Au sein de NaDI, les chercheurs apportent des soutions innovantes aux nouveaux défis sociétaux posés par la révolution digitale (eGov, eHealth, eServices, Big data, etc.). Issus de différentes disciplines, les chercheurs croisent leurs expertises en informatique, technologie, éthique, droit, management ou sociologie. Regroupant six centres de recherche, le Namur Digital Institute offre une expertise multidisciplinaire unique dans tous les domaines de l'informatique, de ses applications et de son impact social. 

Parmi ses principales compétences figurent les méthodes formelles, l'interface homme-machine, l'ingénierie des exigences, les techniques de modélisation pour concevoir des systèmes logiciels complexes, les tests, l'assurance qualité, les lignes de produits logiciels, les bases de données, le big data, l'apprentissage automatique et plus généralement l'intelligence artificielle, la sécurité, la vie privée, l'éthique, l'évaluation technologique et le raisonnement juridique.

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Post-vérité : et si la vérité n’était plus la question ?

Démocratie
Droit
Sciences politiques

Le vaccin contre la rougeole provoquerait l’autisme. Le réchauffement climatique ne serait qu’un phénomène naturel. Les immigrés mangeraient les chats du voisinage. Ces affirmations ont toutes un point commun : elles ont été démenties par les faits. Pourtant, elles continuent de circuler, d’être partagées et parfois d’influencer les urnes. Plus étonnant encore, certaines sont relayées par des personnalités occupant les plus hautes fonctions politiques. Que devient notre rapport à la vérité lorsque l’opinion se présente comme un savoir, que l’humour brouille les intentions et que l’information se propage sans passer par les intermédiaires traditionnels ? Pour comprendre ces transformations, quatre chercheurs de l’UNamur croisent leurs regards. Derrière les débats sur les fake news, ils voient se dessiner une évolution plus profonde : la vérité continue d’importer, mais elle ne suffit plus toujours à convaincre.

foule de gens - post vérité

« Il n’y a pas de définition consensuelle arrêtée de la post-vérité », prévient Olivier Sartenaer, directeur du Département de sciences, philosophies et sociétés et membre de l’Institut ESPHIN (Espace philosophique de Namur). Il préfère décrire quatre évolutions qui, ensemble, dessinent le phénomène.

Premier constat : notre rapport aux consensus établis se fragilise. Des idées autrefois marginales bénéficient aujourd’hui d’une visibilité inédite grâce aux réseaux sociaux. Deuxième transformation : la frontière entre opinion et savoir tend à s’effacer. « L’opinion de tout un chacun vaut connaissance. » Troisième changement : le mensonge a perdu une partie de son coût symbolique. « Jusqu’à récemment, quand une personnalité politique était prise à mentir éhontément, elle devait en payer un prix, électoral ou symbolique. Aujourd’hui, mentir peut même devenir une sorte de badge d’honneur. »

La quatrième transformation, la plus subtile, touche à ce que les philosophes appellent le baratin. « Si le menteur connaît la vérité et la dissimule, le baratineur produit du discours pour séduire, faire peur ou convaincre, indépendamment de la question de savoir si c’est vrai. » Ainsi, quand Donald Trump affirme qu’il faudrait boire de l’eau de Javel pour soigner la COVID, le plus important n’est peut-être pas le contenu de la proposition. « Dire cela  le positionne contre les élites et fait parler de lui. Est-ce que c’est vrai ? Il ne se pose même pas la question. »

Olivier Sartenaer explique l’émergence de la post-vérité par le « déluge épistémique », cette surabondance d’informations véhiculée notamment par les technologies numériques. Nos capacités critiques ne se sont pas nécessairement affaiblies, mais l’environnement dans lequel elles s’exercent est devenu infiniment plus complexe. Cette complexité interpelle également le droit.

Olivier Sartenaer
Olivier Sartenaer

Le droit face aux désordres de l’information

Si la post-vérité n’est pas une catégorie juridique en soi, Alejandra Michel, chercheuse au CRIDS (Centre de recherche en Information, droit et société), au sein de l’Institut NaDI (Namur Digital Institute), aborde le phénomène à travers ce que l’on appelle les désordres de l’information. Une première distinction éclaire les mécanismes à l’œuvre : la mésinformation désigne une information erronée diffusée sans intention de tromper, la désinformation suppose au contraire une intention de manipuler, et la malinformation  se fonde sur une information vraie, mais sortie de son contexte ou utilisée pour nuire. Dans la pratique, ces catégories restent toutefois difficiles à distinguer. Une fausse information produite intentionnellement peut être reprise de bonne foi par des milliers de personnes qui la croient authentique, et son statut change alors au fil de sa circulation.

Pour le droit, l’enjeu est d’autant plus délicat que la liberté d’expression protège à la fois celui qui s’exprime et celui qui reçoit l’information. Faut-il sanctionner les auteurs de fausses informations ? Pas si simple : la pénalisation pourrait se retourner contre les journalistes, les lanceurs d’alerte ou ceux qui diffusent des informations dérangeantes pour les pouvoirs en place. 

Alejandra Michel s’intéresse dès lors davantage au droit de recevoir une information de qualité sans obligation absolue de vérité, mais avec une exigence de tendre vers l’exactitude et de respecter les règles encadrant la collecte et la diffusion de l’information. 

Du côté du droit européen, le Digital Services Act agit sur l’environnement informationnel lui-même, notamment en imposant aux grandes plateformes numériques des mesures de modération, de transparence et d’adaptation des systèmes de recommandation.

Alejandra Michel
Alejandra Michel

La lutte contre la désinformation ne peut donc être uniquement juridique. Elle passe aussi par l’éducation aux médias, le soutien au journalisme de qualité et la protection du pluralisme. Reste une question que le droit ne résout pas : quand plus personne ne semble prendre la vérité comme référence commune, qu’est-ce qui fonde encore la crédibilité de quelqu’un ?

L’authenticité, nouvelle monnaie de la crédibilité

Une partie de la réponse se joue dans l’humour, devenu un mode de communication dominant sur le web. Pour Fanny Barnabé, chargée de cours au CRIDS/NaDI, mèmes, détournements, trolling et shitposting occupent une place si importante dans les cultures numériques qu’ils brouillent, eux aussi, notre rapport à la vérité. 

Dans l’ironie classique, le locuteur dit le contraire de ce qu’il pense tout en laissant à son interlocuteur assez d’indices pour saisir le sens réel du message. L'ironie a aujourd'hui perdu son caractère transgressif parce qu'elle est devenue omniprésente. Pour continuer à surprendre, les internautes ont alors développé de nouveaux niveaux d'ambiguïté. Aujourd’hui, les frontières sont brouillées : « On ne sait plus si l’énoncé est ironique, sincère ou partiellement les deux. » C’est ce qu’on appelle la post-ironie.

La crédibilité d’un créateur de contenu ne repose dès lors plus sur son rapport à la vérité, mais sur son authenticité. Fanny Barnabé observe ce glissement sur la plateforme de streaming Twitch où la relation entre streamer et communauté tient au sentiment d’un lien direct et sincère : maladresses, réactions spontanées et personnalité affichée y valent davantage que l’exactitude.

Pour Fanny Barnabé, la vraie question est alors peut-être de savoir s’il reste possible d’être sérieux sur Internet. Sur Twitch, le renversement est devenu si total qu' « il arrive que les utilisateurs précisent explicitement qu'ils parlent sérieusement. On ne signale plus qu'un message est ironique. C'est le premier degré qu'il faut désormais annoncer. »

Fanny Barnabé
Fanny Barnabé

Quand l’authenticité devient un argument politique

On retrouve exactement ce mécanisme en politique. Des personnalités comme Donald Trump ou Elon Musk utilisent désormais mèmes, provocation, trolling et références à la culture du gaming pour s’adresser directement à leur public. La post-ironie leur offre une protection rhétorique puissante. Des propos graves peuvent être formulés sur le mode de la plaisanterie et, si la réaction est négative, il suffit de répondre « c’était pour rire ». 

Pour Arthur Borriello, professeur de sciences politiques à l’UNamur et chercheur de l’institut Transitions, la crédibilité en politique se mesure de la même manière que sur Twitch : à l’authenticité perçue plutôt qu’à la véracité. « Trump peut se permettre de passer pour un menteur ou un farfelu. L’important, c’est qu’il apparaisse comme authentique », explique le politologue. L’insulte, l’extravagance et la transgression des normes de langage deviennent ainsi des marqueurs de proximité avec les gens ordinaires, par opposition au discours policé des élites.

Arthur Boriello
Arthur Boriello

L’authenticité ne promet pas la vertu, elle promet la proximité. Être du côté des gens ordinaires, avec leurs défauts, leurs colères et parfois même leurs transgressions. Face à Hillary Clinton, Trump déclarait en substance : oui, le système de Wall Street est corrompu, puisque j’en fais moi-même usage. Il ne promettait pas d’y mettre fin, il promettait d’être authentique. 

Le politologue va plus loin. Il remet en question l’idée même que la politique serait une affaire de vérité. « Le discours politique n’est pas un discours de vérité. Ce n’est pas sa visée. » Sa force réside plutôt dans sa cohérence interne et sa capacité à donner sens à une expérience vécue. Le trumpisme, par exemple, relie dans un même récit dégradation économique, chômage, immigration et sentiment de déclin américain. « Les immigrés mangent-ils des animaux domestiques ? Peu importe que cette affirmation soit vraie ou fausse. L’important est que ça s’articule avec l’ensemble des éléments dans ce récit cohérent », résume le politologue.

Ce que coûte le brouillage du vrai

Pour Olivier Sartenaer, les conséquences de ce nouveau rapport à la vérité ne sont pas que rhétoriques. « Si on prétend par exemple que les recommandations du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) sont juste une religion d’écologistes bobos et qu’on préfère le bon sens populaire favorable aux centrales à charbon, on crée un climat qui devient inhabitable. » Le problème ici n’est pas seulement de se tromper sur un phénomène scientifique, c’est de choisir de ne pas tenir compte des connaissances disponibles alors que les conséquences sont prévisibles.

Le même mécanisme est à l’œuvre dans les débats sur la vaccination. Quand les connaissances scientifiques cèdent la place au « bon sens » ou aux convictions politiques, les décisions collectives peuvent avoir des conséquences dramatiques. « La recrudescence de la rougeole aux États-Unis est directement liée à la diffusion de doutes sur les vaccins. Aujourd’hui, des enfants meurent d’une maladie qui avait pourtant été enrayée depuis très longtemps », regrette le philosophe. 

Au-delà des erreurs de décision, c’est la possibilité même de faire société qui est en jeu. « Pour discuter, pour s’entendre, il faut un monde commun. Si on polarise à l’extrême, on perd ce monde commun. On ne peut plus ni se comprendre ni agir ensemble. »

Répondre autrement

Au-delà des fake news ou des théories du complot, la post-vérité et la post-ironie révèlent donc une transformation profonde de notre rapport au monde commun. Authenticité contre-expertise, humour qui brouille les intentions : la question devient moins celle du vrai que celle de la confiance. D’où l’importance, pour les chercheurs, de reconstruire des espaces communs à travers une information de qualité, une éducation aux médias, une société civile vivante, des lieux de débat, des récits collectifs. Car sans monde commun, il devient difficile non seulement de s’accorder sur les faits, mais de faire société. Reste une dernière question proprement politique : peut-on seulement combattre ce brouillage à coups de vérité ? Arthur Borriello pense que non, et l’explique en encadré.

Arthur Borriello : « Il faut répondre à l’idéologie par l’idéologie »

Pour le politologue Arthur Borriello, il faut d’abord prendre ses distances avec deux notions devenues omniprésentes. « Les concepts de post-vérité et de populisme jouent aujourd’hui le même rôle dans le débat public : celui de concepts-valises qui permettent de désigner très largement des évolutions politiques, sans toujours les analyser avec la précision qu’elles méritent. »

La définition dominante du populisme repose sur une opposition entre un « peuple vertueux » et des « élites corrompues », ce qui conduit à qualifier de populistes des mouvements très différents, y compris ceux d’extrême droite. Dans son ouvrage « Populisme, le mal nommé », le politologue défend une conception qu’il reconnaît minoritaire selon laquelle le populisme est avant tout un moment démocratique, porté par une volonté d’approfondir la démocratie et de rendre davantage de pouvoir au peuple. « Cette définition exclut de facto l’extrême droite, qui ne cherche pas à approfondir la démocratie, mais à restreindre le champ de ceux qui en bénéficient. »

Mais pourquoi cette promesse de rendre le pouvoir au peuple est-elle utilisée par de nombreux mouvements politiques, y compris l’extrême droite ? Elle répond à une expérience bien réelle. De nombreux citoyens ont le sentiment d’avoir perdu une partie de leur capacité à peser sur les décisions politiques. Arthur Borriello l’explique par la désintermédiation observée depuis les années 70 : partis, syndicats et associations, qui permettaient traditionnellement de transformer des préoccupations individuelles en revendications collectives, ont perdu de leur importance.

La force du discours politique repose donc davantage sur sa capacité à donner sens à une expérience vécue et sur sa cohérence interne. Cette lecture le conduit à relativiser l’efficacité d’une stratégie qui consisterait uniquement à « fact-checker » les discours de l’extrême droite. Il l’illustre par un exemple volontairement radical : « Face à Hitler qui affirmait que les Juifs étaient la cause de tous les maux, un fact-checking aurait-il enlevé de la force à ce discours ? Certainement pas. Le seul moyen de lutter contre ce type de discours, c’est de proposer un autre récit suffisamment convaincant, qui résonne avec l’expérience concrète des gens. Il faut répondre à l’idéologie par l’idéologie. »

Concrètement, Arthur Borriello plaide pour la reconstruction d’espaces d’intermédiation : associations, organisations collectives, lieux de débat et de mobilisation qui permettent aux citoyens de retrouver une capacité d’action et de représentation. La Belgique francophone offre à cet égard un élément de réflexion intéressant. Alors que l’extrême droite progresse fortement dans plusieurs pays européens, elle y reste jusqu’ici relativement marginale. Une résistance qu’il met notamment en relation avec la persistance d’un tissu associatif dense et avec l’ancrage local de certaines formations politiques, comme le PTB à travers ses organisations de jeunesse, maisons médicales, etc. 

La réponse à l’extrême droite ne se joue donc pas uniquement dans le champ de la véracité de l’information. Elle se joue aussi dans la capacité d’une société à créer du lien et à proposer des récits collectifs dans lesquels chacun peut se reconnaitre. 

Pour aller plus loin

La vérité en crise : désinformation, pensée critique, droit à l’information

Ouvrage collectif à paraître à l’automne 2026 aux éditions Larcier Intersentia. Cet ouvrage rassemble plusieurs contributions, notamment des textes d’Alejandra Michel et de Fanny Barnabé.

Arthur Borriello, Populisme : le mal nommé

Éditions de l’Université de Bruxelles, collection « Débats ».

Dans cet essai, le politologue interroge les usages contemporains de la notion de populisme et propose une lecture critique d’un concept devenu omniprésent dans le débat public.

Denis Saint-Amand, Contrer le rire fasciste. Trolling et résistance

Éditions Rue de l’Échiquier, collection « Les Incisives ».

Une analyse des usages politiques de l’humour, du trolling et des cultures numériques, ainsi que des formes de résistance qu’ils peuvent susciter.

Denis Saint-Amand est chercheur qualifié du FNRS à l’UNamur et président du Namur Institute of Language, Text and Transmediality (NALTT)

« Le vaccin contre la rougeole provoquerait l’autisme » : La thématique des fakenews dans le domaine de la santé et en particulier de la vaccination était un des sujets abordés lors de la Cérémonie officielle de rentrée académique 2026 de l'UNamur. Retrouvez cette intervention en vidéo.

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #42 (Septembre 2026).

Omalius-Septembre-2026

Une étude de la VUB et de l’UNamur montre que des agents d'IA développent leur propre « langage naturel artificiel » pour communiquer sur des données complexes

Intelligence Artificielle

Les systèmes d’IA développent spontanément leur propre langage, adapté à leurs capteurs, plutôt que de copier le langage humain.

IA

Des chercheurs de l’Artificial Intelligence Lab de la VUB et de l’Université de Namur (UNamur) démontrent, dans une nouvelle étude à grande échelle, comment des systèmes d’IA autonomes peuvent développer spontanément, sans intervention humaine, un langage fonctionnel et partagé. Contrairement aux grands modèles linguistiques tels que ChatGPT, qui apprennent à partir de vastes corpus de textes produits par des humains, ces agents IA construisent leur propre système de communication, directement ancré dans les données fournies par leurs capteurs spécifiques et leur environnement. Cette découverte constitue une avancée majeure pour la communication entre les systèmes autonomes, tels que les voitures autonomes, les robots et les capteurs industriels.

Une couche d’abstraction pour les sens non humains

Les modèles linguistiques d’IA actuels se concentrent sur la compréhension et la génération de langues humaines telles que le néerlandais ou l’anglais. Ces langues humaines trouvent historiquement leur fondement dans nos propres perceptions sensorielles. Lorsque des agents d’IA physiques ou virtuels sont équipés de capteurs pour lesquels les humains n’ont pas d’équivalent sensoriel direct – tels que le lidar, le sonar, l’infrarouge ou l’analyse chimique –, le langage humain existant s’avère insuffisant.

Jérôme Botoko Ekila, doctorant à l’AI Lab de la VUB, explique : « Au lieu de contraindre les systèmes d’IA à communiquer dans une langue humaine qui ne correspond pas à leurs capteurs, nous leur permettons de faire développer leur propre « langue naturelle artificielle ». Ils construisent des concepts efficaces qui correspondent exactement à ce qu’ils perçoivent via leurs capteurs, même s’il s’agit de données incompréhensibles pour les humains. »

Comme, dans la pratique, les capteurs de différentes machines ou de différents véhicules ne peuvent pas toujours  être calibrés de manière identique, le langage consitute, selon les chercheurs, la solution idéale.

Paul Van Eecke, professeur d’intelligence artificielle à la VUB : « Dans les applications industrielles ou physiques, il est tout simplement irréaliste de s’attendre à ce que tous les capteurs de différents robots ou véhicules soient calibrés de manière parfaitement identique. Les humains résolvent ce problème grâce au langage : si je dis que je me trouve près de la « voiture rouge », nous nous comprenons sans que nos yeux n’enregistrent exactement les mêmes valeurs de couleur. Le langage constitue une couche d’abstraction au-dessus des valeurs des capteurs, et c’est précisément ce que nous laissons désormais ces agents d’IA construire de manière autonome. »

Auto-organisation et évolution

Au lieu de mots préprogrammés ou de codes fixes, les chercheurs ont simplement fourni aux agents les mécanismes de base qui sous-tendent l’évolution du langage humain : l’invention locale de mots, l’adaptation de prototypes conceptuels et la prise en compte du retour d’information en cas de réussite ou d’erreur de communication.

Image
Katrien Beuls

Ce qui est fascinant, c’est qu’il n’y a pas d’ordinateur central qui impose les règles. Nous laissons à chaque fois deux agents interagir localement, l’un avec l’autre. C’est uniquement grâce à ces interactions et mises à jour individuelles qu’une convention commune émerge spontanément au sein de toute la population. Ce principe d’auto-organisation permet au langage de s’optimiser automatiquement : les agents créent exactement le nombre de catégories nécessaires pour accomplir leurs tâches efficacement, sans détails superflus. 

Katrien Beuls Professeure au sein de la Faculté d’informatique et membre de l’Institut NaDI à l’UNamur

Testé sur 37 ensembles de données

L’applicabilité universelle de la méthode a été démontrée sur 37 ensembles de données variés et complexes. Ainsi, les agents ont réussi à développer leur propre vocabulaire pour communiquer, notamment sur des analyses physico-chimiques du vin, des données de la NASA sur les exoplanètes, des ensembles de données visuelles ou des images représentant des oiseaux ou des visages. Dans toutes ces situations, les agents ont réussi à regrouper  efficacement les données en  nouveaux concepts communs.

Transparents et adaptatifs

La transparence constitue un avantage notable des systèmes développés. Contrairement à de nombreux modèles d’IA de type « boîte noire », les chercheurs peuvent déterminer avec précision la signification d’un mot créé par les agents, car le prototype peut être directement rattaché aux valeurs des capteurs sous-jacents.

De plus, ces systèmes linguistiques évolutifs sont extrêmement robustes. Lorsque l’environnement change, lorsque les données des capteurs sont perturbées par du bruit ou lorsque les agents individuelsprésentent des caractéristiques ou des configurations différentes, le langage s’adapte automatiquement aux nouvelles circonstances grâce à une interaction continue.

Référence

Botoko Ekila, J., Verheyen, L., Nevens, J., Beuls, K., & Van Eecke, P. (2026). Emergent Communication in Continuous Worlds: Self-Organisation of Conceptually Grounded Vocabularies at Scale. Transactions of the Association for Computational Linguistics, vol. 14, pp. 2234–2257. DOI : 10.1162/TACL.a.799

Financement et collaboration

Cette recherche a été menée dans le cadre d'une collaboration entre le Laboratoire d'intelligence artificielle de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et la Faculté d'informatique de l'Université de Namur (UNamur), et a été financée par le Fonds de la recherche scientifique - de Flandre (FWO) et le Fonds de la Recherche Scientifique (FNRS) dans le cadre d’un projet WEAVE.

FNRS-FWO

Une recherche de l'UNamur rend les outils de l'intelligence artificielle plus fiables

Intelligence Artificielle
Informatique
Transition numérique

Des chercheurs de l'UNamur ont développé une nouvelle méthode qui a permis de découvrir 32 bugs jusqu'alors invisibles dans certaines des bibliothèques logicielles les plus utilisées pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle. Née d'un mémoire de master, cette recherche a déjà conduit à des corrections dans plusieurs logiciels utilisés par des millions de développeurs à travers le monde. 

Une recherche de l'UNamur rend les outils de l'intelligence artificielle plus fiables

Avant qu'une intelligence artificielle puisse reconnaître une image, comprendre un texte ou répondre à une question, elle doit d'abord être entraînée. Pour cela, les développeurs et les data scientists utilisent des bibliothèques logicielles spécialisées, de véritables « boîtes à outils » qui permettent de construire ces modèles d'IA.

C'est sur ces logiciels que s'est penchée une équipe de recherche réunissant l'Université de Namur, l'Université de Passau (Allemagne) et la TU Delft (Pays-Bas). Leur objectif : détecter des bugs particulièrement difficiles à repérer, susceptibles de provoquer l’arrêt brutal d'un programme.

Une nouvelle méthode pour révéler les bugs invisibles

Pour vérifier que ces bibliothèques fonctionnent correctement, les chercheurs utilisent des logiciels capables de générer automatiquement des milliers de tests. Leur rôle est de pousser les programmes dans leurs retranchements afin de repérer d'éventuelles erreurs. 

Jusqu'ici, ces outils avaient toutefois une limite importante Lorsqu'un test provoquait un dysfonctionnement d'une bibliothèque logicielle, le logiciel chargé d'effectuer les tests cessait lui aussi de fonctionner. Impossible, dès lors, de comprendre précisément l'origine du problème ou de le signaler aux développeurs. 

Les chercheurs de l'UNamur ont donc imaginé une nouvelle méthode. Désormais, chaque test est exécuté séparément. Si l'un d'eux provoque un crash, celui-ci est isolé : le logiciel de test continue de fonctionner, enregistre l'erreur et poursuit ses analyses. Il devient ainsi possible de détecter automatiquement des bugs qui passaient jusque-là inaperçus. 

32 bugs découverts et déjà corrigés

Grâce à cette nouvelle méthode, les chercheurs ont analysé 1 648 modules appartenant aux principales bibliothèques de machine learning et mis au jour 32 bugs inédits. Plusieurs concernaient des logiciels devenus incontournables pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle.

Ces anomalies ont été signalées aux équipes de développement. Plusieurs ont déjà été reconnues puis corrigées. “Lorsqu'on corrige un bug à ce niveau-là, ce sont potentiellement des milliers, voire des millions d'utilisateurs qui en bénéficient”, souligne Xavier Devroey, professeur à la Faculté d’informatique de l’UNamur et membre du centre de recherche PReCISE du Namur Digital Institute (NaDI). Au-delà de ces corrections, cette recherche contribue à rendre plus fiables les logiciels sur lesquels reposent aujourd'hui de très nombreuses applications d'intelligence artificielle.

Une recherche née d'un mémoire

Cette avancée est née du mémoire de master de Lucas Berg, réalisé à l'UNamur sous la supervision du professeur Xavier Devroey. Dans le cadre de son stage de recherche, Lucas Berg rejoint ensuite l'équipe du professeur Annibale Panichella à la TU Delft afin de travailler sur Pynguin, l’outil open source de génération automatique de tests développé à l'Université de Passau par l'équipe du professeur Gordon Fraser évoqué précédemment. 

Au départ, son objectif était d'améliorer cet outil. En évitant les crashs tout en découvrant des bugs, cette première contribution a attiré ensuite l'attention des chercheurs de l'Université de Passau, confrontés au même problème, donnant naissance à une collaboration internationale qui débouchera sur une publication scientifique commune. 

Lucas Berg poursuit aujourd'hui un doctorat à la Faculté d'informatique de l'UNamur sous la supervision des professeurs Wim Vanhoof et Xavier Devroey. Les résultats de cette recherche ont été présentés à l'IEEE International Conference on Software Testing, Verification and Validation (ICST 2026), l'une des conférences internationales les plus prestigieuses dans le domaine du test logiciel.  

Cette recherche a aussi bénéficié du soutien du Service public de Wallonie (SPW Recherche) et de Wallonie-Bruxelles International. Une reconnaissance qui souligne la qualité de ces travaux et leur intérêt pour la communauté scientifique internationale. 

Le Namur Digital Institute (NaDI)

Au sein de NaDI, les chercheurs apportent des solutions innovantes aux nouveaux défis sociétaux posés par la révolution digitale (eGov, eHealth, eServices, Big data, etc.). Issus de différentes disciplines, les chercheurs croisent leurs expertises en informatique, technologie, éthique, droit, management ou sociologie. Regroupant six centres de recherche, le Namur Digital Institute offre une expertise multidisciplinaire unique dans tous les domaines de l'informatique, de ses applications et de son impact social.  

Des doctorants du NaDI lancent “Et si l'IA…”, un cycle de conférences pour “démystifier l'intelligence artificielle”

Intelligence Artificielle

À travers cinq conférences-ateliers interdisciplinaires, les doctorants de l’UNamur NaDI invitent le grand public à développer un regard critique sur l’intelligence artificielle qui transforme déjà notre quotidien. 

Cycle de conférences ESIA

L'intelligence artificielle est aujourd'hui à la portée de tous. Pourtant, si beaucoup l'utilisent au quotidien, rares sont ceux qui en comprennent réellement le fonctionnement, les limites ou les enjeux. C'est pour répondre à ce besoin que le Namur Digital Institute (NaDI) lance “Et si l'IA…”, un cycle de conférences-ateliers ouvert au grand public, coordonné par les doctorantes Elisa De Coster (PReCISE) et Aline Nardi (CRIDS). 

“L'idée du projet est de démystifier l'intelligence artificielle”, entame Elisa De Coster. “Nous avons la chance, en tant que chercheurs, d'être sensibilisés aux questions que soulèvent l’IA. Nous voulions que les citoyens curieux puissent eux aussi disposer de ces clés de compréhension.” 

“Avant 2022 et l'essor de ChatGPT, ces outils étaient réservés à une niche”, poursuit Aline Nardi."Depuis, l'usage de l'IA s'est généralisé à une vitesse record, mais la réflexion sur les enjeux sociétaux de ces usages n'a pas suivi le rythme. Cette série de conférences est une invitation à faire un pas de côté pour comprendre ce qui se joue en coulisses" 

Des regards croisés pour mieux comprendre l'IA

Chaque séance, d'une durée d'environ deux heures, croisera les regards de plusieurs spécialistes. Un doctorant en informatique expliquera le fonctionnement technique de l'IA, tandis que son homologue en droit abordera les implications juridiques, éthiques et sociétales.

Des intervenants issus du monde professionnel viendront partager leur expérience de terrain et une activité interactive permettra au public de mettre ces notions en pratique. Parmis ces intervenants, on peut notamment citer Alice Gorissen (CEO & Head of Animation à Dreamwall), Jean-Philippe Demiddeleer (juge de paix à Gembloux) et Zoé Dewinter (psychologue clinique, spécialisée sur l’IA en santé mentale). L'interactivité, l'interdisciplinarité et l'ouverture au grand public constituent les trois piliers du projet.

Cinq conférences pour explorer les enjeux de l'IA

Chaque rencontre abordera une question de société différente : 

  • 1er octobre 2026 – La Nef 
     Et si l'IA était votre confidente ? 
     Peut-on se confier à un chatbot ? Quels en sont les risques ? 
  • 22 octobre 2026 – PA02 
     Et si l'IA se trompait ? 
     Comment reconnaître les erreurs d'une intelligence artificielle et conserver son esprit critique ? 
  • 19 novembre 2026 – Caméo 
     Et si l'IA était subjective ? 
     Les intelligences artificielles sont-elles réellement neutres ou reproduisent-elles certains biais ? 
  • 25 février 2027 – Quai 22 
     Et si l'IA volait vos créations ? 
     Quels défis l'IA générative pose-t-elle en matière de droit d'auteur et de propriété intellectuelle ? 
  • 18 mars 2027 – TRAKK 
     Et si l'IA vous connaissait trop bien ? 
     Que deviennent nos données personnelles et jusqu'où l'IA peut-elle apprendre à nous connaître ? 

Si Elisa De Coster et Aline Nardi coordonnent le projet, elles insistent sur le fait qu'il s'agit avant tout d'un travail collectif. Le cycle de conférences est porté par dix doctorants issus des centres de recherche PReCISE et CRIDS : Elisa De Coster, Adélaïde Couplet, Jules Dejaeghere, Pierre Luycx, Pierre Poitier, Aline Nardi, Alix Gobert, Florian Jacques, Martin Rappe, Lionel Goffaux et Olga Thiry. Ensemble, ils veulent aider le grand public à mieux comprendre l'intelligence artificielle, sans la diaboliser ni la présenter comme une solution miracle.  

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Post-vérité : et si la vérité n’était plus la question ?

Démocratie
Droit
Sciences politiques

Le vaccin contre la rougeole provoquerait l’autisme. Le réchauffement climatique ne serait qu’un phénomène naturel. Les immigrés mangeraient les chats du voisinage. Ces affirmations ont toutes un point commun : elles ont été démenties par les faits. Pourtant, elles continuent de circuler, d’être partagées et parfois d’influencer les urnes. Plus étonnant encore, certaines sont relayées par des personnalités occupant les plus hautes fonctions politiques. Que devient notre rapport à la vérité lorsque l’opinion se présente comme un savoir, que l’humour brouille les intentions et que l’information se propage sans passer par les intermédiaires traditionnels ? Pour comprendre ces transformations, quatre chercheurs de l’UNamur croisent leurs regards. Derrière les débats sur les fake news, ils voient se dessiner une évolution plus profonde : la vérité continue d’importer, mais elle ne suffit plus toujours à convaincre.

foule de gens - post vérité

« Il n’y a pas de définition consensuelle arrêtée de la post-vérité », prévient Olivier Sartenaer, directeur du Département de sciences, philosophies et sociétés et membre de l’Institut ESPHIN (Espace philosophique de Namur). Il préfère décrire quatre évolutions qui, ensemble, dessinent le phénomène.

Premier constat : notre rapport aux consensus établis se fragilise. Des idées autrefois marginales bénéficient aujourd’hui d’une visibilité inédite grâce aux réseaux sociaux. Deuxième transformation : la frontière entre opinion et savoir tend à s’effacer. « L’opinion de tout un chacun vaut connaissance. » Troisième changement : le mensonge a perdu une partie de son coût symbolique. « Jusqu’à récemment, quand une personnalité politique était prise à mentir éhontément, elle devait en payer un prix, électoral ou symbolique. Aujourd’hui, mentir peut même devenir une sorte de badge d’honneur. »

La quatrième transformation, la plus subtile, touche à ce que les philosophes appellent le baratin. « Si le menteur connaît la vérité et la dissimule, le baratineur produit du discours pour séduire, faire peur ou convaincre, indépendamment de la question de savoir si c’est vrai. » Ainsi, quand Donald Trump affirme qu’il faudrait boire de l’eau de Javel pour soigner la COVID, le plus important n’est peut-être pas le contenu de la proposition. « Dire cela  le positionne contre les élites et fait parler de lui. Est-ce que c’est vrai ? Il ne se pose même pas la question. »

Olivier Sartenaer explique l’émergence de la post-vérité par le « déluge épistémique », cette surabondance d’informations véhiculée notamment par les technologies numériques. Nos capacités critiques ne se sont pas nécessairement affaiblies, mais l’environnement dans lequel elles s’exercent est devenu infiniment plus complexe. Cette complexité interpelle également le droit.

Olivier Sartenaer
Olivier Sartenaer

Le droit face aux désordres de l’information

Si la post-vérité n’est pas une catégorie juridique en soi, Alejandra Michel, chercheuse au CRIDS (Centre de recherche en Information, droit et société), au sein de l’Institut NaDI (Namur Digital Institute), aborde le phénomène à travers ce que l’on appelle les désordres de l’information. Une première distinction éclaire les mécanismes à l’œuvre : la mésinformation désigne une information erronée diffusée sans intention de tromper, la désinformation suppose au contraire une intention de manipuler, et la malinformation  se fonde sur une information vraie, mais sortie de son contexte ou utilisée pour nuire. Dans la pratique, ces catégories restent toutefois difficiles à distinguer. Une fausse information produite intentionnellement peut être reprise de bonne foi par des milliers de personnes qui la croient authentique, et son statut change alors au fil de sa circulation.

Pour le droit, l’enjeu est d’autant plus délicat que la liberté d’expression protège à la fois celui qui s’exprime et celui qui reçoit l’information. Faut-il sanctionner les auteurs de fausses informations ? Pas si simple : la pénalisation pourrait se retourner contre les journalistes, les lanceurs d’alerte ou ceux qui diffusent des informations dérangeantes pour les pouvoirs en place. 

Alejandra Michel s’intéresse dès lors davantage au droit de recevoir une information de qualité sans obligation absolue de vérité, mais avec une exigence de tendre vers l’exactitude et de respecter les règles encadrant la collecte et la diffusion de l’information. 

Du côté du droit européen, le Digital Services Act agit sur l’environnement informationnel lui-même, notamment en imposant aux grandes plateformes numériques des mesures de modération, de transparence et d’adaptation des systèmes de recommandation.

Alejandra Michel
Alejandra Michel

La lutte contre la désinformation ne peut donc être uniquement juridique. Elle passe aussi par l’éducation aux médias, le soutien au journalisme de qualité et la protection du pluralisme. Reste une question que le droit ne résout pas : quand plus personne ne semble prendre la vérité comme référence commune, qu’est-ce qui fonde encore la crédibilité de quelqu’un ?

L’authenticité, nouvelle monnaie de la crédibilité

Une partie de la réponse se joue dans l’humour, devenu un mode de communication dominant sur le web. Pour Fanny Barnabé, chargée de cours au CRIDS/NaDI, mèmes, détournements, trolling et shitposting occupent une place si importante dans les cultures numériques qu’ils brouillent, eux aussi, notre rapport à la vérité. 

Dans l’ironie classique, le locuteur dit le contraire de ce qu’il pense tout en laissant à son interlocuteur assez d’indices pour saisir le sens réel du message. L'ironie a aujourd'hui perdu son caractère transgressif parce qu'elle est devenue omniprésente. Pour continuer à surprendre, les internautes ont alors développé de nouveaux niveaux d'ambiguïté. Aujourd’hui, les frontières sont brouillées : « On ne sait plus si l’énoncé est ironique, sincère ou partiellement les deux. » C’est ce qu’on appelle la post-ironie.

La crédibilité d’un créateur de contenu ne repose dès lors plus sur son rapport à la vérité, mais sur son authenticité. Fanny Barnabé observe ce glissement sur la plateforme de streaming Twitch où la relation entre streamer et communauté tient au sentiment d’un lien direct et sincère : maladresses, réactions spontanées et personnalité affichée y valent davantage que l’exactitude.

Pour Fanny Barnabé, la vraie question est alors peut-être de savoir s’il reste possible d’être sérieux sur Internet. Sur Twitch, le renversement est devenu si total qu' « il arrive que les utilisateurs précisent explicitement qu'ils parlent sérieusement. On ne signale plus qu'un message est ironique. C'est le premier degré qu'il faut désormais annoncer. »

Fanny Barnabé
Fanny Barnabé

Quand l’authenticité devient un argument politique

On retrouve exactement ce mécanisme en politique. Des personnalités comme Donald Trump ou Elon Musk utilisent désormais mèmes, provocation, trolling et références à la culture du gaming pour s’adresser directement à leur public. La post-ironie leur offre une protection rhétorique puissante. Des propos graves peuvent être formulés sur le mode de la plaisanterie et, si la réaction est négative, il suffit de répondre « c’était pour rire ». 

Pour Arthur Borriello, professeur de sciences politiques à l’UNamur et chercheur de l’institut Transitions, la crédibilité en politique se mesure de la même manière que sur Twitch : à l’authenticité perçue plutôt qu’à la véracité. « Trump peut se permettre de passer pour un menteur ou un farfelu. L’important, c’est qu’il apparaisse comme authentique », explique le politologue. L’insulte, l’extravagance et la transgression des normes de langage deviennent ainsi des marqueurs de proximité avec les gens ordinaires, par opposition au discours policé des élites.

Arthur Boriello
Arthur Boriello

L’authenticité ne promet pas la vertu, elle promet la proximité. Être du côté des gens ordinaires, avec leurs défauts, leurs colères et parfois même leurs transgressions. Face à Hillary Clinton, Trump déclarait en substance : oui, le système de Wall Street est corrompu, puisque j’en fais moi-même usage. Il ne promettait pas d’y mettre fin, il promettait d’être authentique. 

Le politologue va plus loin. Il remet en question l’idée même que la politique serait une affaire de vérité. « Le discours politique n’est pas un discours de vérité. Ce n’est pas sa visée. » Sa force réside plutôt dans sa cohérence interne et sa capacité à donner sens à une expérience vécue. Le trumpisme, par exemple, relie dans un même récit dégradation économique, chômage, immigration et sentiment de déclin américain. « Les immigrés mangent-ils des animaux domestiques ? Peu importe que cette affirmation soit vraie ou fausse. L’important est que ça s’articule avec l’ensemble des éléments dans ce récit cohérent », résume le politologue.

Ce que coûte le brouillage du vrai

Pour Olivier Sartenaer, les conséquences de ce nouveau rapport à la vérité ne sont pas que rhétoriques. « Si on prétend par exemple que les recommandations du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) sont juste une religion d’écologistes bobos et qu’on préfère le bon sens populaire favorable aux centrales à charbon, on crée un climat qui devient inhabitable. » Le problème ici n’est pas seulement de se tromper sur un phénomène scientifique, c’est de choisir de ne pas tenir compte des connaissances disponibles alors que les conséquences sont prévisibles.

Le même mécanisme est à l’œuvre dans les débats sur la vaccination. Quand les connaissances scientifiques cèdent la place au « bon sens » ou aux convictions politiques, les décisions collectives peuvent avoir des conséquences dramatiques. « La recrudescence de la rougeole aux États-Unis est directement liée à la diffusion de doutes sur les vaccins. Aujourd’hui, des enfants meurent d’une maladie qui avait pourtant été enrayée depuis très longtemps », regrette le philosophe. 

Au-delà des erreurs de décision, c’est la possibilité même de faire société qui est en jeu. « Pour discuter, pour s’entendre, il faut un monde commun. Si on polarise à l’extrême, on perd ce monde commun. On ne peut plus ni se comprendre ni agir ensemble. »

Répondre autrement

Au-delà des fake news ou des théories du complot, la post-vérité et la post-ironie révèlent donc une transformation profonde de notre rapport au monde commun. Authenticité contre-expertise, humour qui brouille les intentions : la question devient moins celle du vrai que celle de la confiance. D’où l’importance, pour les chercheurs, de reconstruire des espaces communs à travers une information de qualité, une éducation aux médias, une société civile vivante, des lieux de débat, des récits collectifs. Car sans monde commun, il devient difficile non seulement de s’accorder sur les faits, mais de faire société. Reste une dernière question proprement politique : peut-on seulement combattre ce brouillage à coups de vérité ? Arthur Borriello pense que non, et l’explique en encadré.

Arthur Borriello : « Il faut répondre à l’idéologie par l’idéologie »

Pour le politologue Arthur Borriello, il faut d’abord prendre ses distances avec deux notions devenues omniprésentes. « Les concepts de post-vérité et de populisme jouent aujourd’hui le même rôle dans le débat public : celui de concepts-valises qui permettent de désigner très largement des évolutions politiques, sans toujours les analyser avec la précision qu’elles méritent. »

La définition dominante du populisme repose sur une opposition entre un « peuple vertueux » et des « élites corrompues », ce qui conduit à qualifier de populistes des mouvements très différents, y compris ceux d’extrême droite. Dans son ouvrage « Populisme, le mal nommé », le politologue défend une conception qu’il reconnaît minoritaire selon laquelle le populisme est avant tout un moment démocratique, porté par une volonté d’approfondir la démocratie et de rendre davantage de pouvoir au peuple. « Cette définition exclut de facto l’extrême droite, qui ne cherche pas à approfondir la démocratie, mais à restreindre le champ de ceux qui en bénéficient. »

Mais pourquoi cette promesse de rendre le pouvoir au peuple est-elle utilisée par de nombreux mouvements politiques, y compris l’extrême droite ? Elle répond à une expérience bien réelle. De nombreux citoyens ont le sentiment d’avoir perdu une partie de leur capacité à peser sur les décisions politiques. Arthur Borriello l’explique par la désintermédiation observée depuis les années 70 : partis, syndicats et associations, qui permettaient traditionnellement de transformer des préoccupations individuelles en revendications collectives, ont perdu de leur importance.

La force du discours politique repose donc davantage sur sa capacité à donner sens à une expérience vécue et sur sa cohérence interne. Cette lecture le conduit à relativiser l’efficacité d’une stratégie qui consisterait uniquement à « fact-checker » les discours de l’extrême droite. Il l’illustre par un exemple volontairement radical : « Face à Hitler qui affirmait que les Juifs étaient la cause de tous les maux, un fact-checking aurait-il enlevé de la force à ce discours ? Certainement pas. Le seul moyen de lutter contre ce type de discours, c’est de proposer un autre récit suffisamment convaincant, qui résonne avec l’expérience concrète des gens. Il faut répondre à l’idéologie par l’idéologie. »

Concrètement, Arthur Borriello plaide pour la reconstruction d’espaces d’intermédiation : associations, organisations collectives, lieux de débat et de mobilisation qui permettent aux citoyens de retrouver une capacité d’action et de représentation. La Belgique francophone offre à cet égard un élément de réflexion intéressant. Alors que l’extrême droite progresse fortement dans plusieurs pays européens, elle y reste jusqu’ici relativement marginale. Une résistance qu’il met notamment en relation avec la persistance d’un tissu associatif dense et avec l’ancrage local de certaines formations politiques, comme le PTB à travers ses organisations de jeunesse, maisons médicales, etc. 

La réponse à l’extrême droite ne se joue donc pas uniquement dans le champ de la véracité de l’information. Elle se joue aussi dans la capacité d’une société à créer du lien et à proposer des récits collectifs dans lesquels chacun peut se reconnaitre. 

Pour aller plus loin

La vérité en crise : désinformation, pensée critique, droit à l’information

Ouvrage collectif à paraître à l’automne 2026 aux éditions Larcier Intersentia. Cet ouvrage rassemble plusieurs contributions, notamment des textes d’Alejandra Michel et de Fanny Barnabé.

Arthur Borriello, Populisme : le mal nommé

Éditions de l’Université de Bruxelles, collection « Débats ».

Dans cet essai, le politologue interroge les usages contemporains de la notion de populisme et propose une lecture critique d’un concept devenu omniprésent dans le débat public.

Denis Saint-Amand, Contrer le rire fasciste. Trolling et résistance

Éditions Rue de l’Échiquier, collection « Les Incisives ».

Une analyse des usages politiques de l’humour, du trolling et des cultures numériques, ainsi que des formes de résistance qu’ils peuvent susciter.

Denis Saint-Amand est chercheur qualifié du FNRS à l’UNamur et président du Namur Institute of Language, Text and Transmediality (NALTT)

« Le vaccin contre la rougeole provoquerait l’autisme » : La thématique des fakenews dans le domaine de la santé et en particulier de la vaccination était un des sujets abordés lors de la Cérémonie officielle de rentrée académique 2026 de l'UNamur. Retrouvez cette intervention en vidéo.

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #42 (Septembre 2026).

Omalius-Septembre-2026

Une étude de la VUB et de l’UNamur montre que des agents d'IA développent leur propre « langage naturel artificiel » pour communiquer sur des données complexes

Intelligence Artificielle

Les systèmes d’IA développent spontanément leur propre langage, adapté à leurs capteurs, plutôt que de copier le langage humain.

IA

Des chercheurs de l’Artificial Intelligence Lab de la VUB et de l’Université de Namur (UNamur) démontrent, dans une nouvelle étude à grande échelle, comment des systèmes d’IA autonomes peuvent développer spontanément, sans intervention humaine, un langage fonctionnel et partagé. Contrairement aux grands modèles linguistiques tels que ChatGPT, qui apprennent à partir de vastes corpus de textes produits par des humains, ces agents IA construisent leur propre système de communication, directement ancré dans les données fournies par leurs capteurs spécifiques et leur environnement. Cette découverte constitue une avancée majeure pour la communication entre les systèmes autonomes, tels que les voitures autonomes, les robots et les capteurs industriels.

Une couche d’abstraction pour les sens non humains

Les modèles linguistiques d’IA actuels se concentrent sur la compréhension et la génération de langues humaines telles que le néerlandais ou l’anglais. Ces langues humaines trouvent historiquement leur fondement dans nos propres perceptions sensorielles. Lorsque des agents d’IA physiques ou virtuels sont équipés de capteurs pour lesquels les humains n’ont pas d’équivalent sensoriel direct – tels que le lidar, le sonar, l’infrarouge ou l’analyse chimique –, le langage humain existant s’avère insuffisant.

Jérôme Botoko Ekila, doctorant à l’AI Lab de la VUB, explique : « Au lieu de contraindre les systèmes d’IA à communiquer dans une langue humaine qui ne correspond pas à leurs capteurs, nous leur permettons de faire développer leur propre « langue naturelle artificielle ». Ils construisent des concepts efficaces qui correspondent exactement à ce qu’ils perçoivent via leurs capteurs, même s’il s’agit de données incompréhensibles pour les humains. »

Comme, dans la pratique, les capteurs de différentes machines ou de différents véhicules ne peuvent pas toujours  être calibrés de manière identique, le langage consitute, selon les chercheurs, la solution idéale.

Paul Van Eecke, professeur d’intelligence artificielle à la VUB : « Dans les applications industrielles ou physiques, il est tout simplement irréaliste de s’attendre à ce que tous les capteurs de différents robots ou véhicules soient calibrés de manière parfaitement identique. Les humains résolvent ce problème grâce au langage : si je dis que je me trouve près de la « voiture rouge », nous nous comprenons sans que nos yeux n’enregistrent exactement les mêmes valeurs de couleur. Le langage constitue une couche d’abstraction au-dessus des valeurs des capteurs, et c’est précisément ce que nous laissons désormais ces agents d’IA construire de manière autonome. »

Auto-organisation et évolution

Au lieu de mots préprogrammés ou de codes fixes, les chercheurs ont simplement fourni aux agents les mécanismes de base qui sous-tendent l’évolution du langage humain : l’invention locale de mots, l’adaptation de prototypes conceptuels et la prise en compte du retour d’information en cas de réussite ou d’erreur de communication.

Image
Katrien Beuls

Ce qui est fascinant, c’est qu’il n’y a pas d’ordinateur central qui impose les règles. Nous laissons à chaque fois deux agents interagir localement, l’un avec l’autre. C’est uniquement grâce à ces interactions et mises à jour individuelles qu’une convention commune émerge spontanément au sein de toute la population. Ce principe d’auto-organisation permet au langage de s’optimiser automatiquement : les agents créent exactement le nombre de catégories nécessaires pour accomplir leurs tâches efficacement, sans détails superflus. 

Katrien Beuls Professeure au sein de la Faculté d’informatique et membre de l’Institut NaDI à l’UNamur

Testé sur 37 ensembles de données

L’applicabilité universelle de la méthode a été démontrée sur 37 ensembles de données variés et complexes. Ainsi, les agents ont réussi à développer leur propre vocabulaire pour communiquer, notamment sur des analyses physico-chimiques du vin, des données de la NASA sur les exoplanètes, des ensembles de données visuelles ou des images représentant des oiseaux ou des visages. Dans toutes ces situations, les agents ont réussi à regrouper  efficacement les données en  nouveaux concepts communs.

Transparents et adaptatifs

La transparence constitue un avantage notable des systèmes développés. Contrairement à de nombreux modèles d’IA de type « boîte noire », les chercheurs peuvent déterminer avec précision la signification d’un mot créé par les agents, car le prototype peut être directement rattaché aux valeurs des capteurs sous-jacents.

De plus, ces systèmes linguistiques évolutifs sont extrêmement robustes. Lorsque l’environnement change, lorsque les données des capteurs sont perturbées par du bruit ou lorsque les agents individuelsprésentent des caractéristiques ou des configurations différentes, le langage s’adapte automatiquement aux nouvelles circonstances grâce à une interaction continue.

Référence

Botoko Ekila, J., Verheyen, L., Nevens, J., Beuls, K., & Van Eecke, P. (2026). Emergent Communication in Continuous Worlds: Self-Organisation of Conceptually Grounded Vocabularies at Scale. Transactions of the Association for Computational Linguistics, vol. 14, pp. 2234–2257. DOI : 10.1162/TACL.a.799

Financement et collaboration

Cette recherche a été menée dans le cadre d'une collaboration entre le Laboratoire d'intelligence artificielle de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et la Faculté d'informatique de l'Université de Namur (UNamur), et a été financée par le Fonds de la recherche scientifique - de Flandre (FWO) et le Fonds de la Recherche Scientifique (FNRS) dans le cadre d’un projet WEAVE.

FNRS-FWO

Une recherche de l'UNamur rend les outils de l'intelligence artificielle plus fiables

Intelligence Artificielle
Informatique
Transition numérique

Des chercheurs de l'UNamur ont développé une nouvelle méthode qui a permis de découvrir 32 bugs jusqu'alors invisibles dans certaines des bibliothèques logicielles les plus utilisées pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle. Née d'un mémoire de master, cette recherche a déjà conduit à des corrections dans plusieurs logiciels utilisés par des millions de développeurs à travers le monde. 

Une recherche de l'UNamur rend les outils de l'intelligence artificielle plus fiables

Avant qu'une intelligence artificielle puisse reconnaître une image, comprendre un texte ou répondre à une question, elle doit d'abord être entraînée. Pour cela, les développeurs et les data scientists utilisent des bibliothèques logicielles spécialisées, de véritables « boîtes à outils » qui permettent de construire ces modèles d'IA.

C'est sur ces logiciels que s'est penchée une équipe de recherche réunissant l'Université de Namur, l'Université de Passau (Allemagne) et la TU Delft (Pays-Bas). Leur objectif : détecter des bugs particulièrement difficiles à repérer, susceptibles de provoquer l’arrêt brutal d'un programme.

Une nouvelle méthode pour révéler les bugs invisibles

Pour vérifier que ces bibliothèques fonctionnent correctement, les chercheurs utilisent des logiciels capables de générer automatiquement des milliers de tests. Leur rôle est de pousser les programmes dans leurs retranchements afin de repérer d'éventuelles erreurs. 

Jusqu'ici, ces outils avaient toutefois une limite importante Lorsqu'un test provoquait un dysfonctionnement d'une bibliothèque logicielle, le logiciel chargé d'effectuer les tests cessait lui aussi de fonctionner. Impossible, dès lors, de comprendre précisément l'origine du problème ou de le signaler aux développeurs. 

Les chercheurs de l'UNamur ont donc imaginé une nouvelle méthode. Désormais, chaque test est exécuté séparément. Si l'un d'eux provoque un crash, celui-ci est isolé : le logiciel de test continue de fonctionner, enregistre l'erreur et poursuit ses analyses. Il devient ainsi possible de détecter automatiquement des bugs qui passaient jusque-là inaperçus. 

32 bugs découverts et déjà corrigés

Grâce à cette nouvelle méthode, les chercheurs ont analysé 1 648 modules appartenant aux principales bibliothèques de machine learning et mis au jour 32 bugs inédits. Plusieurs concernaient des logiciels devenus incontournables pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle.

Ces anomalies ont été signalées aux équipes de développement. Plusieurs ont déjà été reconnues puis corrigées. “Lorsqu'on corrige un bug à ce niveau-là, ce sont potentiellement des milliers, voire des millions d'utilisateurs qui en bénéficient”, souligne Xavier Devroey, professeur à la Faculté d’informatique de l’UNamur et membre du centre de recherche PReCISE du Namur Digital Institute (NaDI). Au-delà de ces corrections, cette recherche contribue à rendre plus fiables les logiciels sur lesquels reposent aujourd'hui de très nombreuses applications d'intelligence artificielle.

Une recherche née d'un mémoire

Cette avancée est née du mémoire de master de Lucas Berg, réalisé à l'UNamur sous la supervision du professeur Xavier Devroey. Dans le cadre de son stage de recherche, Lucas Berg rejoint ensuite l'équipe du professeur Annibale Panichella à la TU Delft afin de travailler sur Pynguin, l’outil open source de génération automatique de tests développé à l'Université de Passau par l'équipe du professeur Gordon Fraser évoqué précédemment. 

Au départ, son objectif était d'améliorer cet outil. En évitant les crashs tout en découvrant des bugs, cette première contribution a attiré ensuite l'attention des chercheurs de l'Université de Passau, confrontés au même problème, donnant naissance à une collaboration internationale qui débouchera sur une publication scientifique commune. 

Lucas Berg poursuit aujourd'hui un doctorat à la Faculté d'informatique de l'UNamur sous la supervision des professeurs Wim Vanhoof et Xavier Devroey. Les résultats de cette recherche ont été présentés à l'IEEE International Conference on Software Testing, Verification and Validation (ICST 2026), l'une des conférences internationales les plus prestigieuses dans le domaine du test logiciel.  

Cette recherche a aussi bénéficié du soutien du Service public de Wallonie (SPW Recherche) et de Wallonie-Bruxelles International. Une reconnaissance qui souligne la qualité de ces travaux et leur intérêt pour la communauté scientifique internationale. 

Le Namur Digital Institute (NaDI)

Au sein de NaDI, les chercheurs apportent des solutions innovantes aux nouveaux défis sociétaux posés par la révolution digitale (eGov, eHealth, eServices, Big data, etc.). Issus de différentes disciplines, les chercheurs croisent leurs expertises en informatique, technologie, éthique, droit, management ou sociologie. Regroupant six centres de recherche, le Namur Digital Institute offre une expertise multidisciplinaire unique dans tous les domaines de l'informatique, de ses applications et de son impact social.  

Des doctorants du NaDI lancent “Et si l'IA…”, un cycle de conférences pour “démystifier l'intelligence artificielle”

Intelligence Artificielle

À travers cinq conférences-ateliers interdisciplinaires, les doctorants de l’UNamur NaDI invitent le grand public à développer un regard critique sur l’intelligence artificielle qui transforme déjà notre quotidien. 

Cycle de conférences ESIA

L'intelligence artificielle est aujourd'hui à la portée de tous. Pourtant, si beaucoup l'utilisent au quotidien, rares sont ceux qui en comprennent réellement le fonctionnement, les limites ou les enjeux. C'est pour répondre à ce besoin que le Namur Digital Institute (NaDI) lance “Et si l'IA…”, un cycle de conférences-ateliers ouvert au grand public, coordonné par les doctorantes Elisa De Coster (PReCISE) et Aline Nardi (CRIDS). 

“L'idée du projet est de démystifier l'intelligence artificielle”, entame Elisa De Coster. “Nous avons la chance, en tant que chercheurs, d'être sensibilisés aux questions que soulèvent l’IA. Nous voulions que les citoyens curieux puissent eux aussi disposer de ces clés de compréhension.” 

“Avant 2022 et l'essor de ChatGPT, ces outils étaient réservés à une niche”, poursuit Aline Nardi."Depuis, l'usage de l'IA s'est généralisé à une vitesse record, mais la réflexion sur les enjeux sociétaux de ces usages n'a pas suivi le rythme. Cette série de conférences est une invitation à faire un pas de côté pour comprendre ce qui se joue en coulisses" 

Des regards croisés pour mieux comprendre l'IA

Chaque séance, d'une durée d'environ deux heures, croisera les regards de plusieurs spécialistes. Un doctorant en informatique expliquera le fonctionnement technique de l'IA, tandis que son homologue en droit abordera les implications juridiques, éthiques et sociétales.

Des intervenants issus du monde professionnel viendront partager leur expérience de terrain et une activité interactive permettra au public de mettre ces notions en pratique. Parmis ces intervenants, on peut notamment citer Alice Gorissen (CEO & Head of Animation à Dreamwall), Jean-Philippe Demiddeleer (juge de paix à Gembloux) et Zoé Dewinter (psychologue clinique, spécialisée sur l’IA en santé mentale). L'interactivité, l'interdisciplinarité et l'ouverture au grand public constituent les trois piliers du projet.

Cinq conférences pour explorer les enjeux de l'IA

Chaque rencontre abordera une question de société différente : 

  • 1er octobre 2026 – La Nef 
     Et si l'IA était votre confidente ? 
     Peut-on se confier à un chatbot ? Quels en sont les risques ? 
  • 22 octobre 2026 – PA02 
     Et si l'IA se trompait ? 
     Comment reconnaître les erreurs d'une intelligence artificielle et conserver son esprit critique ? 
  • 19 novembre 2026 – Caméo 
     Et si l'IA était subjective ? 
     Les intelligences artificielles sont-elles réellement neutres ou reproduisent-elles certains biais ? 
  • 25 février 2027 – Quai 22 
     Et si l'IA volait vos créations ? 
     Quels défis l'IA générative pose-t-elle en matière de droit d'auteur et de propriété intellectuelle ? 
  • 18 mars 2027 – TRAKK 
     Et si l'IA vous connaissait trop bien ? 
     Que deviennent nos données personnelles et jusqu'où l'IA peut-elle apprendre à nous connaître ? 

Si Elisa De Coster et Aline Nardi coordonnent le projet, elles insistent sur le fait qu'il s'agit avant tout d'un travail collectif. Le cycle de conférences est porté par dix doctorants issus des centres de recherche PReCISE et CRIDS : Elisa De Coster, Adélaïde Couplet, Jules Dejaeghere, Pierre Luycx, Pierre Poitier, Aline Nardi, Alix Gobert, Florian Jacques, Martin Rappe, Lionel Goffaux et Olga Thiry. Ensemble, ils veulent aider le grand public à mieux comprendre l'intelligence artificielle, sans la diaboliser ni la présenter comme une solution miracle.  

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Événements

19
2026

Et si l’IA était aussi subjective que vous ? (ESIA#3)

Conférence grand public
Conférence grand public
-
Institut NaDI

Et si l’IA était aussi subjective que vous ? (ESIA#3)

Intelligence artificielle
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19
2026 18:30 - 20:30
Université de Namur - rue de Bruxelles, 61 - 5000 Namur
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t si l’IA héritait de nos biais et de nos angles morts ? Durant cette troisième séance du cycle "Et si l'IA ?", comparez, questionnez et expérimentez pour révéler la part de subjectivité cachée derrière des réponses en apparence neutres.

Visuel du cycle de conférences Et Si l'IA ? (ESIA)

L’IA est souvent perçue comme neutre et objective. Mais est-ce vraiment le cas ? Cette troisième séance du cycle "Et si l'IA ?" questionne les biais et discriminations qui peuvent être intégrés dans les systèmes d’intelligence artificielle, en écho à des exemples marquants comme des algorithmes de recrutement ou de justice biaisés.

À travers des démonstrations et des expériences interactives, la séance vise à déconstruire le mythe de la neutralité technologique et à réfléchir aux moyens de concevoir des systèmes plus équitables et inclusifs.

  • 25
    2026
  • 27
    2026

CFIES 2026 - 9è colloque international sur l'enseignement de la statistique

Congrès / Colloque / Conférence
Congrès / Colloque / Conférence
-
Faculté d'informatique Institut NaDI Institut IRDENa

CFIES 2026 - 9è colloque international sur l'enseignement de la statistique

Informatique
Didactique
25
2026 09:00 - 27
2026 17:00
Université de Namur - rue de Bruxelles, 61 - 5000 Namur

Le Colloque Francophone International sur l'Enseignement de la Statistique rassemblera durant trois jours les enseignants et les chercheurs des disciplines concernées : la statistique évidemment, mais aussi les mathématiques, les sciences de l'éducation, l'ingénierie des connaissances, la didactique de la statistique, l'informatique, sans oublier les disciplines utilisatrices de l'outil statistique, tant du côté des sciences exactes que des sciences humaines ou de la santé, ainsi que les entreprises désirant former leur personnel aux techniques statistiques.

Visule du colloque CFIES2026

Une des forces du colloque est de rassembler des acteurs de la formation tout au long de la vie.

Les thèmes de ce prochain colloque permettront d'aborder des questions en lien avec l’enseignement de la statistique face aux innovations/transformations techniques et technologiques dans une approche historique et contemporaine.

Le colloque est d'ailleurs organisé, et ce pour la première fois, en collaboration avec le groupe "Socio-histoire de la Statistique et des Probabilités". 

26
2026

Soutenance publique de thèse de doctorat en informatique - Maxime André

Défense de thèse

Abstract

Au cours des quinze dernières années, le style architectural des microservices est devenu un modèle dominant, en particulier pour la conception d'applications basées sur le cloud dans le continuum cloud. Porté par les méthodes de développement agiles, il a été adopté par de nombreux acteurs de l'industrie logicielle moderne, notamment des communautés open-source ainsi que des entreprises de développement logiciel telles que Netflix, Spotify et Amazon. Contrairement au style architectural monolithique, il est loué pour ses qualités de modularité, d'hétérogénéité, de déployabilité, de collaboration et d'automatisation. Faciliter l'évolution logicielle est l'une des principales motivations de l'adoption des architectures microservices. Paradoxalement, de récentes études observent l'inverse, en particulier en ce qui concerne la couche de manipulation des données. Aujourd'hui, elle est considérée comme l'un des défis les plus pressants. En effet, ce style impacte la couche de données, la rendant hétérogène et distribuée. En pratique, les développeurs rencontrent des difficultés à obtenir une vue holistique du système, à comprendre les concepts de données associés, à mesurer l'impact des changements et à propager les modifications subséquentes tout en préservant les relations inter-microservices et inter-données, qui sont parfois implicites. Ces défis conduisent souvent à une surcharge manuelle importante lors des tâches d'évolution, pour lesquelles les développeurs souffrent d'un manque de soutien. Cette thèse vise à combler ces lacunes en proposant de nouvelles méthodes, techniques et outils. Plus précisément, elle combine des techniques d'analyse statique et dynamique des programmes pour opérer la rétro-ingénierie des microservices et de leur couche de manipulation des données, identifier les concepts de données et localiser les fragments de code associés, tout en tenant compte de leur nature hétérogène et distribuée. Elle visualise ensuite les informations extraites d'un point de vue multicouche. Enfin, elle introduit des techniques permettant d'analyser l'évolution orientée sur les données des microservices dans une perspective historique.

Le jury

  • Prof. Dr. Katrien BEULS - Président du jury, UNamur, Belgique
  • Prof. Dr. Anthony CLEVE - Promoteur, UNamur, Belgique
  • Prof. Dr. Xavier DEVROEY - Membre interne, UNamur, Belgique
  • Prof. Dr. Etienne RIVIERE - Co-Promoteur, UCLouvain, Belgique
  • Prof. Dr. Massimiliano DI PENTA - Membre externe, University of Sannio, Italie
  • Prof. Dr. Michele LANZA - Membre externe, Università della Svizzara Italiana, Italie

Evènement gratuit sur inscription.

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