les pathogènes, mais il faut faire preuve d'humilité », tempère-t-il. « Je travaille avec des biologistes depuis de nombreuses années et je sais que la réalité biologique est infiniment plus complexe que nos conditions de laboratoire. Mais c'est bien parce que nos résultats sont très encourageants que nous devons persévérer dans cette voie. »

Le chimiste a d'ailleurs déjà plusieurs pistes : « Nous allons tester les molécules sur des bactéries "circulantes" en suspension dans un liquide, qui se comportent de manière très différente. Et puis nous allons également travailler sur des isolats cliniques de bactéries pathogènes, afin de nous approcher un peu plus des conditions réelles dans lesquelles ces biofilms se forment. » 

Dmytro Strilets vient de recevoir un mandat de Chargé de recherche du FNRS afin de développer des DCF de deuxième génération et étudier leur mode d’action. Le projet TADAM a reçu un financement de l'Université de Namur et du programme de recherche et d'innovation Horizon 2020 de l'Union européenne dans le cadre de la convention de subvention Marie Skłodowska-Curie n°101034383. 

Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #38 (Septembre 2025).

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Événements

12

Women in Science 2026 | 6th edition

Congrès / Colloque / Conférence

Women in Science 2026 | 6th edition

Genre et diversité
Sciences
12
09:00 - 17:00
Université de Namur - rue de Bruxelles, 61 - 5000 Namur
Personne de contact :  Women in Science

Cet événement annuel vise à promouvoir l'accès des femmes et des filles à la science et à la technologie ainsi que leur participation pleine et équitable. Il rappelle le rôle important des femmes dans la communauté scientifique et constitue une excellente occasion d'encourager et de promouvoir de l'égalité des chances pour tous les genres dans les domaines scientifiques et technologiques.

Women in science 2026

Nos conférenciers principaux pour 2026 sont la professeure Roosmarijn Vandenbroucke (Université de Gand) et la professeure Nelly Litvak (Université technologique d'Eindhoven).

  • 08
  • 11

Conférence IBAF 2026

Congrès / Colloque / Conférence

Conférence IBAF 2026

Durable
Physique
Matériaux, énergie et environnement
Patrimoine, culture et sociétés
8
13:00 - 11
15:00
Université de Namur - rue de Bruxelles, 61 - 5000 Namur
Personne de contact :  Colaux Julien

Seize ans après avoir accueilli l’édition 2010, l’UNamur est heureuse de renouer avec cette tradition scientifique et d’accueillir la 11e édition des Rencontres Ion Beam Applications Francophones (IBAF). L’organisation de cette édition sera portée par les scientifiques du Département de physique de l’UNamur actifs dans le domaine de la science des matériaux, de la biophysique et des applications interdisciplinaires des faisceaux d’ions.

Logo de la conférence IBAF 2026 (UNamur, 8-11 septembre 2026)

Les Rencontres IBAF sont organisées depuis 2003, avec une périodicité de 2 ans depuis 2008, par la Division Faisceaux d’Ions de la Société Française du Vide (SFV), doyenne des sociétés nationales du vide dans le monde qui a célébré en 2025 son 80e anniversaire.

Comme lors des éditions précédentes, IBAF 2026 proposera un programme riche et varié avec des conférences invitées, des communications orales et posters et des sessions techniques. Le tout agrémenté d’une présence industrielle pour favoriser les échanges entre recherche et innovation. 

La conférence couvrira un large éventail de thématiques, allant des instruments et techniques de faisceaux d’ions, à la physique des interactions ions-matière, en passant par l’analyse et la modification de matériaux, les applications aux sciences de la vie, aux sciences de la terre et de l’environnement, ainsi qu’aux sciences du patrimoine.

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