Comme discipline, l'histoire prospecte le passé humain dans toute sa complexité : populations, économies, techniques, politiques, religions, arts, idéologies, etc. 

Au prix d'entretiens oraux, de recherche dans les dépôts d'archives ou les cabinets de manuscrits, dans les bibliothèques ou les musées, sur les sites archéologiques ou dans certains lieux privilégiés où la nature a fixé des souvenirs du passé, l'histoire ambitionne de repérer des traces laissées par les humains. L'objectif est de connaître le milieu dans lequel ils ont vécu. Elle dépiste tous les témoins possibles. 

L'histoire emprunte aux sciences humaines questions et méthodes, qui permettent de saisir des corrélations, de déceler des genèses, en un mot, de comprendre l'aventure humaine.   

Deux traits de l'histoire valent d'être soulignés. L'histoire relève d'abord de l’enquête ; elle doit en effet commencer par découvrir le matériau multiforme sur lequel elle va travailler, les "documents" du passé. Ensuite, elle porte sur la connaissance du passé dans la durée, parfois dans la très longue durée, et donc analyse des naissances, des mutations, des évolutions.

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Les études en histoire à l'UNamur

Le bachelier en histoire vous propose une formation rigoureuse et stimulante, centrée sur l’analyse du passé humain dans toute sa complexité. Grâce à une approche critique, créative et interdisciplinaire, vous développez des compétences en recherche et en réflexion historique. Découvrez les spécificités du programme, ses atouts pédagogiques et les témoignages d’étudiants.

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Actualités

Une bourse Marie Skłodowska-Curie pour permettre à Eleonora Celora d’étudier la place des femmes dans les chants médiévaux

Histoire

Depuis septembre, Eleonora Celora mène au Département d’histoire de l’UNamur le projet FUNDATRICES grâce à une bourse postdoctorale Marie Skłodowska-Curie. Pendant deux ans, la chercheuse étudiera des chants religieux du Moyen Âge consacrés à des saintes abbesses des anciens Pays-Bas méridionaux, afin de mieux comprendre la manière dont leur mémoire et leur image ont été transmises au fil des siècles. 

Eleonora Celora

Musicologue et spécialiste du Moyen Âge, Eleonora Celora travaille depuis plusieurs années sur les manuscrits liturgiques. Après des recherches menées sur des sources conservées en France, en Italie, en Belgique et en Allemagne, elle s’intéresse aujourd’hui plus particulièrement à la place accordée aux saintes dans ces documents. 

Son projet FUNDATRICES est soutenu par une bourse postdoctorale Marie Skłodowska-Curie, un financement européen qui lui permettra de poursuivre ses recherches pendant deux ans à l’UNamur. “Avoir la possibilité d’avoir deux ans pour faire de la recherche, c’est magnifique. C’est vraiment ce dont on a besoin après un doctorat”, explique-t-elle. 

Des chants consacrés aux saintes abbesses

Au cœur du projet se trouvent les offices rimés, des ensembles de textes et de chants composés en vers et utilisés pendant la liturgie. Au Moyen Âge, ils pouvaient notamment servir à célébrer la mémoire d’un saint ou d’une sainte. 

Eleonora Celora se concentrera sur les offices consacrés à des saintes abbesses des anciens Pays-Bas méridionaux. Plusieurs abbayes médiévales ont en effet été fondées par des femmes ou liées à des figures féminines importantes. Pourtant, de nombreux manuscrits et premières éditions imprimées qui leur sont consacrés restent encore peu étudiés, tant du point de vue du texte que de la musique. 

L’objectif est de comprendre comment ces femmes étaient représentées plusieurs siècles après leur mort, quels aspects de leur vie étaient mis en avant et quels modèles féminins étaient transmis à travers ces chants.  

Un patrimoine particulièrement riche en Belgique

Le choix de cette région n’est pas anodin. Les anciens Pays-Bas méridionaux possèdent un patrimoine particulièrement riche en matière de musique et de composition liturgique médiévales. “Quand j’ai commencé à dresser la liste des offices versifiés consacrés à des saintes, j’en ai trouvé plusieurs dans cette zone et je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à étudier ici”, explique Eleonora Celora. 

Cette proximité avec les sources a également joué dans son choix de rejoindre l’UNamur. Le projet est accueilli au sein du centre de recherche Pratiques médiévales de l’écrit, où elle pourra travailler dans un environnement spécialisé dans les manuscrits et la culture écrite du Moyen Âge. “Pouvoir être ici en Belgique, travailler sur des sources belges et être entourée de chercheurs qui connaissent ce contexte, c’est idéal”, souligne-t-elle. 

À travers FUNDATRICES, Eleonora Celora souhaite contribuer à une meilleure compréhension de la place et de la représentation des femmes dans les sociétés médiévales, tout en mettant en valeur un patrimoine encore largement méconnu. La bourse représente également une étape importante dans son parcours, un an après la fin de son doctorat. “Je ne m’attendais vraiment pas à recevoir cette bourse parce que c’est très compétitif entre les différents projets. C’était une très belle surprise”, confie-t-elle. Félicitations à Eleonora Celora pour l’obtention de cette bourse et pour le lancement de ce nouveau projet à l’UNamur ! 

Deux professeurs de l'UNamur au cœur de la visite de l'Empereur du Japon

Institution

À l'occasion de la visite d'État de l'Empereur du Japon en Belgique, deux professeurs de l'Université de Namur ont eu l'occasion de représenter leur institution lors de deux moments forts du programme officiel. Isabelle Parmentier et Alexandre Mauroy reviennent sur une expérience qu'ils ne sont pas près d'oublier.

Deux professeurs de l'UNamur au cœur de la visite de l'Empereur du Japon - @adobestock

Alexandre Mauroy : “Une belle occasion de faire connaître l’UNamur”

Le mardi 23 juin, la visite d'État s'est ouverte par un banquet officiel au Château de Laeken. Parmi les quelque 150 invités figurait Alexandre Mauroy, professeur au sein du Département de mathématique de la Faculté des sciences de l'UNamur. Invité à la demande du Vice-recteur aux relations et à la coopération internationales, il représentait l'Université de Namur en raison de ses collaborations scientifiques avec des chercheurs japonais, notamment dans le cadre d'un futur projet Erasmus+ avec l'Université de Kyoto. “C’était une belle occasion de faire connaître l’UNamur”, explique-t-il.

Au Château de Laeken, Alexandre Mauroy découvre un protocole très codifié et une soirée réunissant de nombreuses personnalités. “Au cocktail, le Premier ministre Bart De Wever était juste à côté de moi. À la fin de la soirée, le Roi prenait son café à quelques mètres. Le lendemain matin, j'avais presque l'impression d'avoir rêvé.”

Isabelle Parmentier : “Je n'aurais jamais imaginé vivre cela il y a quelques années”

Le lendemain, le cortège impérial faisait étape au Château de Namur pour une visite consacrée à la gestion de l'eau. À cette occasion, Isabelle Parmentier, professeure au Département d'histoire de la Faculté Philosophie et Lettres et spécialiste d'histoire environnementale, avait été invitée par le Gouverneur de la Province de Namur à présenter un exposé scientifique sur l'histoire hydrologique de la province. Une thématique choisie en raison de l'intérêt que porte l'Empereur Naruhito aux questions liées à l'eau et à l'environnement.

Isabelle Parmentier

“C'est une expérience vraiment particulière”, explique-t-elle. “Je n'aurais jamais imaginé vivre cela il y a quelques années. J'étais très heureuse de pouvoir présenter mon domaine d'expertise devant les souverains.” Après les présentations, elle a partagé le déjeuner à la table de l'Empereur du Japon et du Roi Philippe. “Le protocole voulait que nous ne leur adressions pas spontanément la parole, mais l'Empereur s'est montré très intéressé par mon exposé et m’a posé plusieurs questions.” 

Si tous deux ont vécu des moments très différents, Alexandre Mauroy et Isabelle Parmentier en retirent le même sentiment : la fierté d'avoir représenté l'Université de Namur lors d'un événement qui illustre la solidité des relations entre la Belgique et le Japon, mais aussi le rayonnement international de la recherche menée à l'UNamur. 

Une université ouverte sur le monde

L'Université de Namur développe de nombreux partenariats avec des universités et des institutions de recherche à travers le monde. Ces collaborations favorisent les échanges, les projets communs et la mobilité des étudiants, des chercheurs et du personnel, tout en renforçant le rayonnement international de l'UNamur.

PHOENIX : Faire renaître les sciences du patrimoine à l’UNamur

Patrimoine, culture et sociétés
Physique et astronomie
Histoire

Avec le projet PHOENIX, l’UNamur renoue avec une expertise ancienne : celle des sciences du patrimoine. À l’aide de techniques de pointe et des apports de l’intelligence artificielle, une équipe transdisciplinaire réunissant des experts en histoire, en archéologie et en physique s’est donnée pour mission de renouveler la compréhension d’objets patrimoniaux pour en comprendre les origines, les modes de production et les usages. Sous leur loupe : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux. 

Parchemin entrée au monastère

Les sciences du patrimoine sont en train de connaître un nouveau souffle à l’UNamur. Ce domaine de recherche – qui consiste à mobiliser les techniques et expertises issues des sciences exactes (physique, chimie, biologie) pour étudier des objets patrimoniaux anciens – se réinvente grâce au projet PHOENIX, porté par sept chercheurs issus des Facultés des sciences (Département de physique) et de philosophie et lettres (Départements d’histoire et de langues et littératures classiques). 

« PHOENIX est né de la rencontre entre plusieurs chercheurs d’horizons différents, mais animés par la même envie d’étudier la matérialité d’objets patrimoniaux. On peut notamment citer Julien Colaux, dont l’un des prédécesseurs avait mené au Laboratoire d'Analyse par Réactions Nucléaires (LARN) de l’UNamur les premiers projets en sciences du patrimoine. C’est une sorte de retour aux sources », se souvient Nicolas Ruffini-Ronzani, chercheur au Département d’histoire, président de l’institut PaTHs et l’un des porteurs du projet. 

Un triple objectif 

Avec PHOENIX, les chercheurs souhaitent faire parler deux types d’objets : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux (voir encart). Plus précisément, trois objectifs guident leurs recherches :

  • Comprendre la composition des artefacts étudiés. Pour les parchemins, identifier l’espèce animale (mouton, chèvre ou veau) et, pour la monnaie, caractériser l’alliage métallique.
  • Mieux appréhender la chaîne opératoire de production et de traitement. Par exemple, déterminer quelles parties de l’animal ont été utilisées dans la confection d’un parchemin.
  • Proposer une datation la plus précise possible. 

C’est dans ce dernier objectif que réside le principal enjeu. « On ne va pas pouvoir dater ces objets à l'année près », avertit Olivier Deparis, professeur au Département de physique et membre de l’institut de recherche NISM. « L’idée est de donner une fourchette temporelle qui soit aussi fine, si pas meilleure, que celle déjà fournie par la paléographie (l’étude des écritures anciennes) ou l’analyse des textes. Si on atteint le quart de siècle, ce sera déjà une belle avancée. »

Faire dialoguer sciences humaines et sciences exactes 

Pour y parvenir, l’équipe de PHOENIX utilise différentes techniques non-invasives, en particulier les spectroscopies infrarouges et Raman, la spectrométrie de masse d’ions secondaires à temps de vol (ToF-SIMS) et les analyses par faisceau d’ions (IBA). Ces approches – qui mobilisent les outils de pointe de l’UNamur comme l’accélérateur de particules ALTAÏS (voir Omalius #36) – fournissent des renseignements détaillés sur la composition physico-chimique des matériaux, comme l’origine animale et les formulations d’encres pour les parchemins ou le type d’alliage métallique pour les monnaies. « Le recours aux sciences exactes va permettre d’enrichir nos études et donc de mieux comprendre comment étaient produits ces objets par le passé », précise Nicolas Ruffini-Ronzani. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la collaboration entre sciences humaines et sciences exactes a une longue histoire derrière elle, qui remonte au 19e siècle, voire bien avant pour les monnaies. »

Un vent de renouveau grâce à l’Intelligence artificielle

Ces outils vont permettre de scruter les parchemins et les monnaies jusque dans les moindres détails, à l’échelle du pixel. Ces analyses poussées génèrent donc un volume colossal de données brutes à traiter. C’est là que l’intelligence artificielle entre en scène pour accélérer leur traitement et révéler les informations « cachées » dans les données, en dégageant les grandes tendances invisibles à l’œil nu. 

Surtout, elle donnera un coup de pouce pour relever le défi de la datation des objets étudiés. Des documents datés, comme des chartes, vont ainsi être utilisés comme références pour tester la robustesse du modèle, en comparant les résultats obtenus aux dates déjà connues. « Si les résultats sont convaincants, la technique pourra être appliquée à des documents non datés », se réjouit Nicolas Ruffini-Ronzani. Il s’agirait là d’une avancée non négligeable dans la recherche historique.

« L’usage des méthodes d’apprentissage automatique n’est pas la panacée », nuance cependant Olivier Deparis. « On a voulu l’exploiter comme une question ouverte, pour évaluer son bénéfice. »

PHOENIX pourrait ainsi incarner une nouvelle ère pour les sciences du patrimoine, où l’intelligence artificielle, à l’image du phénix dont le projet porte le nom, ouvre de nouvelles façons d’analyser et de comprendre les matériaux du passé.

Des chartes et des pièces de monnaies grecques

Le corpus de PHOENIX concerne deux types d’objets patrimoniaux : 

  • Un lot de 168 pièces de monnaie d’argent liées à la cité d’Argos (Grèce), issues de la collection privée de Tony Hackens (1937-1999), ancien professeur d’Archéologie à l’UCLouvain.
  • Plusieurs centaines de chartes médiévales et modernes issues du fonds d’archives de l’abbaye cistercienne Notre-Dame du Vivier (Marche-les-Dames, Namur), actuellement conservées aux Archives de l’État à Namur.
Projet Phoenix

Faites connaissance avec l’équipe 

  • Francesca Cecchet (Département de physique – Instituts NISM et NARILIS)
  • Lucas Baseil (Département de physique - Institut NISM)
  • Julien Colaux (Département de physique – Instituts NISM et PaTHs)
  • Olivier Deparis (Département de physique – Instituts NISM, naXys et PaTHs)
  • Christophe Flament (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
  • Louise Fauchier (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
  • Laurent Houssiau (Département de physique – Institut NISM)
  • Alexandre Mayer (Département de physique – Instituts NISM et naXys)
  • Giulia Morabito (Département de physique - Instituts NISM et PaTHs)
  • Nicolas Ruffini-Ronzani (Département d’histoire – Instituts PaTHs)
  • Nicolas Gros (Département de Physique – Instituts NISM et PaTHs)
  • Manon Bart (Département de Physique – Instituts NISM et naXys)
Photo d'équipe PHOENIX

Le projet PHOENIX bénéficie d’un financement du programme d’action de recherche concertée (ARC) de septembre 2024 à août 2029. Il constitue la suite du projet interdisciplinaire Pergamenum21, impulsé en 2014 par la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP) sous la houlette du professeur Olivier Deparis et consacré à l’étude scientifique du parchemin en vue d’améliorer les pratiques de restauration.

Le Projet PHOENIX au First Lego League Challenge               

Des jeunes rochefortois ont mis à l’honneur le projet PHOENIX lors du concours international First Lego League, une compétition de robotique ouverte aux jeunes de 10 à 16 ans. Pour coller au thème annuel consacré aux nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie, cette équipe du Centre des Jeunes et de la Culture de Rochefort s’est inspirée de la technique IBA pour élaborer un jeu de recherche permettant d’identifier l’origine de pièces de monnaies de la Grèce Antique modélisées à l’aide d’une imprimante 3D. Leur projet a tapé dans l’œil du jury et leur a permis de se qualifier pour la finale nationale qui a eu lieu en mars dernier. Au-delà du concours, ce jeu original sera présenté lors de la journée des familles de l’Archéoparc de la Malagne (Rochefort). 

Phoenix - Make it 2026 - étudiants

Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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Au cœur du nucléaire

Institution

La découverte du nucléaire a marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, parallèlement aux débats qui concernent sa place dans la production d’énergie et ses potentialités destructrices, le nucléaire continue d’être utilisé dans de multiples domaines, comme la recherche médicale et les thérapies contre le cancer. À l’UNamur, le nucléaire est ainsi au cœur du travail de biologistes, physiciens ou encore historiens de l’art.

Une chercheuse qui utilise un microscope

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #40 (Mars 2026).

« Le 6 août 1945 fut le jour zéro. Le jour où il a été démontré que l’histoire universelle ne continuera peut-être pas, que nous sommes capables en tout cas de couper son fil, ce jour a inauguré un nouvel âge de l’histoire du monde » écrivait Günter Anders, considéré comme le premier « philosophe de la bombe », dans « Hiroshima est partout » (1982). 

Pour de nombreux penseurs, l’invention de la bombe atomique et son utilisation contre le Japon par les États-Unis constituent un point de bascule dans le destin de l’humanité. L'accident de Tchernobyl en 1986, il y a 40 ans en avril, et celui de Fukushima en 2011, dont le 15ème anniversaire vient d’être célébré, seront deux autres événements marquants, rappelant les dangers potentiels de l’énergie atomique. 

« Günter Anders parle aussi de globocide, soit la possibilité qui est apparue avec le nucléaire de "tout faire disparaître" », explique Danielle Leenaerts, chercheuse en histoire de l’art à l’UNamur.  « Il souligne aussi l’impossibilité de dissocier les risques du nucléaire militaire et du nucléaire civil, puisqu’il existe des retombées radioactives possibles dans les deux champs. » 

Survivants d’Hiroshima

Aujourd’hui, le nucléaire est pourtant omniprésent dans nos vies. Chaque jour, de nombreux travailleurs sont, par exemple, exposés aux rayons ionisants. En Belgique, toute personne professionnellement exposée à ces rayonnements doit d’ailleurs porter un dosimètre à hauteur de la poitrine (article 30.6 de l'Arrêté Royal du 20 juillet 2001). Des données qui sont ensuite centralisées, analysées et archivées chaque mois par l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire). Épidémiologiste, chercheuse à la Faculté de médecine et membre de l’Institut de recherche Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) à l’UNamur, Médéa Locquet est aussi membre de la délégation belge du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), dont la mission est d’évaluer les niveaux et les effets de l'exposition aux rayonnements ionisants sur la santé humaine et l'environnement. Dans ce cadre, elle étudie notamment les effets des expositions professionnelles (« occupational studies ») – que ce soit chez les pilotes d’avion soumis aux rayons cosmiques, les travailleurs des mines d’uranium ou le personnel du secteur de la santé – mais aussi des expositions environnementales, et notamment à l’impact du radon, 

« un gaz radioactif d’origine naturelle, émis par les sols et pouvant s’accumuler dans les bâtiments, qui constitue aujourd’hui la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac », rappelle-t-elle. 

Dans le cadre de sa collaboration avec l’UNSCEAR, Médéa Locquet participe avec ses collègues du Japon à la « Lifespan Study » qui étudie les conséquences des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki sur les survivants irradiés et leur descendance. Si l’on connaît la dangerosité d’une exposition aiguë aux rayons ionisants (effets dits « déterministes »), les effets d’une exposition à faible dose (« effets stochastiques ») demeurent plus complexes à comprendre et à évaluer. 

« En général, en médecine, on va de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée. Ici, c’est l’inverse : par l’observation d’une application du nucléaire militaire, nous étudions directement les effets sur les êtres humains pour établir les normes de radioprotection et confirmer certains mécanismes d’action des effets des rayons ionisants en retournant vers la recherche expérimentale », explique la chercheuse. 

Le nucléaire contre le cancer

« À l’heure actuelle, plus de 50 % des patients atteints de cancers subiront au moins une fois de la radiothérapie »

Carine Michiels, professeure de biologie cellulaire, membre de l’Institut de recherche NARILIS et de l’Unité de recherche en biologie cellulaire animale (URBC).

Photo de Carine michiels (c) UNamur - Benjamin Brolet
Carine Michiels

Les cellules cancéreuses ont, en effet, pour caractéristique de proliférer de manière continue. 

« En utilisant des rayons ionisants, la radiothérapie va pouvoir arracher des électrons aux atomes de ces cellules, ce qui conduit à la production de radicaux libres qui endommagent les macromolécules, notamment l’ADN, explique Anne-Catherine Heuskin, biophysicienne et chercheuse en radiobiologie. Les cellules cancéreuses auront alors beaucoup plus de mal à se répliquer, en particulier si l’ADN est fortement touché. »

Anne-Catherine Heuskin dans le local de l'accélérateur de particules ALTAïS de l'UNamur
Anne-Catherine Heuskin

La radiothérapie utilise traditionnellement un faisceau de rayons X pour viser la tumeur, mais aujourd’hui, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux protons. 

« L’UNamur possède le seul irradiateur par protons en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui nous permet d’étudier leurs avantages par rapport aux des rayons X », souligne Carine Michiels. 

Lire à ce propos notre article précédent : ALTAïS – Pénétrer dans les profondeurs de la matière pour répondre aux enjeux actuels

« Les protons ont un avantage balistique », détaille Anne-Catherine Heuskin. « Quand on vise la tumeur avec des rayons X, il y a une partie qui est absorbée et une autre qui ressort par l’autre côté. En irradiant en amont, on touche donc aussi en aval. Or le but est d’épargner au maximum les tissus sains : dans le cancer du sein, on cherche par exemple à ne pas irradier le cœur. » 

Parce qu’ils interagissent différemment avec la matière, les protons déposent un peu de l’énergie de manière continue au fur et à mesure de leur trajet. 

« Par contre, quand il leur reste seulement quelques centimètres/millimètres à parcourir, ils vont tout déposer d’un seul coup », poursuit Anne-Catherine Heuskin. « Ce qui se trouve en aval est alors préservé. » 

La protonthérapie s’avère particulièrement intéressante pour le traitement des cancers pédiatriques, c’est-à-dire pour des patients qui ont une espérance de vie encore très longue et qui ont donc plus de risques de vivre les conséquences d’une irradiation passée de leurs tissus sains. 

À côté de ces techniques de radiothérapie externe, il est aussi possible de traiter des tumeurs par radiothérapie interne, 

« en attachant un atome radioactif à un "carrier", par exemple des nanoparticules d’or, qui va transporter cet atome jusqu’à la tumeur via la circulation », explique Carine Michiels. 

Cette technique permet d’obtenir le maximum d’effets sur les cellules cancéreuses en épargnant au maximum les autres cellules normales. 

« Depuis 5 ou 10 ans, la grande avancée dans le traitement du cancer, c’est l’immunothérapie », poursuit-elle. « Mais on ne comprend pas encore pourquoi certains patients y répondent et d’autres pas. L’une des hypothèses est qu’il faudrait booster les cellules cancéreuses pour qu’elles soient reconnues par le système immunitaire. Et là, la radiothérapie a un énorme rôle à jouer car en abîmant les cellules cancéreuses, elle va permettre de booster la réponse immunitaire. La combinaison de la radiothérapie et de l’immunothérapie est donc amenée à prendre une place prépondérante. » 

Des effets qui miment le vieillissement

Aujourd’hui, la communauté scientifique s'intéresse de plus en plus aux risques à long terme (cancer, leucémies, etc.) des expositions médicales au nucléaire. 

« Plusieurs études récentes mettent en évidence une augmentation du risque de cancers du cerveau et de leucémies chez des patients ayant bénéficié de scanners répétés durant l'enfance », explique Médéa Locquet. « Pendant l’enfance, la forte activité proliférative et la différenciation des cellules les rendent plus radiosensibles, ce qui augmente le risque d’effets tardifs, notamment à l’âge adulte. » 

De même, un traitement par radiothérapie peut augmenter le risque de certaines maladies, même si ces risques sont aujourd’hui bien connus et globalement bien maîtrisés. 

« Mon hypothèse de recherche, avance Médéa Locquet, est que les effets d’une exposition aux rayons ionisants miment le processus de vieillissement, puisque ce que l’on va retrouver, ce sont principalement des complications telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires, mais aussi des troubles endocriniens ou neurodégénératifs, à savoir donc, des maladies qui apparaissent en population générale avec l’avancée en âge. Confirmer cette hypothèse permettrait d’optimiser les doses pour prévenir ce vieillissement accéléré et l’apparition d’effets tardifs liés au traitement. On pourrait aussi essayer de le prévenir en utilisant des sénomorphiques (ndlr : agents qui bloquent les effets délétères des cellules sénescentes), mais aussi grâce à des programmes d’activité physique et de nutrition dans le suivi post-cancer. »

Trois questions pour comprendre le nucléaire

C’est quoi l’énergie nucléaire ?

L’énergie nucléaire est une forme d’énergie libérée par le noyau des atomes, composé de protons et de neutrons. Elle peut être produite par la fission (division du noyau de l’atome en plusieurs parties) ou par la fusion de plusieurs noyaux. L’énergie nucléaire utilisée aujourd’hui pour produire de l’électricité provient de la fission nucléaire. La production d’énergie au moyen de la fusion (telle qu’elle a lieu au cœur du soleil et des étoiles) est toujours en phase de recherche-développement.

Comment fonctionne la fission nucléaire ?

Dans la fission nucléaire, le noyau d’un atome se divise en plusieurs noyaux plus petits, libérant ainsi de l’énergie grâce à une réaction en chaîne. Par exemple, le noyau d’un atome d’uranium 235 percuté par un neutron se divise en deux noyaux plus petits et deux ou trois neutrons. Ces neutrons vont ensuite percuter d’autres atomes d’uranium 235, qui se divisent à leur tour en produisant d’autres neutrons, avec un effet multiplicateur qui libère de l’énergie sous forme de chaleur et de rayonnement. 

Quelles sont les applications du nucléaire ?

Depuis la découverte de la radioactivité, les propriétés du nucléaire sont utilisées dans de nombreuses applications, notamment dans les armes nucléaires, ainsi que dans les navires et sous-marins militaires. Mais le nucléaire a aussi de nombreuses applications dans la recherche, la médecine, l’industrie, l’agroalimentaire (lutte contre les insectes ravageurs et micro-organismes pathogènes) ou encore l’archéologie et la muséographie (datation et authentification de certaines pièces).

L’atome par les artistes

Au début du 20e siècle, les premières découvertes sur la structure de l’atome vont rapidement passionner les artistes car elles bouleversent le rapport à la matière, « désormais comprise comme énergie, ce qui permet d’imaginer un art affranchi de la pesanteur et de l’opacité des apparences de la nature », expliquait ainsi le Musée d’Art Moderne de Paris, qui a consacré en 2025 une vaste exposition à cette thématique (« L’Age atomique. Des artistes à l’épreuve de l’histoire »).

« À travers les époques, on observe une permanence du dialogue entre arts et sciences », rappelle à ce propos Danielle Leenaerts. 

Deux voies se dessinent alors : d’un côté, l'abstraction comme chez Vassily Kandinsky ou Hilma af Klint, de l’autre l'art conceptuel d’un Marcel Duchamp. 

Oeuvre de l'exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire
Oeuvre de l'exposition "(Faire) face au nucléaire" présentée par Danielle Leenaerts au Delta - Namur.

« Le choix de rendre possible la bombe atomique a ensuite engagé chez les artistes une réflexion sur la représentation de l’irreprésentable, notamment suite aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki », poursuit la chercheuse. 

Liberté d’expression

Aujourd’hui, « face à un lobby industriel phénoménal », plasticiens et photographes continuent de s’emparer à bras le corps de cette thématique et plus globalement des questionnements liés à l’anthropocène, à savoir cette nouvelle ère où l’activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces naturelles.

Image
Danielle Leenaerts

« Dans un contexte où l’on assiste à une polarisation des débats et où il est très difficile de rester audible et de défendre un point de vue critique sans être taxé de complotiste, il y a, autour du nucléaire, un véritable enjeu lié à la liberté d’expression »

Danielle Leenaerts Chercheuse en histoire de l'art à l'UNamur

En témoigne notamment le travail de l’artiste belge Cécile Massart, qui s’intéresse aux sites d’enfouissement des déchets comme lieux de mémoire, ou celui de la photographe Jacqueline Salmon, qui a notamment documenté le démantèlement de la centrale Superphenix (Isère), « offrant une forme de connaissance » différente et complémentaire de celle des scientifiques. Toutes deux sont représentées au sein de l’exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire et de son ouvrage éponyme (éd. La Lettre Volée).

Cet article est tiré de la rubrique "L'expert" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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Une bourse Marie Skłodowska-Curie pour permettre à Eleonora Celora d’étudier la place des femmes dans les chants médiévaux

Histoire

Depuis septembre, Eleonora Celora mène au Département d’histoire de l’UNamur le projet FUNDATRICES grâce à une bourse postdoctorale Marie Skłodowska-Curie. Pendant deux ans, la chercheuse étudiera des chants religieux du Moyen Âge consacrés à des saintes abbesses des anciens Pays-Bas méridionaux, afin de mieux comprendre la manière dont leur mémoire et leur image ont été transmises au fil des siècles. 

Eleonora Celora

Musicologue et spécialiste du Moyen Âge, Eleonora Celora travaille depuis plusieurs années sur les manuscrits liturgiques. Après des recherches menées sur des sources conservées en France, en Italie, en Belgique et en Allemagne, elle s’intéresse aujourd’hui plus particulièrement à la place accordée aux saintes dans ces documents. 

Son projet FUNDATRICES est soutenu par une bourse postdoctorale Marie Skłodowska-Curie, un financement européen qui lui permettra de poursuivre ses recherches pendant deux ans à l’UNamur. “Avoir la possibilité d’avoir deux ans pour faire de la recherche, c’est magnifique. C’est vraiment ce dont on a besoin après un doctorat”, explique-t-elle. 

Des chants consacrés aux saintes abbesses

Au cœur du projet se trouvent les offices rimés, des ensembles de textes et de chants composés en vers et utilisés pendant la liturgie. Au Moyen Âge, ils pouvaient notamment servir à célébrer la mémoire d’un saint ou d’une sainte. 

Eleonora Celora se concentrera sur les offices consacrés à des saintes abbesses des anciens Pays-Bas méridionaux. Plusieurs abbayes médiévales ont en effet été fondées par des femmes ou liées à des figures féminines importantes. Pourtant, de nombreux manuscrits et premières éditions imprimées qui leur sont consacrés restent encore peu étudiés, tant du point de vue du texte que de la musique. 

L’objectif est de comprendre comment ces femmes étaient représentées plusieurs siècles après leur mort, quels aspects de leur vie étaient mis en avant et quels modèles féminins étaient transmis à travers ces chants.  

Un patrimoine particulièrement riche en Belgique

Le choix de cette région n’est pas anodin. Les anciens Pays-Bas méridionaux possèdent un patrimoine particulièrement riche en matière de musique et de composition liturgique médiévales. “Quand j’ai commencé à dresser la liste des offices versifiés consacrés à des saintes, j’en ai trouvé plusieurs dans cette zone et je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à étudier ici”, explique Eleonora Celora. 

Cette proximité avec les sources a également joué dans son choix de rejoindre l’UNamur. Le projet est accueilli au sein du centre de recherche Pratiques médiévales de l’écrit, où elle pourra travailler dans un environnement spécialisé dans les manuscrits et la culture écrite du Moyen Âge. “Pouvoir être ici en Belgique, travailler sur des sources belges et être entourée de chercheurs qui connaissent ce contexte, c’est idéal”, souligne-t-elle. 

À travers FUNDATRICES, Eleonora Celora souhaite contribuer à une meilleure compréhension de la place et de la représentation des femmes dans les sociétés médiévales, tout en mettant en valeur un patrimoine encore largement méconnu. La bourse représente également une étape importante dans son parcours, un an après la fin de son doctorat. “Je ne m’attendais vraiment pas à recevoir cette bourse parce que c’est très compétitif entre les différents projets. C’était une très belle surprise”, confie-t-elle. Félicitations à Eleonora Celora pour l’obtention de cette bourse et pour le lancement de ce nouveau projet à l’UNamur ! 

Deux professeurs de l'UNamur au cœur de la visite de l'Empereur du Japon

Institution

À l'occasion de la visite d'État de l'Empereur du Japon en Belgique, deux professeurs de l'Université de Namur ont eu l'occasion de représenter leur institution lors de deux moments forts du programme officiel. Isabelle Parmentier et Alexandre Mauroy reviennent sur une expérience qu'ils ne sont pas près d'oublier.

Deux professeurs de l'UNamur au cœur de la visite de l'Empereur du Japon - @adobestock

Alexandre Mauroy : “Une belle occasion de faire connaître l’UNamur”

Le mardi 23 juin, la visite d'État s'est ouverte par un banquet officiel au Château de Laeken. Parmi les quelque 150 invités figurait Alexandre Mauroy, professeur au sein du Département de mathématique de la Faculté des sciences de l'UNamur. Invité à la demande du Vice-recteur aux relations et à la coopération internationales, il représentait l'Université de Namur en raison de ses collaborations scientifiques avec des chercheurs japonais, notamment dans le cadre d'un futur projet Erasmus+ avec l'Université de Kyoto. “C’était une belle occasion de faire connaître l’UNamur”, explique-t-il.

Au Château de Laeken, Alexandre Mauroy découvre un protocole très codifié et une soirée réunissant de nombreuses personnalités. “Au cocktail, le Premier ministre Bart De Wever était juste à côté de moi. À la fin de la soirée, le Roi prenait son café à quelques mètres. Le lendemain matin, j'avais presque l'impression d'avoir rêvé.”

Isabelle Parmentier : “Je n'aurais jamais imaginé vivre cela il y a quelques années”

Le lendemain, le cortège impérial faisait étape au Château de Namur pour une visite consacrée à la gestion de l'eau. À cette occasion, Isabelle Parmentier, professeure au Département d'histoire de la Faculté Philosophie et Lettres et spécialiste d'histoire environnementale, avait été invitée par le Gouverneur de la Province de Namur à présenter un exposé scientifique sur l'histoire hydrologique de la province. Une thématique choisie en raison de l'intérêt que porte l'Empereur Naruhito aux questions liées à l'eau et à l'environnement.

Isabelle Parmentier

“C'est une expérience vraiment particulière”, explique-t-elle. “Je n'aurais jamais imaginé vivre cela il y a quelques années. J'étais très heureuse de pouvoir présenter mon domaine d'expertise devant les souverains.” Après les présentations, elle a partagé le déjeuner à la table de l'Empereur du Japon et du Roi Philippe. “Le protocole voulait que nous ne leur adressions pas spontanément la parole, mais l'Empereur s'est montré très intéressé par mon exposé et m’a posé plusieurs questions.” 

Si tous deux ont vécu des moments très différents, Alexandre Mauroy et Isabelle Parmentier en retirent le même sentiment : la fierté d'avoir représenté l'Université de Namur lors d'un événement qui illustre la solidité des relations entre la Belgique et le Japon, mais aussi le rayonnement international de la recherche menée à l'UNamur. 

Une université ouverte sur le monde

L'Université de Namur développe de nombreux partenariats avec des universités et des institutions de recherche à travers le monde. Ces collaborations favorisent les échanges, les projets communs et la mobilité des étudiants, des chercheurs et du personnel, tout en renforçant le rayonnement international de l'UNamur.

PHOENIX : Faire renaître les sciences du patrimoine à l’UNamur

Patrimoine, culture et sociétés
Physique et astronomie
Histoire

Avec le projet PHOENIX, l’UNamur renoue avec une expertise ancienne : celle des sciences du patrimoine. À l’aide de techniques de pointe et des apports de l’intelligence artificielle, une équipe transdisciplinaire réunissant des experts en histoire, en archéologie et en physique s’est donnée pour mission de renouveler la compréhension d’objets patrimoniaux pour en comprendre les origines, les modes de production et les usages. Sous leur loupe : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux. 

Parchemin entrée au monastère

Les sciences du patrimoine sont en train de connaître un nouveau souffle à l’UNamur. Ce domaine de recherche – qui consiste à mobiliser les techniques et expertises issues des sciences exactes (physique, chimie, biologie) pour étudier des objets patrimoniaux anciens – se réinvente grâce au projet PHOENIX, porté par sept chercheurs issus des Facultés des sciences (Département de physique) et de philosophie et lettres (Départements d’histoire et de langues et littératures classiques). 

« PHOENIX est né de la rencontre entre plusieurs chercheurs d’horizons différents, mais animés par la même envie d’étudier la matérialité d’objets patrimoniaux. On peut notamment citer Julien Colaux, dont l’un des prédécesseurs avait mené au Laboratoire d'Analyse par Réactions Nucléaires (LARN) de l’UNamur les premiers projets en sciences du patrimoine. C’est une sorte de retour aux sources », se souvient Nicolas Ruffini-Ronzani, chercheur au Département d’histoire, président de l’institut PaTHs et l’un des porteurs du projet. 

Un triple objectif 

Avec PHOENIX, les chercheurs souhaitent faire parler deux types d’objets : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux (voir encart). Plus précisément, trois objectifs guident leurs recherches :

  • Comprendre la composition des artefacts étudiés. Pour les parchemins, identifier l’espèce animale (mouton, chèvre ou veau) et, pour la monnaie, caractériser l’alliage métallique.
  • Mieux appréhender la chaîne opératoire de production et de traitement. Par exemple, déterminer quelles parties de l’animal ont été utilisées dans la confection d’un parchemin.
  • Proposer une datation la plus précise possible. 

C’est dans ce dernier objectif que réside le principal enjeu. « On ne va pas pouvoir dater ces objets à l'année près », avertit Olivier Deparis, professeur au Département de physique et membre de l’institut de recherche NISM. « L’idée est de donner une fourchette temporelle qui soit aussi fine, si pas meilleure, que celle déjà fournie par la paléographie (l’étude des écritures anciennes) ou l’analyse des textes. Si on atteint le quart de siècle, ce sera déjà une belle avancée. »

Faire dialoguer sciences humaines et sciences exactes 

Pour y parvenir, l’équipe de PHOENIX utilise différentes techniques non-invasives, en particulier les spectroscopies infrarouges et Raman, la spectrométrie de masse d’ions secondaires à temps de vol (ToF-SIMS) et les analyses par faisceau d’ions (IBA). Ces approches – qui mobilisent les outils de pointe de l’UNamur comme l’accélérateur de particules ALTAÏS (voir Omalius #36) – fournissent des renseignements détaillés sur la composition physico-chimique des matériaux, comme l’origine animale et les formulations d’encres pour les parchemins ou le type d’alliage métallique pour les monnaies. « Le recours aux sciences exactes va permettre d’enrichir nos études et donc de mieux comprendre comment étaient produits ces objets par le passé », précise Nicolas Ruffini-Ronzani. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la collaboration entre sciences humaines et sciences exactes a une longue histoire derrière elle, qui remonte au 19e siècle, voire bien avant pour les monnaies. »

Un vent de renouveau grâce à l’Intelligence artificielle

Ces outils vont permettre de scruter les parchemins et les monnaies jusque dans les moindres détails, à l’échelle du pixel. Ces analyses poussées génèrent donc un volume colossal de données brutes à traiter. C’est là que l’intelligence artificielle entre en scène pour accélérer leur traitement et révéler les informations « cachées » dans les données, en dégageant les grandes tendances invisibles à l’œil nu. 

Surtout, elle donnera un coup de pouce pour relever le défi de la datation des objets étudiés. Des documents datés, comme des chartes, vont ainsi être utilisés comme références pour tester la robustesse du modèle, en comparant les résultats obtenus aux dates déjà connues. « Si les résultats sont convaincants, la technique pourra être appliquée à des documents non datés », se réjouit Nicolas Ruffini-Ronzani. Il s’agirait là d’une avancée non négligeable dans la recherche historique.

« L’usage des méthodes d’apprentissage automatique n’est pas la panacée », nuance cependant Olivier Deparis. « On a voulu l’exploiter comme une question ouverte, pour évaluer son bénéfice. »

PHOENIX pourrait ainsi incarner une nouvelle ère pour les sciences du patrimoine, où l’intelligence artificielle, à l’image du phénix dont le projet porte le nom, ouvre de nouvelles façons d’analyser et de comprendre les matériaux du passé.

Des chartes et des pièces de monnaies grecques

Le corpus de PHOENIX concerne deux types d’objets patrimoniaux : 

  • Un lot de 168 pièces de monnaie d’argent liées à la cité d’Argos (Grèce), issues de la collection privée de Tony Hackens (1937-1999), ancien professeur d’Archéologie à l’UCLouvain.
  • Plusieurs centaines de chartes médiévales et modernes issues du fonds d’archives de l’abbaye cistercienne Notre-Dame du Vivier (Marche-les-Dames, Namur), actuellement conservées aux Archives de l’État à Namur.
Projet Phoenix

Faites connaissance avec l’équipe 

  • Francesca Cecchet (Département de physique – Instituts NISM et NARILIS)
  • Lucas Baseil (Département de physique - Institut NISM)
  • Julien Colaux (Département de physique – Instituts NISM et PaTHs)
  • Olivier Deparis (Département de physique – Instituts NISM, naXys et PaTHs)
  • Christophe Flament (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
  • Louise Fauchier (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
  • Laurent Houssiau (Département de physique – Institut NISM)
  • Alexandre Mayer (Département de physique – Instituts NISM et naXys)
  • Giulia Morabito (Département de physique - Instituts NISM et PaTHs)
  • Nicolas Ruffini-Ronzani (Département d’histoire – Instituts PaTHs)
  • Nicolas Gros (Département de Physique – Instituts NISM et PaTHs)
  • Manon Bart (Département de Physique – Instituts NISM et naXys)
Photo d'équipe PHOENIX

Le projet PHOENIX bénéficie d’un financement du programme d’action de recherche concertée (ARC) de septembre 2024 à août 2029. Il constitue la suite du projet interdisciplinaire Pergamenum21, impulsé en 2014 par la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP) sous la houlette du professeur Olivier Deparis et consacré à l’étude scientifique du parchemin en vue d’améliorer les pratiques de restauration.

Le Projet PHOENIX au First Lego League Challenge               

Des jeunes rochefortois ont mis à l’honneur le projet PHOENIX lors du concours international First Lego League, une compétition de robotique ouverte aux jeunes de 10 à 16 ans. Pour coller au thème annuel consacré aux nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie, cette équipe du Centre des Jeunes et de la Culture de Rochefort s’est inspirée de la technique IBA pour élaborer un jeu de recherche permettant d’identifier l’origine de pièces de monnaies de la Grèce Antique modélisées à l’aide d’une imprimante 3D. Leur projet a tapé dans l’œil du jury et leur a permis de se qualifier pour la finale nationale qui a eu lieu en mars dernier. Au-delà du concours, ce jeu original sera présenté lors de la journée des familles de l’Archéoparc de la Malagne (Rochefort). 

Phoenix - Make it 2026 - étudiants

Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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Au cœur du nucléaire

Institution

La découverte du nucléaire a marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, parallèlement aux débats qui concernent sa place dans la production d’énergie et ses potentialités destructrices, le nucléaire continue d’être utilisé dans de multiples domaines, comme la recherche médicale et les thérapies contre le cancer. À l’UNamur, le nucléaire est ainsi au cœur du travail de biologistes, physiciens ou encore historiens de l’art.

Une chercheuse qui utilise un microscope

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #40 (Mars 2026).

« Le 6 août 1945 fut le jour zéro. Le jour où il a été démontré que l’histoire universelle ne continuera peut-être pas, que nous sommes capables en tout cas de couper son fil, ce jour a inauguré un nouvel âge de l’histoire du monde » écrivait Günter Anders, considéré comme le premier « philosophe de la bombe », dans « Hiroshima est partout » (1982). 

Pour de nombreux penseurs, l’invention de la bombe atomique et son utilisation contre le Japon par les États-Unis constituent un point de bascule dans le destin de l’humanité. L'accident de Tchernobyl en 1986, il y a 40 ans en avril, et celui de Fukushima en 2011, dont le 15ème anniversaire vient d’être célébré, seront deux autres événements marquants, rappelant les dangers potentiels de l’énergie atomique. 

« Günter Anders parle aussi de globocide, soit la possibilité qui est apparue avec le nucléaire de "tout faire disparaître" », explique Danielle Leenaerts, chercheuse en histoire de l’art à l’UNamur.  « Il souligne aussi l’impossibilité de dissocier les risques du nucléaire militaire et du nucléaire civil, puisqu’il existe des retombées radioactives possibles dans les deux champs. » 

Survivants d’Hiroshima

Aujourd’hui, le nucléaire est pourtant omniprésent dans nos vies. Chaque jour, de nombreux travailleurs sont, par exemple, exposés aux rayons ionisants. En Belgique, toute personne professionnellement exposée à ces rayonnements doit d’ailleurs porter un dosimètre à hauteur de la poitrine (article 30.6 de l'Arrêté Royal du 20 juillet 2001). Des données qui sont ensuite centralisées, analysées et archivées chaque mois par l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire). Épidémiologiste, chercheuse à la Faculté de médecine et membre de l’Institut de recherche Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) à l’UNamur, Médéa Locquet est aussi membre de la délégation belge du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), dont la mission est d’évaluer les niveaux et les effets de l'exposition aux rayonnements ionisants sur la santé humaine et l'environnement. Dans ce cadre, elle étudie notamment les effets des expositions professionnelles (« occupational studies ») – que ce soit chez les pilotes d’avion soumis aux rayons cosmiques, les travailleurs des mines d’uranium ou le personnel du secteur de la santé – mais aussi des expositions environnementales, et notamment à l’impact du radon, 

« un gaz radioactif d’origine naturelle, émis par les sols et pouvant s’accumuler dans les bâtiments, qui constitue aujourd’hui la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac », rappelle-t-elle. 

Dans le cadre de sa collaboration avec l’UNSCEAR, Médéa Locquet participe avec ses collègues du Japon à la « Lifespan Study » qui étudie les conséquences des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki sur les survivants irradiés et leur descendance. Si l’on connaît la dangerosité d’une exposition aiguë aux rayons ionisants (effets dits « déterministes »), les effets d’une exposition à faible dose (« effets stochastiques ») demeurent plus complexes à comprendre et à évaluer. 

« En général, en médecine, on va de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée. Ici, c’est l’inverse : par l’observation d’une application du nucléaire militaire, nous étudions directement les effets sur les êtres humains pour établir les normes de radioprotection et confirmer certains mécanismes d’action des effets des rayons ionisants en retournant vers la recherche expérimentale », explique la chercheuse. 

Le nucléaire contre le cancer

« À l’heure actuelle, plus de 50 % des patients atteints de cancers subiront au moins une fois de la radiothérapie »

Carine Michiels, professeure de biologie cellulaire, membre de l’Institut de recherche NARILIS et de l’Unité de recherche en biologie cellulaire animale (URBC).

Photo de Carine michiels (c) UNamur - Benjamin Brolet
Carine Michiels

Les cellules cancéreuses ont, en effet, pour caractéristique de proliférer de manière continue. 

« En utilisant des rayons ionisants, la radiothérapie va pouvoir arracher des électrons aux atomes de ces cellules, ce qui conduit à la production de radicaux libres qui endommagent les macromolécules, notamment l’ADN, explique Anne-Catherine Heuskin, biophysicienne et chercheuse en radiobiologie. Les cellules cancéreuses auront alors beaucoup plus de mal à se répliquer, en particulier si l’ADN est fortement touché. »

Anne-Catherine Heuskin dans le local de l'accélérateur de particules ALTAïS de l'UNamur
Anne-Catherine Heuskin

La radiothérapie utilise traditionnellement un faisceau de rayons X pour viser la tumeur, mais aujourd’hui, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux protons. 

« L’UNamur possède le seul irradiateur par protons en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui nous permet d’étudier leurs avantages par rapport aux des rayons X », souligne Carine Michiels. 

Lire à ce propos notre article précédent : ALTAïS – Pénétrer dans les profondeurs de la matière pour répondre aux enjeux actuels

« Les protons ont un avantage balistique », détaille Anne-Catherine Heuskin. « Quand on vise la tumeur avec des rayons X, il y a une partie qui est absorbée et une autre qui ressort par l’autre côté. En irradiant en amont, on touche donc aussi en aval. Or le but est d’épargner au maximum les tissus sains : dans le cancer du sein, on cherche par exemple à ne pas irradier le cœur. » 

Parce qu’ils interagissent différemment avec la matière, les protons déposent un peu de l’énergie de manière continue au fur et à mesure de leur trajet. 

« Par contre, quand il leur reste seulement quelques centimètres/millimètres à parcourir, ils vont tout déposer d’un seul coup », poursuit Anne-Catherine Heuskin. « Ce qui se trouve en aval est alors préservé. » 

La protonthérapie s’avère particulièrement intéressante pour le traitement des cancers pédiatriques, c’est-à-dire pour des patients qui ont une espérance de vie encore très longue et qui ont donc plus de risques de vivre les conséquences d’une irradiation passée de leurs tissus sains. 

À côté de ces techniques de radiothérapie externe, il est aussi possible de traiter des tumeurs par radiothérapie interne, 

« en attachant un atome radioactif à un "carrier", par exemple des nanoparticules d’or, qui va transporter cet atome jusqu’à la tumeur via la circulation », explique Carine Michiels. 

Cette technique permet d’obtenir le maximum d’effets sur les cellules cancéreuses en épargnant au maximum les autres cellules normales. 

« Depuis 5 ou 10 ans, la grande avancée dans le traitement du cancer, c’est l’immunothérapie », poursuit-elle. « Mais on ne comprend pas encore pourquoi certains patients y répondent et d’autres pas. L’une des hypothèses est qu’il faudrait booster les cellules cancéreuses pour qu’elles soient reconnues par le système immunitaire. Et là, la radiothérapie a un énorme rôle à jouer car en abîmant les cellules cancéreuses, elle va permettre de booster la réponse immunitaire. La combinaison de la radiothérapie et de l’immunothérapie est donc amenée à prendre une place prépondérante. » 

Des effets qui miment le vieillissement

Aujourd’hui, la communauté scientifique s'intéresse de plus en plus aux risques à long terme (cancer, leucémies, etc.) des expositions médicales au nucléaire. 

« Plusieurs études récentes mettent en évidence une augmentation du risque de cancers du cerveau et de leucémies chez des patients ayant bénéficié de scanners répétés durant l'enfance », explique Médéa Locquet. « Pendant l’enfance, la forte activité proliférative et la différenciation des cellules les rendent plus radiosensibles, ce qui augmente le risque d’effets tardifs, notamment à l’âge adulte. » 

De même, un traitement par radiothérapie peut augmenter le risque de certaines maladies, même si ces risques sont aujourd’hui bien connus et globalement bien maîtrisés. 

« Mon hypothèse de recherche, avance Médéa Locquet, est que les effets d’une exposition aux rayons ionisants miment le processus de vieillissement, puisque ce que l’on va retrouver, ce sont principalement des complications telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires, mais aussi des troubles endocriniens ou neurodégénératifs, à savoir donc, des maladies qui apparaissent en population générale avec l’avancée en âge. Confirmer cette hypothèse permettrait d’optimiser les doses pour prévenir ce vieillissement accéléré et l’apparition d’effets tardifs liés au traitement. On pourrait aussi essayer de le prévenir en utilisant des sénomorphiques (ndlr : agents qui bloquent les effets délétères des cellules sénescentes), mais aussi grâce à des programmes d’activité physique et de nutrition dans le suivi post-cancer. »

Trois questions pour comprendre le nucléaire

C’est quoi l’énergie nucléaire ?

L’énergie nucléaire est une forme d’énergie libérée par le noyau des atomes, composé de protons et de neutrons. Elle peut être produite par la fission (division du noyau de l’atome en plusieurs parties) ou par la fusion de plusieurs noyaux. L’énergie nucléaire utilisée aujourd’hui pour produire de l’électricité provient de la fission nucléaire. La production d’énergie au moyen de la fusion (telle qu’elle a lieu au cœur du soleil et des étoiles) est toujours en phase de recherche-développement.

Comment fonctionne la fission nucléaire ?

Dans la fission nucléaire, le noyau d’un atome se divise en plusieurs noyaux plus petits, libérant ainsi de l’énergie grâce à une réaction en chaîne. Par exemple, le noyau d’un atome d’uranium 235 percuté par un neutron se divise en deux noyaux plus petits et deux ou trois neutrons. Ces neutrons vont ensuite percuter d’autres atomes d’uranium 235, qui se divisent à leur tour en produisant d’autres neutrons, avec un effet multiplicateur qui libère de l’énergie sous forme de chaleur et de rayonnement. 

Quelles sont les applications du nucléaire ?

Depuis la découverte de la radioactivité, les propriétés du nucléaire sont utilisées dans de nombreuses applications, notamment dans les armes nucléaires, ainsi que dans les navires et sous-marins militaires. Mais le nucléaire a aussi de nombreuses applications dans la recherche, la médecine, l’industrie, l’agroalimentaire (lutte contre les insectes ravageurs et micro-organismes pathogènes) ou encore l’archéologie et la muséographie (datation et authentification de certaines pièces).

L’atome par les artistes

Au début du 20e siècle, les premières découvertes sur la structure de l’atome vont rapidement passionner les artistes car elles bouleversent le rapport à la matière, « désormais comprise comme énergie, ce qui permet d’imaginer un art affranchi de la pesanteur et de l’opacité des apparences de la nature », expliquait ainsi le Musée d’Art Moderne de Paris, qui a consacré en 2025 une vaste exposition à cette thématique (« L’Age atomique. Des artistes à l’épreuve de l’histoire »).

« À travers les époques, on observe une permanence du dialogue entre arts et sciences », rappelle à ce propos Danielle Leenaerts. 

Deux voies se dessinent alors : d’un côté, l'abstraction comme chez Vassily Kandinsky ou Hilma af Klint, de l’autre l'art conceptuel d’un Marcel Duchamp. 

Oeuvre de l'exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire
Oeuvre de l'exposition "(Faire) face au nucléaire" présentée par Danielle Leenaerts au Delta - Namur.

« Le choix de rendre possible la bombe atomique a ensuite engagé chez les artistes une réflexion sur la représentation de l’irreprésentable, notamment suite aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki », poursuit la chercheuse. 

Liberté d’expression

Aujourd’hui, « face à un lobby industriel phénoménal », plasticiens et photographes continuent de s’emparer à bras le corps de cette thématique et plus globalement des questionnements liés à l’anthropocène, à savoir cette nouvelle ère où l’activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces naturelles.

Image
Danielle Leenaerts

« Dans un contexte où l’on assiste à une polarisation des débats et où il est très difficile de rester audible et de défendre un point de vue critique sans être taxé de complotiste, il y a, autour du nucléaire, un véritable enjeu lié à la liberté d’expression »

Danielle Leenaerts Chercheuse en histoire de l'art à l'UNamur

En témoigne notamment le travail de l’artiste belge Cécile Massart, qui s’intéresse aux sites d’enfouissement des déchets comme lieux de mémoire, ou celui de la photographe Jacqueline Salmon, qui a notamment documenté le démantèlement de la centrale Superphenix (Isère), « offrant une forme de connaissance » différente et complémentaire de celle des scientifiques. Toutes deux sont représentées au sein de l’exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire et de son ouvrage éponyme (éd. La Lettre Volée).

Cet article est tiré de la rubrique "L'expert" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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