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Au cœur du nucléaire

Institution

La découverte du nucléaire a marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, parallèlement aux débats qui concernent sa place dans la production d’énergie et ses potentialités destructrices, le nucléaire continue d’être utilisé dans de multiples domaines, comme la recherche médicale et les thérapies contre le cancer. À l’UNamur, le nucléaire est ainsi au cœur du travail de biologistes, physiciens ou encore historiens de l’art.

Une chercheuse qui utilise un microscope

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #40 (Mars 2026).

« Le 6 août 1945 fut le jour zéro. Le jour où il a été démontré que l’histoire universelle ne continuera peut-être pas, que nous sommes capables en tout cas de couper son fil, ce jour a inauguré un nouvel âge de l’histoire du monde » écrivait Günter Anders, considéré comme le premier « philosophe de la bombe », dans « Hiroshima est partout » (1982). 

Pour de nombreux penseurs, l’invention de la bombe atomique et son utilisation contre le Japon par les États-Unis constituent un point de bascule dans le destin de l’humanité. L'accident de Tchernobyl en 1986, il y a 40 ans en avril, et celui de Fukushima en 2011, dont le 15ème anniversaire vient d’être célébré, seront deux autres événements marquants, rappelant les dangers potentiels de l’énergie atomique. 

« Günter Anders parle aussi de globocide, soit la possibilité qui est apparue avec le nucléaire de "tout faire disparaître" », explique Danielle Leenaerts, chercheuse en histoire de l’art à l’UNamur.  « Il souligne aussi l’impossibilité de dissocier les risques du nucléaire militaire et du nucléaire civil, puisqu’il existe des retombées radioactives possibles dans les deux champs. » 

Survivants d’Hiroshima

Aujourd’hui, le nucléaire est pourtant omniprésent dans nos vies. Chaque jour, de nombreux travailleurs sont, par exemple, exposés aux rayons ionisants. En Belgique, toute personne professionnellement exposée à ces rayonnements doit d’ailleurs porter un dosimètre à hauteur de la poitrine (article 30.6 de l'Arrêté Royal du 20 juillet 2001). Des données qui sont ensuite centralisées, analysées et archivées chaque mois par l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire). Épidémiologiste, chercheuse à la Faculté de médecine et membre de l’Institut de recherche Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) à l’UNamur, Médéa Locquet est aussi membre de la délégation belge du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), dont la mission est d’évaluer les niveaux et les effets de l'exposition aux rayonnements ionisants sur la santé humaine et l'environnement. Dans ce cadre, elle étudie notamment les effets des expositions professionnelles (« occupational studies ») – que ce soit chez les pilotes d’avion soumis aux rayons cosmiques, les travailleurs des mines d’uranium ou le personnel du secteur de la santé – mais aussi des expositions environnementales, et notamment à l’impact du radon, 

« un gaz radioactif d’origine naturelle, émis par les sols et pouvant s’accumuler dans les bâtiments, qui constitue aujourd’hui la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac », rappelle-t-elle. 

Dans le cadre de sa collaboration avec l’UNSCEAR, Médéa Locquet participe avec ses collègues du Japon à la « Lifespan Study » qui étudie les conséquences des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki sur les survivants irradiés et leur descendance. Si l’on connaît la dangerosité d’une exposition aiguë aux rayons ionisants (effets dits « déterministes »), les effets d’une exposition à faible dose (« effets stochastiques ») demeurent plus complexes à comprendre et à évaluer

« En général, en médecine, on va de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée. Ici, c’est l’inverse : par l’observation d’une application du nucléaire militaire, nous étudions directement les effets sur les êtres humains pour établir les normes de radioprotection et confirmer certains mécanismes d’action des effets des rayons ionisants en retournant vers la recherche expérimentale », explique la chercheuse. 

Le nucléaire contre le cancer

« À l’heure actuelle, plus de 50 % des patients atteints de cancers subiront au moins une fois de la radiothérapie »

Carine Michiels, professeure de biologie cellulaire, membre de l’Institut de recherche NARILIS et de l’Unité de recherche en biologie cellulaire animale (URBC).

Photo de Carine michiels (c) UNamur - Benjamin Brolet
Carine Michiels

Les cellules cancéreuses ont, en effet, pour caractéristique de proliférer de manière continue. 

« En utilisant des rayons ionisants, la radiothérapie va pouvoir arracher des électrons aux atomes de ces cellules, ce qui conduit à la production de radicaux libres qui endommagent les macromolécules, notamment l’ADN, explique Anne-Catherine Heuskin, biophysicienne et chercheuse en radiobiologie. Les cellules cancéreuses auront alors beaucoup plus de mal à se répliquer, en particulier si l’ADN est fortement touché. »

Anne-Catherine Heuskin dans le local de l'accélérateur de particules ALTAïS de l'UNamur
Anne-Catherine Heuskin

La radiothérapie utilise traditionnellement un faisceau de rayons X pour viser la tumeur, mais aujourd’hui, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux protons

« L’UNamur possède le seul irradiateur par protons en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui nous permet d’étudier leurs avantages par rapport aux des rayons X », souligne Carine Michiels. 

Lire à ce propos notre article précédent : ALTAïS – Pénétrer dans les profondeurs de la matière pour répondre aux enjeux actuels

« Les protons ont un avantage balistique », détaille Anne-Catherine Heuskin. « Quand on vise la tumeur avec des rayons X, il y a une partie qui est absorbée et une autre qui ressort par l’autre côté. En irradiant en amont, on touche donc aussi en aval. Or le but est d’épargner au maximum les tissus sains : dans le cancer du sein, on cherche par exemple à ne pas irradier le cœur. » 

Parce qu’ils interagissent différemment avec la matière, les protons déposent un peu de l’énergie de manière continue au fur et à mesure de leur trajet. 

« Par contre, quand il leur reste seulement quelques centimètres/millimètres à parcourir, ils vont tout déposer d’un seul coup », poursuit Anne-Catherine Heuskin. « Ce qui se trouve en aval est alors préservé. » 

La protonthérapie s’avère particulièrement intéressante pour le traitement des cancers pédiatriques, c’est-à-dire pour des patients qui ont une espérance de vie encore très longue et qui ont donc plus de risques de vivre les conséquences d’une irradiation passée de leurs tissus sains. 

À côté de ces techniques de radiothérapie externe, il est aussi possible de traiter des tumeurs par radiothérapie interne, 

« en attachant un atome radioactif à un "carrier", par exemple des nanoparticules d’or, qui va transporter cet atome jusqu’à la tumeur via la circulation », explique Carine Michiels. 

Cette technique permet d’obtenir le maximum d’effets sur les cellules cancéreuses en épargnant au maximum les autres cellules normales. 

« Depuis 5 ou 10 ans, la grande avancée dans le traitement du cancer, c’est l’immunothérapie », poursuit-elle. « Mais on ne comprend pas encore pourquoi certains patients y répondent et d’autres pas. L’une des hypothèses est qu’il faudrait booster les cellules cancéreuses pour qu’elles soient reconnues par le système immunitaire. Et là, la radiothérapie a un énorme rôle à jouer car en abîmant les cellules cancéreuses, elle va permettre de booster la réponse immunitaire. La combinaison de la radiothérapie et de l’immunothérapie est donc amenée à prendre une place prépondérante. » 

Des effets qui miment le vieillissement

Aujourd’hui, la communauté scientifique s'intéresse de plus en plus aux risques à long terme (cancer, leucémies, etc.) des expositions médicales au nucléaire

« Plusieurs études récentes mettent en évidence une augmentation du risque de cancers du cerveau et de leucémies chez des patients ayant bénéficié de scanners répétés durant l'enfance », explique Médéa Locquet. « Pendant l’enfance, la forte activité proliférative et la différenciation des cellules les rendent plus radiosensibles, ce qui augmente le risque d’effets tardifs, notamment à l’âge adulte. » 

De même, un traitement par radiothérapie peut augmenter le risque de certaines maladies, même si ces risques sont aujourd’hui bien connus et globalement bien maîtrisés. 

« Mon hypothèse de recherche, avance Médéa Locquet, est que les effets d’une exposition aux rayons ionisants miment le processus de vieillissement, puisque ce que l’on va retrouver, ce sont principalement des complications telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires, mais aussi des troubles endocriniens ou neurodégénératifs, à savoir donc, des maladies qui apparaissent en population générale avec l’avancée en âge. Confirmer cette hypothèse permettrait d’optimiser les doses pour prévenir ce vieillissement accéléré et l’apparition d’effets tardifs liés au traitement. On pourrait aussi essayer de le prévenir en utilisant des sénomorphiques (ndlr : agents qui bloquent les effets délétères des cellules sénescentes), mais aussi grâce à des programmes d’activité physique et de nutrition dans le suivi post-cancer. »

Trois questions pour comprendre le nucléaire

C’est quoi l’énergie nucléaire ?

L’énergie nucléaire est une forme d’énergie libérée par le noyau des atomes, composé de protons et de neutrons. Elle peut être produite par la fission (division du noyau de l’atome en plusieurs parties) ou par la fusion de plusieurs noyaux. L’énergie nucléaire utilisée aujourd’hui pour produire de l’électricité provient de la fission nucléaire. La production d’énergie au moyen de la fusion (telle qu’elle a lieu au cœur du soleil et des étoiles) est toujours en phase de recherche-développement.

Comment fonctionne la fission nucléaire ?

Dans la fission nucléaire, le noyau d’un atome se divise en plusieurs noyaux plus petits, libérant ainsi de l’énergie grâce à une réaction en chaîne. Par exemple, le noyau d’un atome d’uranium 235 percuté par un neutron se divise en deux noyaux plus petits et deux ou trois neutrons. Ces neutrons vont ensuite percuter d’autres atomes d’uranium 235, qui se divisent à leur tour en produisant d’autres neutrons, avec un effet multiplicateur qui libère de l’énergie sous forme de chaleur et de rayonnement. 

Quelles sont les applications du nucléaire ?

Depuis la découverte de la radioactivité, les propriétés du nucléaire sont utilisées dans de nombreuses applications, notamment dans les armes nucléaires, ainsi que dans les navires et sous-marins militaires. Mais le nucléaire a aussi de nombreuses applications dans la recherche, la médecine, l’industrie, l’agroalimentaire (lutte contre les insectes ravageurs et micro-organismes pathogènes) ou encore l’archéologie et la muséographie (datation et authentification de certaines pièces).

L’atome par les artistes

Au début du 20e siècle, les premières découvertes sur la structure de l’atome vont rapidement passionner les artistes car elles bouleversent le rapport à la matière, « désormais comprise comme énergie, ce qui permet d’imaginer un art affranchi de la pesanteur et de l’opacité des apparences de la nature », expliquait ainsi le Musée d’Art Moderne de Paris, qui a consacré en 2025 une vaste exposition à cette thématique (« L’Age atomique. Des artistes à l’épreuve de l’histoire »).

« À travers les époques, on observe une permanence du dialogue entre arts et sciences », rappelle à ce propos Danielle Leenaerts. 

Deux voies se dessinent alors : d’un côté, l'abstraction comme chez Vassily Kandinsky ou Hilma af Klint, de l’autre l'art conceptuel d’un Marcel Duchamp. 

Oeuvre de l'exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire
Oeuvre de l'exposition "(Faire) face au nucléaire" présentée par Danielle Leenaerts au Delta - Namur.

« Le choix de rendre possible la bombe atomique a ensuite engagé chez les artistes une réflexion sur la représentation de l’irreprésentable, notamment suite aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki », poursuit la chercheuse. 

Liberté d’expression

Aujourd’hui, « face à un lobby industriel phénoménal », plasticiens et photographes continuent de s’emparer à bras le corps de cette thématique et plus globalement des questionnements liés à l’anthropocène, à savoir cette nouvelle ère où l’activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces naturelles.

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Danielle Leenaerts

« Dans un contexte où l’on assiste à une polarisation des débats et où il est très difficile de rester audible et de défendre un point de vue critique sans être taxé de complotiste, il y a, autour du nucléaire, un véritable enjeu lié à la liberté d’expression »

Danielle Leenaerts Chercheuse en histoire de l'art à l'UNamur

En témoigne notamment le travail de l’artiste belge Cécile Massart, qui s’intéresse aux sites d’enfouissement des déchets comme lieux de mémoire, ou celui de la photographe Jacqueline Salmon, qui a notamment documenté le démantèlement de la centrale Superphenix (Isère), « offrant une forme de connaissance » différente et complémentaire de celle des scientifiques. Toutes deux sont représentées au sein de l’exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire et de son ouvrage éponyme (éd. La Lettre Volée).

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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Miel wallon IGP et Boudin blanc de Liège IGP : quand l’histoire donne du goût aux produits du terroir

Histoire
ODD 11 - Villes et communautés durables

En 2025, deux produits emblématiques de Wallonie – le Miel wallon et le Boudin blanc de Liège – ont obtenu la précieuse reconnaissance européenne IGP. Derrière cette réussite se cache le projet AgriLabel, auquel l’UNamur contribue depuis plus de dix ans. Aux côtés des producteurs, des spécialistes et des institutions publiques, notre Département d’Histoire a joué un rôle déterminant : démontrer, par les sources et par l’analyse scientifique, le lien intime entre ces produits et leur terroir. Un projet au cœur d’enjeux économiques, identitaires, culturels et scientifiques.

Boudin Blan de Liège

Avec une tradition apicole vieille de plusieurs siècles, la Wallonie possède un paysage unique d’apiculteurs, de ruchers-écoles et de sections locales qui entretiennent un véritable patrimoine vivant. C’est notamment par ce lien fort entre le produit et son terroir, que le Miel wallon rejoint la prestigieuse liste des produits wallons bénéficiant du label IGP (indication géographique protégée). 

« Dès le début du XXᵉ siècle, le secteur se professionnalise et se dynamise, notamment grâce à l’amélioration de la gestion des ruchers et de la qualité du miel », raconte Natacha Aucuit chercheuse en histoire de l’alimentation qui a contribué à cette reconnaissance du miel wallon.

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Natacha Aucuit

L’un des éléments distinctifs du miel wallon est sa cristallisation imperceptible à très fine, sans cristaux grossiers. Ce résultat n’est pas dû au hasard : les apiculteurs wallons se sont adaptés à la grande diversité florale de la Wallonie en développant une technique de cristallisation dirigée du miel, perfectionnée dans les années 1980‑1990 et largement diffusée grâce au CARI ASBL et avec l’aide de PROMIEL ASBL 

Natacha Aucuit Historienne

Cette méthode, aujourd’hui généralisée en Wallonie, permet d’obtenir un miel tartinable, onctueux, homogène et non altéré dans ses propriétés naturelles.

Miel wallon

« Ce qui m’a marquée en remontant le fil de l’histoire de ce produit, c’est son côté profondément humain : le savoir est transmis au sein des communautés apicoles, entre maîtres‑apiculteurs et apprentis, qui incarne la force d’une tradition régionale », souligne Natacha Aucuit.

Le Boudin blanc de Liège : un goût, une plante aromatique, une tradition

En plus du Miel wallon IGP, Natacha Aucuit a aussi participé au cours de l’année 2025, à la reconnaissance du Boudin blanc de Liège comme IGP. 

« Produit phare des fêtes de fin d’année dans la province, il possède une origine historique plus floue… mais des marqueurs très solides. On en trouve des mentions dans la presse à la fin du XIXᵉ siècle et, dès le début du XXᵉ et une caractéristique se confirme : l’aromatisation à la marjolaine. Cet ingrédient devient la signature du boudin liégeois. Autrefois, les bouchers-charcutiers cultivaient eux‑mêmes la marjolaine ou l’achetaient sur les marchés locaux. Une production locale a repris ces dernières années », explique Natacha Aucuit.

Boudin de Liège
Boudin de Liège

Ce boudin blanc a un ancrage fort dans la ville de Liège mais sa fabrication est répartie dans toute la province. Il est au au cœur de traditions folkloriques liégeoises : « ce produit se consomme habituellement froid, coupé en tranches. Il est parfois intégré dans la drèssêye, un assortiment de charcuteries typiquement liégeois », précise Natacha Aucuit. 

Un travail continu sur les produits du terroir

Outre le Miel wallon IGP et le Boudin blanc de Liège IGP, d’autres produits wallons font l’objet de toute l’attention de la cellule Agrilabel, en charge des procédures de reconnaissance. Actuellement deux dossiers sont en cours de réalisation : 

  • La révision du cahier des charges du Jambon d’Ardenne IGP
  • La Fraise de Wépion

Les autres produits labellisés en tant qu’IGP depuis la création d’AgriLabel :

  • Plate de Florenville IGP
  • Saucisson d’Ardenne IGP
  • Collier Ardenne IGP
  • Pipe d’Ardenne IGP
  • Escavèche de Chimay IGP
  • Saucisson gaumais IGP

Le projet Agrilabel

Créé en 2011 à l’initiative du Service public de Wallonie et soutenu par le Cabinet de la Ministre wallonne de l’Agriculture, AgriLabel accompagne les producteurs dans l’obtention de labels de qualité européens (AOP, IGP et STG) ou régional (Label Qualité Plus). Ce travail repose sur un partenariat entre l’Université de Liège – Gembloux Agro‑Bio Tech et l’UNamur.

Dans ce cadre, l’Université de Liège-Gembloux Agro-Bio Tech se concentre principalement sur la caractérisation du produit et le savoir-faire des producteurs ainsi que la délimitation de l’aire géographique de production. De son côté, l’UNamur se charge de démontrer le lien sociohistorique entre le produit et son terroir, la notoriété de la dénomination dans le temps et sa réputation, éléments essentiels pour la reconnaissance d’une dénomination en tant qu’AOP ou IGP.

Natacha Aucuit, chercheuse spécialisée en histoire de l’alimentation à l’UNamur et membre de l'ILEE et Transitions, apporte, sous la supervision de la Professeure Isabelle Parmentier, une contribution clé au sein de la cellule AgriLabel. Depuis 2013, elle s’attelle à l’élaboration des demandes d’enregistrement de dénominations ou de modification pour des produits comme la Fraise de Wépion ou le Jambon d’Ardenne IGP. Son rôle consiste principalement à établir un lien historique documenté entre le produit et son terroir, en s’appuyant sur des recherches rigoureuses et une démarche scientifique.

Quand la photographie interroge les enjeux (géo)politiques, économiques et environnementaux du nucléaire

Evénement

Entre risques de « globocide » et gestion millénaire des déchets, le nucléaire cristallise les angoisses de notre époque tout en restant largement invisible dans le débat public. Porté par une recherche FNRS menée par Danielle Leenaerts, chargée de cours au Département d’archéologie et sciences de l’art, un projet tripartite comprenant exposition, livre et journée d’étude interdisciplinaires, offre une plongée inédite dans la représentation du nucléaire par des artistes belges et internationaux. 

Nucléaire

Alors que la prolongation des centrales de Tihange et Doel suscite peu de réactions, le projet de recherche de Danielle Leenaerts, utilise l’art pour relancer la discussion de façon inédite. Ce projet a en effet la particularité de décliner la représentation du nucléaire civil et militaire en différents médiums qui dialoguent entre eux, à savoir : une exposition photo au Delta, un livre et une journée d’étude. Son travail confronte les regards d’artistes aux positionnements variés et refuse la polarisation du débat. L’objectif est plutôt d’amener la société à regarder en face une réalité qu’elle s’efforce d’occulter. Une démarche qui prouve que la culture et la recherche sont des leviers essentiels pour appréhender les défis géopolitiques et environnementaux actuels. Rencontre.

Comment est né ce projet de recherche sur la représentation du nucléaire par les artistes photographes ?

Il s’inscrit en parallèle à l’enseignement de l’histoire de l’art contemporain. Dans ce cadre, j’ai obtenu un crédit de recherche FNRS – PDR qui a donné une assise plus large au projet. J’ai donc pu le penser de manière tripartite avec une exposition, un livre et une journée d’étude.  

Je m’intéresse au nucléaire, car cette thématique cristallise l’essentiel des problématiques politiques, géopolitiques et humaines des 75 dernières années. D’une part, avec l’invention de la bombe atomique, en ce qui concerne le nucléaire militaire et, d’autre part, avec les usages exponentiels du nucléaire civil pour la production d’énergie. Selon le philosophe Günther Anders, nous sommes d’ailleurs passés à « l’âge atomique » avec le risque permanent de « globocide », c’est-à-dire la possibilité de détruire toute vie à la surface de la terre. Et nous sommes tout à fait conscients de cette réalité pour le nucléaire militaire. Mais l’être humain est aussi dans le déni des risques inhérents aux usages du nucléaire civil, comme l’a montré dernièrement la catastrophe de Fukushima. Il s’agit d’une vraie dissonance cognitive car nous connaissons les risques et la durée des retombées potentielles, mais nous ne réagissons pas. Pire, notre consommation énergétique explose, car le nucléaire civil est présenté comme la principale solution à la décarbonation. Une solution qui met de côté la question des risques et de la gestion des déchets nucléaires dont la durée de vie s’étend sur plusieurs siècles ou dizaines de millénaires. Ces questions, absolument essentielles, doivent être discutées par la société civile mais ne le sont pas. C’est aussi ce que je veux apporter avec ce projet de recherche : pouvoir débattre publiquement de la question du nucléaire, car nous sommes toutes et tous concernés et cela aura un impact sur notre avenir. 

Pourquoi avoir choisi la photographie ? Selon vous, qu’apporte-t-elle que d’autres médiums ne permettent pas ?

La photo était déjà la matière de ma thèse, cette question m’occupe donc depuis longtemps. C’est mon domaine d’activité principal en termes d’enseignement et de recherche. En effet, la photographie a longtemps été la grande absente des corpus de recherche en histoire de l’art qui traitent surtout des beaux-arts au sens large. Pour moi, c’était aussi important d’introduire ce type de représentations dans le champ universitaire et en particulier de l’histoire de l’art contemporain. Chemin faisant, j’ai eu connaissance de toute une série de travaux autour du nucléaire et j’y ai vu une tentative de visibilisation de ses enjeux. Les œuvres de ces artistes permettent de s’emparer de questions qui ne sont pas abordées dans le champ médiatique ou le sont de manière simplifiée, voire polarisante. 

J’ai aussi voulu éviter tout ce qui relève de la fiction quant à la question nucléaire. La photographie a une valeur d’attestation documentaire mais, en même temps, elle propose une représentation qui tient un discours sur le monde, à travers un véhicule esthétique qui invite à s’arrêter et à réfléchir. La photographie est un art qui permet d’associer des images à des concepts et d’humaniser la problématique du nucléaire. 

Le nucléaire est au cœur de l’actualité, entre enjeux climatiques, vieillissement des infrastructures et tensions géopolitiques. Comment cette actualité nourrit-elle la réception des œuvres ?

Actuellement, le gouvernement a décidé de ne pas sortir du nucléaire et a prolongé la vie des centrales de Tihange et Doel. Je suis très étonnée du manque de réaction de la société civile sur ce point. La décarbonation est bien sûr nécessaire mais le nucléaire n’est pas l’unique solution. C’est d’ailleurs une solution qui présente de nombreux risques et qui est très polluante. On parle de déchets radioactifs qui le resteront pendant des milliers d’années. Ça nous projette dans des dimensions temporelles qui sont irreprésentables. C’est l’un des grands enjeux de la réception de l’exposition par le public. J’espère que celle-ci permettra d’identifier les problématiques et les risques, tant qu’il est encore temps de changer les choses. Je suis donc très curieuse de voir comment le public va réagir et suis très reconnaissante au Delta d’avoir accueilli le projet d’exposition. Le Delta et le Confluent des Savoirs ont d’ailleurs fait un travail de vulgarisation des informations afin de communiquer les connaissances que nous avons sur le nucléaire de façon plus efficace. Ces informations posent un cadre à l’exposition, mais l’interprétation des œuvres reste totale pour le public. Chacun est libre de les recevoir comme il le souhaite. J’espère en tout cas que cette exposition questionnera le public et permettra au débat de s’enclencher.

Comment avez-vous sélectionné les dix artistes belges et internationaux sur lesquels est basé votre travail ?

En partant de la réalité belge et d’une artiste, Cécile Massart, qui, depuis 30 ans, se consacre à cette question du nucléaire civil et à la gestion des déchets et plus particulièrement à la visibilisation des emplacements de stockage. Cécile Massart a créé des marqueurs des sites d’enfouissement. Son travail pionnier m’a sensibilisée à la question du nucléaire. J’ai aussi été confrontée aux travaux d’un jeune photographe qui s’est intéressé à Tihange pour son travail de fin d’étude. L’ancrage belge tombait donc sous le sens. Ensuite, c’est mon intérêt pour les accidents nucléaires qui m’a conduite vers d’autres photographes, comme Anaïs Tondeur. Enfin, je me suis intéressée au nucléaire militaire et d’autres photographes se sont imposés. Finalement, les dix photographes sélectionnés offrent une représentation diversifiée de la chaîne du nucléaire (déchets, traitement du matériel, démantèlement, occupation militante, etc.) et des enjeux civils et militaires. 

L’exposition photo n’est pas le seul médium que vous utilisez pour présenter votre recherche. Vous sortez également un livre, nommé comme l’exposition, et organisez une journée d’étude. En quoi le livre complète-t-il ou prolonge-t-il l’expérience de l’exp

Le livre, (Faire) face au nucléaire, qui sortira fin mars, et l’exposition sont deux médiums indépendants. Le livre n’est pas un catalogue de l’exposition. On y retrouve la plupart des artistes mais pas nécessairement les œuvres qui y sont exposées. Le livre permet d’approfondir l’analyse et de contextualiser l’appréhension du nucléaire au regard des œuvres. Il s’intéresse également à l’esthétique des œuvres de façon plus poussée. Les données présentes dans le livre sont aussi plus chiffrées et précises que celles qui figurent dans l’exposition. Le livre trace les contours d’un travail de recherche approfondi. Mais je tiens à préciser que le thème du livre est l’histoire de l’art et non pas la physique. Il permet toutefois de saisir le contexte général, les grands éléments et enjeux du nucléaire. 

L’ouvrage donne également à comprendre le positionnement des artistes face à la question du nucléaire. Certains sont anti-nucléaire, d’autres sont plus nuancés. Le livre présente donc tout un spectre de positionnement sur la question. J’espère qu’il va également permettre un débat public et de sortir des positions polarisées « pour » ou « contre » le nucléaire. Le livre a vocation à réinstaller des informations factuelles dans le débat, plutôt que des opinions, mais aussi à remettre au centre la question du vivant. Il tente de proposer des connaissances et de la nuance. 

Après deux ans de recherche, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la manière dont l’art peut contribuer à la compréhension du nucléaire ?

Je suis plus convaincue que jamais que c’est un périmètre d’expression salutaire. Ces œuvres rendent concret ce qui est abstrait. La photographie est un véhicule artistique puissant qui a développé un intérêt pour ces questions. L’art autorise un espace de liberté inédit. Mais le périmètre de l’expression artistique est encore à défendre. Mon travail de recherche est aussi un enjeu de ce point de vue-là. Il montre que l’expression artistique est possible au moment où la culture subit des restrictions budgétaires. 

Cette recherche ouvre-t-elle la voie à de nouveaux projets ?

Je ne sais pas encore. Mener ce projet à bien était un gros challenge. Je vais continuer à accompagner le projet, à le diffuser sous d’autres formes et d’autres échanges (cours-conférences, vidéos, etc.) afin de le faire vivre encore. Dans un avenir plus ou moins proche, je souhaite continuer à pouvoir avancer sur l’art actuel en Belgique francophone et continuer à m’intéresser à des questions sociétales.

(Faire) face au nucléaire : l'expo

Du 28 mars au 02 août 2026

Tarifs : 10 € > 5 €

L’exposition est accessible de 11h à 18h du mardi au vendredi et de 10h à 18h les samedis et dimanches.

Tout public

Autour de l’exposition :

(Faire) face au nucléaire : le livre

Sortie fin mars

Éditions La Lettre Volée

25€

(Faire) face au nucléaire : la journée d'étude

Vendredi 27 mars de 9h30 à 17h30

Au B&LC (rue Godefroid 5 à Namur)

La matinée sera consacrée au nucléaire à travers le prisme des sciences exactes et des sciences humaines. L’après-midi sera consacrée aux interventions d’artistes.

Médecine et littérature : quand les mots soignent aussi

Médecine
Littérature
Histoire

Le 21 février dernier, l’Université de Namur a accueilli le colloque « Médecine et littérature », organisé par le groupe d’histoire de la médecine et des sciences de la santé, avec le soutien de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Près de 70 participants se sont réunis dans les locaux de la Faculté de médecine pour une journée de réflexion particulièrement ouverte et stimulante, consacrée aux liens profonds et anciens entre pratiques médicales et création littéraire.

Photo représentant un livre et un stéthoscope

Tout au long de la journée, le colloque a exploré la manière dont les récits, les figures médicales et l’expérience de la maladie nourrissent l’écriture littéraire, mais aussi la pensée et la pratique médicales. Plusieurs interventions ont montré combien la médecine peut être envisagée comme une discipline profondément narrative, où l’écoute, l’interprétation et la transmission jouent un rôle central. La littérature, quant à elle, s’est emparée de thèmes tels que la maladie, l’addiction, la souffrance ou le soin, offrant des regards sensibles et critiques sur l’expérience humaine de la vulnérabilité. 

Le dialogue entre disciplines s’est révélé particulièrement fécond. D’une part, des médecins sont devenus de grands écrivains ; d’autre part, l’écriture et la lecture sont au cœur des avancées de la science médicale et peuvent aussi revêtir un pouvoir thérapeutique en soi.

Les disciplines des lettres et de la médecine, représentées notamment par Simon Absil, Yves Poumay, Elisabeth Leijnse, Emma‑Louise Silva et Anne Roekens, ont démontré combien elles gagnent à être croisées, tant dans la recherche que dans la formation des futurs professionnels de la santé.

La journée s’est conclue par une visite du laboratoire d’anatomie, suivie d’une présentation virtuelle des ouvrages précieux de la BUMP en lien avec la médecine.

Au cœur du nucléaire

Institution

La découverte du nucléaire a marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, parallèlement aux débats qui concernent sa place dans la production d’énergie et ses potentialités destructrices, le nucléaire continue d’être utilisé dans de multiples domaines, comme la recherche médicale et les thérapies contre le cancer. À l’UNamur, le nucléaire est ainsi au cœur du travail de biologistes, physiciens ou encore historiens de l’art.

Une chercheuse qui utilise un microscope

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #40 (Mars 2026).

« Le 6 août 1945 fut le jour zéro. Le jour où il a été démontré que l’histoire universelle ne continuera peut-être pas, que nous sommes capables en tout cas de couper son fil, ce jour a inauguré un nouvel âge de l’histoire du monde » écrivait Günter Anders, considéré comme le premier « philosophe de la bombe », dans « Hiroshima est partout » (1982). 

Pour de nombreux penseurs, l’invention de la bombe atomique et son utilisation contre le Japon par les États-Unis constituent un point de bascule dans le destin de l’humanité. L'accident de Tchernobyl en 1986, il y a 40 ans en avril, et celui de Fukushima en 2011, dont le 15ème anniversaire vient d’être célébré, seront deux autres événements marquants, rappelant les dangers potentiels de l’énergie atomique. 

« Günter Anders parle aussi de globocide, soit la possibilité qui est apparue avec le nucléaire de "tout faire disparaître" », explique Danielle Leenaerts, chercheuse en histoire de l’art à l’UNamur.  « Il souligne aussi l’impossibilité de dissocier les risques du nucléaire militaire et du nucléaire civil, puisqu’il existe des retombées radioactives possibles dans les deux champs. » 

Survivants d’Hiroshima

Aujourd’hui, le nucléaire est pourtant omniprésent dans nos vies. Chaque jour, de nombreux travailleurs sont, par exemple, exposés aux rayons ionisants. En Belgique, toute personne professionnellement exposée à ces rayonnements doit d’ailleurs porter un dosimètre à hauteur de la poitrine (article 30.6 de l'Arrêté Royal du 20 juillet 2001). Des données qui sont ensuite centralisées, analysées et archivées chaque mois par l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire). Épidémiologiste, chercheuse à la Faculté de médecine et membre de l’Institut de recherche Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) à l’UNamur, Médéa Locquet est aussi membre de la délégation belge du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), dont la mission est d’évaluer les niveaux et les effets de l'exposition aux rayonnements ionisants sur la santé humaine et l'environnement. Dans ce cadre, elle étudie notamment les effets des expositions professionnelles (« occupational studies ») – que ce soit chez les pilotes d’avion soumis aux rayons cosmiques, les travailleurs des mines d’uranium ou le personnel du secteur de la santé – mais aussi des expositions environnementales, et notamment à l’impact du radon, 

« un gaz radioactif d’origine naturelle, émis par les sols et pouvant s’accumuler dans les bâtiments, qui constitue aujourd’hui la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac », rappelle-t-elle. 

Dans le cadre de sa collaboration avec l’UNSCEAR, Médéa Locquet participe avec ses collègues du Japon à la « Lifespan Study » qui étudie les conséquences des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki sur les survivants irradiés et leur descendance. Si l’on connaît la dangerosité d’une exposition aiguë aux rayons ionisants (effets dits « déterministes »), les effets d’une exposition à faible dose (« effets stochastiques ») demeurent plus complexes à comprendre et à évaluer

« En général, en médecine, on va de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée. Ici, c’est l’inverse : par l’observation d’une application du nucléaire militaire, nous étudions directement les effets sur les êtres humains pour établir les normes de radioprotection et confirmer certains mécanismes d’action des effets des rayons ionisants en retournant vers la recherche expérimentale », explique la chercheuse. 

Le nucléaire contre le cancer

« À l’heure actuelle, plus de 50 % des patients atteints de cancers subiront au moins une fois de la radiothérapie »

Carine Michiels, professeure de biologie cellulaire, membre de l’Institut de recherche NARILIS et de l’Unité de recherche en biologie cellulaire animale (URBC).

Photo de Carine michiels (c) UNamur - Benjamin Brolet
Carine Michiels

Les cellules cancéreuses ont, en effet, pour caractéristique de proliférer de manière continue. 

« En utilisant des rayons ionisants, la radiothérapie va pouvoir arracher des électrons aux atomes de ces cellules, ce qui conduit à la production de radicaux libres qui endommagent les macromolécules, notamment l’ADN, explique Anne-Catherine Heuskin, biophysicienne et chercheuse en radiobiologie. Les cellules cancéreuses auront alors beaucoup plus de mal à se répliquer, en particulier si l’ADN est fortement touché. »

Anne-Catherine Heuskin dans le local de l'accélérateur de particules ALTAïS de l'UNamur
Anne-Catherine Heuskin

La radiothérapie utilise traditionnellement un faisceau de rayons X pour viser la tumeur, mais aujourd’hui, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux protons

« L’UNamur possède le seul irradiateur par protons en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui nous permet d’étudier leurs avantages par rapport aux des rayons X », souligne Carine Michiels. 

Lire à ce propos notre article précédent : ALTAïS – Pénétrer dans les profondeurs de la matière pour répondre aux enjeux actuels

« Les protons ont un avantage balistique », détaille Anne-Catherine Heuskin. « Quand on vise la tumeur avec des rayons X, il y a une partie qui est absorbée et une autre qui ressort par l’autre côté. En irradiant en amont, on touche donc aussi en aval. Or le but est d’épargner au maximum les tissus sains : dans le cancer du sein, on cherche par exemple à ne pas irradier le cœur. » 

Parce qu’ils interagissent différemment avec la matière, les protons déposent un peu de l’énergie de manière continue au fur et à mesure de leur trajet. 

« Par contre, quand il leur reste seulement quelques centimètres/millimètres à parcourir, ils vont tout déposer d’un seul coup », poursuit Anne-Catherine Heuskin. « Ce qui se trouve en aval est alors préservé. » 

La protonthérapie s’avère particulièrement intéressante pour le traitement des cancers pédiatriques, c’est-à-dire pour des patients qui ont une espérance de vie encore très longue et qui ont donc plus de risques de vivre les conséquences d’une irradiation passée de leurs tissus sains. 

À côté de ces techniques de radiothérapie externe, il est aussi possible de traiter des tumeurs par radiothérapie interne, 

« en attachant un atome radioactif à un "carrier", par exemple des nanoparticules d’or, qui va transporter cet atome jusqu’à la tumeur via la circulation », explique Carine Michiels. 

Cette technique permet d’obtenir le maximum d’effets sur les cellules cancéreuses en épargnant au maximum les autres cellules normales. 

« Depuis 5 ou 10 ans, la grande avancée dans le traitement du cancer, c’est l’immunothérapie », poursuit-elle. « Mais on ne comprend pas encore pourquoi certains patients y répondent et d’autres pas. L’une des hypothèses est qu’il faudrait booster les cellules cancéreuses pour qu’elles soient reconnues par le système immunitaire. Et là, la radiothérapie a un énorme rôle à jouer car en abîmant les cellules cancéreuses, elle va permettre de booster la réponse immunitaire. La combinaison de la radiothérapie et de l’immunothérapie est donc amenée à prendre une place prépondérante. » 

Des effets qui miment le vieillissement

Aujourd’hui, la communauté scientifique s'intéresse de plus en plus aux risques à long terme (cancer, leucémies, etc.) des expositions médicales au nucléaire

« Plusieurs études récentes mettent en évidence une augmentation du risque de cancers du cerveau et de leucémies chez des patients ayant bénéficié de scanners répétés durant l'enfance », explique Médéa Locquet. « Pendant l’enfance, la forte activité proliférative et la différenciation des cellules les rendent plus radiosensibles, ce qui augmente le risque d’effets tardifs, notamment à l’âge adulte. » 

De même, un traitement par radiothérapie peut augmenter le risque de certaines maladies, même si ces risques sont aujourd’hui bien connus et globalement bien maîtrisés. 

« Mon hypothèse de recherche, avance Médéa Locquet, est que les effets d’une exposition aux rayons ionisants miment le processus de vieillissement, puisque ce que l’on va retrouver, ce sont principalement des complications telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires, mais aussi des troubles endocriniens ou neurodégénératifs, à savoir donc, des maladies qui apparaissent en population générale avec l’avancée en âge. Confirmer cette hypothèse permettrait d’optimiser les doses pour prévenir ce vieillissement accéléré et l’apparition d’effets tardifs liés au traitement. On pourrait aussi essayer de le prévenir en utilisant des sénomorphiques (ndlr : agents qui bloquent les effets délétères des cellules sénescentes), mais aussi grâce à des programmes d’activité physique et de nutrition dans le suivi post-cancer. »

Trois questions pour comprendre le nucléaire

C’est quoi l’énergie nucléaire ?

L’énergie nucléaire est une forme d’énergie libérée par le noyau des atomes, composé de protons et de neutrons. Elle peut être produite par la fission (division du noyau de l’atome en plusieurs parties) ou par la fusion de plusieurs noyaux. L’énergie nucléaire utilisée aujourd’hui pour produire de l’électricité provient de la fission nucléaire. La production d’énergie au moyen de la fusion (telle qu’elle a lieu au cœur du soleil et des étoiles) est toujours en phase de recherche-développement.

Comment fonctionne la fission nucléaire ?

Dans la fission nucléaire, le noyau d’un atome se divise en plusieurs noyaux plus petits, libérant ainsi de l’énergie grâce à une réaction en chaîne. Par exemple, le noyau d’un atome d’uranium 235 percuté par un neutron se divise en deux noyaux plus petits et deux ou trois neutrons. Ces neutrons vont ensuite percuter d’autres atomes d’uranium 235, qui se divisent à leur tour en produisant d’autres neutrons, avec un effet multiplicateur qui libère de l’énergie sous forme de chaleur et de rayonnement. 

Quelles sont les applications du nucléaire ?

Depuis la découverte de la radioactivité, les propriétés du nucléaire sont utilisées dans de nombreuses applications, notamment dans les armes nucléaires, ainsi que dans les navires et sous-marins militaires. Mais le nucléaire a aussi de nombreuses applications dans la recherche, la médecine, l’industrie, l’agroalimentaire (lutte contre les insectes ravageurs et micro-organismes pathogènes) ou encore l’archéologie et la muséographie (datation et authentification de certaines pièces).

L’atome par les artistes

Au début du 20e siècle, les premières découvertes sur la structure de l’atome vont rapidement passionner les artistes car elles bouleversent le rapport à la matière, « désormais comprise comme énergie, ce qui permet d’imaginer un art affranchi de la pesanteur et de l’opacité des apparences de la nature », expliquait ainsi le Musée d’Art Moderne de Paris, qui a consacré en 2025 une vaste exposition à cette thématique (« L’Age atomique. Des artistes à l’épreuve de l’histoire »).

« À travers les époques, on observe une permanence du dialogue entre arts et sciences », rappelle à ce propos Danielle Leenaerts. 

Deux voies se dessinent alors : d’un côté, l'abstraction comme chez Vassily Kandinsky ou Hilma af Klint, de l’autre l'art conceptuel d’un Marcel Duchamp. 

Oeuvre de l'exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire
Oeuvre de l'exposition "(Faire) face au nucléaire" présentée par Danielle Leenaerts au Delta - Namur.

« Le choix de rendre possible la bombe atomique a ensuite engagé chez les artistes une réflexion sur la représentation de l’irreprésentable, notamment suite aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki », poursuit la chercheuse. 

Liberté d’expression

Aujourd’hui, « face à un lobby industriel phénoménal », plasticiens et photographes continuent de s’emparer à bras le corps de cette thématique et plus globalement des questionnements liés à l’anthropocène, à savoir cette nouvelle ère où l’activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces naturelles.

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Danielle Leenaerts

« Dans un contexte où l’on assiste à une polarisation des débats et où il est très difficile de rester audible et de défendre un point de vue critique sans être taxé de complotiste, il y a, autour du nucléaire, un véritable enjeu lié à la liberté d’expression »

Danielle Leenaerts Chercheuse en histoire de l'art à l'UNamur

En témoigne notamment le travail de l’artiste belge Cécile Massart, qui s’intéresse aux sites d’enfouissement des déchets comme lieux de mémoire, ou celui de la photographe Jacqueline Salmon, qui a notamment documenté le démantèlement de la centrale Superphenix (Isère), « offrant une forme de connaissance » différente et complémentaire de celle des scientifiques. Toutes deux sont représentées au sein de l’exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire et de son ouvrage éponyme (éd. La Lettre Volée).

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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Miel wallon IGP et Boudin blanc de Liège IGP : quand l’histoire donne du goût aux produits du terroir

Histoire
ODD 11 - Villes et communautés durables

En 2025, deux produits emblématiques de Wallonie – le Miel wallon et le Boudin blanc de Liège – ont obtenu la précieuse reconnaissance européenne IGP. Derrière cette réussite se cache le projet AgriLabel, auquel l’UNamur contribue depuis plus de dix ans. Aux côtés des producteurs, des spécialistes et des institutions publiques, notre Département d’Histoire a joué un rôle déterminant : démontrer, par les sources et par l’analyse scientifique, le lien intime entre ces produits et leur terroir. Un projet au cœur d’enjeux économiques, identitaires, culturels et scientifiques.

Boudin Blan de Liège

Avec une tradition apicole vieille de plusieurs siècles, la Wallonie possède un paysage unique d’apiculteurs, de ruchers-écoles et de sections locales qui entretiennent un véritable patrimoine vivant. C’est notamment par ce lien fort entre le produit et son terroir, que le Miel wallon rejoint la prestigieuse liste des produits wallons bénéficiant du label IGP (indication géographique protégée). 

« Dès le début du XXᵉ siècle, le secteur se professionnalise et se dynamise, notamment grâce à l’amélioration de la gestion des ruchers et de la qualité du miel », raconte Natacha Aucuit chercheuse en histoire de l’alimentation qui a contribué à cette reconnaissance du miel wallon.

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Natacha Aucuit

L’un des éléments distinctifs du miel wallon est sa cristallisation imperceptible à très fine, sans cristaux grossiers. Ce résultat n’est pas dû au hasard : les apiculteurs wallons se sont adaptés à la grande diversité florale de la Wallonie en développant une technique de cristallisation dirigée du miel, perfectionnée dans les années 1980‑1990 et largement diffusée grâce au CARI ASBL et avec l’aide de PROMIEL ASBL 

Natacha Aucuit Historienne

Cette méthode, aujourd’hui généralisée en Wallonie, permet d’obtenir un miel tartinable, onctueux, homogène et non altéré dans ses propriétés naturelles.

Miel wallon

« Ce qui m’a marquée en remontant le fil de l’histoire de ce produit, c’est son côté profondément humain : le savoir est transmis au sein des communautés apicoles, entre maîtres‑apiculteurs et apprentis, qui incarne la force d’une tradition régionale », souligne Natacha Aucuit.

Le Boudin blanc de Liège : un goût, une plante aromatique, une tradition

En plus du Miel wallon IGP, Natacha Aucuit a aussi participé au cours de l’année 2025, à la reconnaissance du Boudin blanc de Liège comme IGP. 

« Produit phare des fêtes de fin d’année dans la province, il possède une origine historique plus floue… mais des marqueurs très solides. On en trouve des mentions dans la presse à la fin du XIXᵉ siècle et, dès le début du XXᵉ et une caractéristique se confirme : l’aromatisation à la marjolaine. Cet ingrédient devient la signature du boudin liégeois. Autrefois, les bouchers-charcutiers cultivaient eux‑mêmes la marjolaine ou l’achetaient sur les marchés locaux. Une production locale a repris ces dernières années », explique Natacha Aucuit.

Boudin de Liège
Boudin de Liège

Ce boudin blanc a un ancrage fort dans la ville de Liège mais sa fabrication est répartie dans toute la province. Il est au au cœur de traditions folkloriques liégeoises : « ce produit se consomme habituellement froid, coupé en tranches. Il est parfois intégré dans la drèssêye, un assortiment de charcuteries typiquement liégeois », précise Natacha Aucuit. 

Un travail continu sur les produits du terroir

Outre le Miel wallon IGP et le Boudin blanc de Liège IGP, d’autres produits wallons font l’objet de toute l’attention de la cellule Agrilabel, en charge des procédures de reconnaissance. Actuellement deux dossiers sont en cours de réalisation : 

  • La révision du cahier des charges du Jambon d’Ardenne IGP
  • La Fraise de Wépion

Les autres produits labellisés en tant qu’IGP depuis la création d’AgriLabel :

  • Plate de Florenville IGP
  • Saucisson d’Ardenne IGP
  • Collier Ardenne IGP
  • Pipe d’Ardenne IGP
  • Escavèche de Chimay IGP
  • Saucisson gaumais IGP

Le projet Agrilabel

Créé en 2011 à l’initiative du Service public de Wallonie et soutenu par le Cabinet de la Ministre wallonne de l’Agriculture, AgriLabel accompagne les producteurs dans l’obtention de labels de qualité européens (AOP, IGP et STG) ou régional (Label Qualité Plus). Ce travail repose sur un partenariat entre l’Université de Liège – Gembloux Agro‑Bio Tech et l’UNamur.

Dans ce cadre, l’Université de Liège-Gembloux Agro-Bio Tech se concentre principalement sur la caractérisation du produit et le savoir-faire des producteurs ainsi que la délimitation de l’aire géographique de production. De son côté, l’UNamur se charge de démontrer le lien sociohistorique entre le produit et son terroir, la notoriété de la dénomination dans le temps et sa réputation, éléments essentiels pour la reconnaissance d’une dénomination en tant qu’AOP ou IGP.

Natacha Aucuit, chercheuse spécialisée en histoire de l’alimentation à l’UNamur et membre de l'ILEE et Transitions, apporte, sous la supervision de la Professeure Isabelle Parmentier, une contribution clé au sein de la cellule AgriLabel. Depuis 2013, elle s’attelle à l’élaboration des demandes d’enregistrement de dénominations ou de modification pour des produits comme la Fraise de Wépion ou le Jambon d’Ardenne IGP. Son rôle consiste principalement à établir un lien historique documenté entre le produit et son terroir, en s’appuyant sur des recherches rigoureuses et une démarche scientifique.

Quand la photographie interroge les enjeux (géo)politiques, économiques et environnementaux du nucléaire

Evénement

Entre risques de « globocide » et gestion millénaire des déchets, le nucléaire cristallise les angoisses de notre époque tout en restant largement invisible dans le débat public. Porté par une recherche FNRS menée par Danielle Leenaerts, chargée de cours au Département d’archéologie et sciences de l’art, un projet tripartite comprenant exposition, livre et journée d’étude interdisciplinaires, offre une plongée inédite dans la représentation du nucléaire par des artistes belges et internationaux. 

Nucléaire

Alors que la prolongation des centrales de Tihange et Doel suscite peu de réactions, le projet de recherche de Danielle Leenaerts, utilise l’art pour relancer la discussion de façon inédite. Ce projet a en effet la particularité de décliner la représentation du nucléaire civil et militaire en différents médiums qui dialoguent entre eux, à savoir : une exposition photo au Delta, un livre et une journée d’étude. Son travail confronte les regards d’artistes aux positionnements variés et refuse la polarisation du débat. L’objectif est plutôt d’amener la société à regarder en face une réalité qu’elle s’efforce d’occulter. Une démarche qui prouve que la culture et la recherche sont des leviers essentiels pour appréhender les défis géopolitiques et environnementaux actuels. Rencontre.

Comment est né ce projet de recherche sur la représentation du nucléaire par les artistes photographes ?

Il s’inscrit en parallèle à l’enseignement de l’histoire de l’art contemporain. Dans ce cadre, j’ai obtenu un crédit de recherche FNRS – PDR qui a donné une assise plus large au projet. J’ai donc pu le penser de manière tripartite avec une exposition, un livre et une journée d’étude.  

Je m’intéresse au nucléaire, car cette thématique cristallise l’essentiel des problématiques politiques, géopolitiques et humaines des 75 dernières années. D’une part, avec l’invention de la bombe atomique, en ce qui concerne le nucléaire militaire et, d’autre part, avec les usages exponentiels du nucléaire civil pour la production d’énergie. Selon le philosophe Günther Anders, nous sommes d’ailleurs passés à « l’âge atomique » avec le risque permanent de « globocide », c’est-à-dire la possibilité de détruire toute vie à la surface de la terre. Et nous sommes tout à fait conscients de cette réalité pour le nucléaire militaire. Mais l’être humain est aussi dans le déni des risques inhérents aux usages du nucléaire civil, comme l’a montré dernièrement la catastrophe de Fukushima. Il s’agit d’une vraie dissonance cognitive car nous connaissons les risques et la durée des retombées potentielles, mais nous ne réagissons pas. Pire, notre consommation énergétique explose, car le nucléaire civil est présenté comme la principale solution à la décarbonation. Une solution qui met de côté la question des risques et de la gestion des déchets nucléaires dont la durée de vie s’étend sur plusieurs siècles ou dizaines de millénaires. Ces questions, absolument essentielles, doivent être discutées par la société civile mais ne le sont pas. C’est aussi ce que je veux apporter avec ce projet de recherche : pouvoir débattre publiquement de la question du nucléaire, car nous sommes toutes et tous concernés et cela aura un impact sur notre avenir. 

Pourquoi avoir choisi la photographie ? Selon vous, qu’apporte-t-elle que d’autres médiums ne permettent pas ?

La photo était déjà la matière de ma thèse, cette question m’occupe donc depuis longtemps. C’est mon domaine d’activité principal en termes d’enseignement et de recherche. En effet, la photographie a longtemps été la grande absente des corpus de recherche en histoire de l’art qui traitent surtout des beaux-arts au sens large. Pour moi, c’était aussi important d’introduire ce type de représentations dans le champ universitaire et en particulier de l’histoire de l’art contemporain. Chemin faisant, j’ai eu connaissance de toute une série de travaux autour du nucléaire et j’y ai vu une tentative de visibilisation de ses enjeux. Les œuvres de ces artistes permettent de s’emparer de questions qui ne sont pas abordées dans le champ médiatique ou le sont de manière simplifiée, voire polarisante. 

J’ai aussi voulu éviter tout ce qui relève de la fiction quant à la question nucléaire. La photographie a une valeur d’attestation documentaire mais, en même temps, elle propose une représentation qui tient un discours sur le monde, à travers un véhicule esthétique qui invite à s’arrêter et à réfléchir. La photographie est un art qui permet d’associer des images à des concepts et d’humaniser la problématique du nucléaire. 

Le nucléaire est au cœur de l’actualité, entre enjeux climatiques, vieillissement des infrastructures et tensions géopolitiques. Comment cette actualité nourrit-elle la réception des œuvres ?

Actuellement, le gouvernement a décidé de ne pas sortir du nucléaire et a prolongé la vie des centrales de Tihange et Doel. Je suis très étonnée du manque de réaction de la société civile sur ce point. La décarbonation est bien sûr nécessaire mais le nucléaire n’est pas l’unique solution. C’est d’ailleurs une solution qui présente de nombreux risques et qui est très polluante. On parle de déchets radioactifs qui le resteront pendant des milliers d’années. Ça nous projette dans des dimensions temporelles qui sont irreprésentables. C’est l’un des grands enjeux de la réception de l’exposition par le public. J’espère que celle-ci permettra d’identifier les problématiques et les risques, tant qu’il est encore temps de changer les choses. Je suis donc très curieuse de voir comment le public va réagir et suis très reconnaissante au Delta d’avoir accueilli le projet d’exposition. Le Delta et le Confluent des Savoirs ont d’ailleurs fait un travail de vulgarisation des informations afin de communiquer les connaissances que nous avons sur le nucléaire de façon plus efficace. Ces informations posent un cadre à l’exposition, mais l’interprétation des œuvres reste totale pour le public. Chacun est libre de les recevoir comme il le souhaite. J’espère en tout cas que cette exposition questionnera le public et permettra au débat de s’enclencher.

Comment avez-vous sélectionné les dix artistes belges et internationaux sur lesquels est basé votre travail ?

En partant de la réalité belge et d’une artiste, Cécile Massart, qui, depuis 30 ans, se consacre à cette question du nucléaire civil et à la gestion des déchets et plus particulièrement à la visibilisation des emplacements de stockage. Cécile Massart a créé des marqueurs des sites d’enfouissement. Son travail pionnier m’a sensibilisée à la question du nucléaire. J’ai aussi été confrontée aux travaux d’un jeune photographe qui s’est intéressé à Tihange pour son travail de fin d’étude. L’ancrage belge tombait donc sous le sens. Ensuite, c’est mon intérêt pour les accidents nucléaires qui m’a conduite vers d’autres photographes, comme Anaïs Tondeur. Enfin, je me suis intéressée au nucléaire militaire et d’autres photographes se sont imposés. Finalement, les dix photographes sélectionnés offrent une représentation diversifiée de la chaîne du nucléaire (déchets, traitement du matériel, démantèlement, occupation militante, etc.) et des enjeux civils et militaires. 

L’exposition photo n’est pas le seul médium que vous utilisez pour présenter votre recherche. Vous sortez également un livre, nommé comme l’exposition, et organisez une journée d’étude. En quoi le livre complète-t-il ou prolonge-t-il l’expérience de l’exp

Le livre, (Faire) face au nucléaire, qui sortira fin mars, et l’exposition sont deux médiums indépendants. Le livre n’est pas un catalogue de l’exposition. On y retrouve la plupart des artistes mais pas nécessairement les œuvres qui y sont exposées. Le livre permet d’approfondir l’analyse et de contextualiser l’appréhension du nucléaire au regard des œuvres. Il s’intéresse également à l’esthétique des œuvres de façon plus poussée. Les données présentes dans le livre sont aussi plus chiffrées et précises que celles qui figurent dans l’exposition. Le livre trace les contours d’un travail de recherche approfondi. Mais je tiens à préciser que le thème du livre est l’histoire de l’art et non pas la physique. Il permet toutefois de saisir le contexte général, les grands éléments et enjeux du nucléaire. 

L’ouvrage donne également à comprendre le positionnement des artistes face à la question du nucléaire. Certains sont anti-nucléaire, d’autres sont plus nuancés. Le livre présente donc tout un spectre de positionnement sur la question. J’espère qu’il va également permettre un débat public et de sortir des positions polarisées « pour » ou « contre » le nucléaire. Le livre a vocation à réinstaller des informations factuelles dans le débat, plutôt que des opinions, mais aussi à remettre au centre la question du vivant. Il tente de proposer des connaissances et de la nuance. 

Après deux ans de recherche, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la manière dont l’art peut contribuer à la compréhension du nucléaire ?

Je suis plus convaincue que jamais que c’est un périmètre d’expression salutaire. Ces œuvres rendent concret ce qui est abstrait. La photographie est un véhicule artistique puissant qui a développé un intérêt pour ces questions. L’art autorise un espace de liberté inédit. Mais le périmètre de l’expression artistique est encore à défendre. Mon travail de recherche est aussi un enjeu de ce point de vue-là. Il montre que l’expression artistique est possible au moment où la culture subit des restrictions budgétaires. 

Cette recherche ouvre-t-elle la voie à de nouveaux projets ?

Je ne sais pas encore. Mener ce projet à bien était un gros challenge. Je vais continuer à accompagner le projet, à le diffuser sous d’autres formes et d’autres échanges (cours-conférences, vidéos, etc.) afin de le faire vivre encore. Dans un avenir plus ou moins proche, je souhaite continuer à pouvoir avancer sur l’art actuel en Belgique francophone et continuer à m’intéresser à des questions sociétales.

(Faire) face au nucléaire : l'expo

Du 28 mars au 02 août 2026

Tarifs : 10 € > 5 €

L’exposition est accessible de 11h à 18h du mardi au vendredi et de 10h à 18h les samedis et dimanches.

Tout public

Autour de l’exposition :

(Faire) face au nucléaire : le livre

Sortie fin mars

Éditions La Lettre Volée

25€

(Faire) face au nucléaire : la journée d'étude

Vendredi 27 mars de 9h30 à 17h30

Au B&LC (rue Godefroid 5 à Namur)

La matinée sera consacrée au nucléaire à travers le prisme des sciences exactes et des sciences humaines. L’après-midi sera consacrée aux interventions d’artistes.

Médecine et littérature : quand les mots soignent aussi

Médecine
Littérature
Histoire

Le 21 février dernier, l’Université de Namur a accueilli le colloque « Médecine et littérature », organisé par le groupe d’histoire de la médecine et des sciences de la santé, avec le soutien de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Près de 70 participants se sont réunis dans les locaux de la Faculté de médecine pour une journée de réflexion particulièrement ouverte et stimulante, consacrée aux liens profonds et anciens entre pratiques médicales et création littéraire.

Photo représentant un livre et un stéthoscope

Tout au long de la journée, le colloque a exploré la manière dont les récits, les figures médicales et l’expérience de la maladie nourrissent l’écriture littéraire, mais aussi la pensée et la pratique médicales. Plusieurs interventions ont montré combien la médecine peut être envisagée comme une discipline profondément narrative, où l’écoute, l’interprétation et la transmission jouent un rôle central. La littérature, quant à elle, s’est emparée de thèmes tels que la maladie, l’addiction, la souffrance ou le soin, offrant des regards sensibles et critiques sur l’expérience humaine de la vulnérabilité. 

Le dialogue entre disciplines s’est révélé particulièrement fécond. D’une part, des médecins sont devenus de grands écrivains ; d’autre part, l’écriture et la lecture sont au cœur des avancées de la science médicale et peuvent aussi revêtir un pouvoir thérapeutique en soi.

Les disciplines des lettres et de la médecine, représentées notamment par Simon Absil, Yves Poumay, Elisabeth Leijnse, Emma‑Louise Silva et Anne Roekens, ont démontré combien elles gagnent à être croisées, tant dans la recherche que dans la formation des futurs professionnels de la santé.

La journée s’est conclue par une visite du laboratoire d’anatomie, suivie d’une présentation virtuelle des ouvrages précieux de la BUMP en lien avec la médecine.

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Événements

16
2026

Savoir et bien commun : comment gérer une université pour servir le bien commun ?

Congrès / Colloque / Conférence
Congrès / Colloque / Conférence
-
Faculté de philosophie et lettres Institut ESPHIN

Savoir et bien commun : comment gérer une université pour servir le bien commun ?

16
2026 18:30 - 20:30
Université de Namur - rue de Bruxelles, 61 - 5000 Namur
Personne de contact :  Rizzerio Laura
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Conférence dans le cadre de la Chaire Notre-Dame de la Paix 2025-2026 | « Université et société. Que peut le savoir pour le bien commun ? »

Orateurs : Annick Castiaux (rectrice UNamur), Marie Cornu (CNRS et Institut des sciences sociales du politique, Paris)

Après s'être intéressée à la problématique des « Communs », de la gestion des « biens communs » , de la « santé comme bien commun », la Chaire s’arrête cette année sur la problématique du « savoir » comme « bien commun » et du rôle que l’Université est appelée à jouer dans la création et la transmission du savoir. 

Comme son titre — « Université et société. Que peut le savoir pour le bien commun ? » — le montre, la valeur et le sens que la société accorde au savoir, encore plus dans une perspective universelle, ne va pas de soi. 

Plus d'infos à venir bientôt...

17
2026

Soutenance publique de thèse de doctorat en Philosophie - Charlotte VYT

Défense de thèse

Soutenance publique de thèse de doctorat en Philosophie - Charlotte VYT

Philosophie
Sciences, philosophie et sociétés
17
2026 15:00 - 18:00
Université de Namur, Auditoire L21 (Faculté de Philosophie et Lettres) - Rue Joseph Grafé - 5000 Namur

Realized Epistemology: Embedded Reasoning and the Challenge of Objectivity in Understanding Injustice

In a world marked by unprecedented global interconnection and universal claims to justice, deeply entrenched injustices continue to persist, especially in the context of indigenous peoples. This thesis begins from a simple but pressing question: how come certain forms of injustice remain unseen or insufficiently addressed within our prevailing theories of justice? This research argues that part of the answer lies in our epistemic practices—the ways knowledge is produced, validated and mobilized in theorizing justice. It explores how dominant theoretical frameworks, while designed to promote fairness and universality, can also generate forms of blindness that obscure the historical and social realities of those most affected by injustice. Through a critical engagement with contemporary theories of justice and objectivity, the thesis proposes a “realized epistemology”: an approach that emphasizes the inseparable relationship between knowledge and justice. Grounded in encounters with the indigenous Pulangiyen community in Mindanao (Philippines), the research shows how philosophical reflection can be reshaped through engagement with lived experiences of injustice, inviting a more situated and reflexive understanding of objectivity and justice. 

Jury

  • Prof. Louis CARRE (Président), UNamur
  • Prof. Stéphane LEYENS (Promoteur, Secrétaire), UNamur
  • Prof. Jeremy BENDIK-KEYMER, Case Western Reserve University
  • Prof. Anya TOPOLSKI, Radboud Universiteit Nijmegen
  • Prof. Krushil WATENE, University of Auckland

Vous êtes cordialement invités à assister à cette soutenance.
La proclamation sera suivie d’un drink à la Salle académique.

23
2026

De la méfiance envers les sciences

Congrès / Colloque / Conférence

De la méfiance envers les sciences

Sciences, philosophie et sociétés
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23
2026 17:30 - 21:00
Université de Namur, Auditoire PA02 - Rue de Bruxelles 65-67 - 5000 Namur
Personne de contact :  Hilbert Maxime
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Le centre de recherche SPiN vous invite à son événement inaugural. 

Affiche conférence

Pour sa conférence inaugurale, le centre SPiN (Science & Philosophy in Namur) s'entourera d’une juriste et chercheuse au Centre de Bioéthique de l’Université de Namur, Claire Rommelaere, et d’une philosophe des sciences de l’Université de Montréal, Aude Bandini, afin de porter un regard critique sur le thème de la “méfiance envers les sciences”. L’urgence d’aborder cette thématique s’impose à notre époque où, en dépit d’un taux de confiance envers les sciences globalement stable, les repères du débat public demeurent fréquemment brouillés par la désinformation.

Ayant la chance de pouvoir observer les philosophes des sciences dans leur habitat naturel depuis près de quinze ans, Claire Rommelaere partagera ses réflexions sur la question de savoir s’il faut ou non se fier à celles et ceux qui pensent les sciences.

De son côté, Aude Bandini se confrontera à un problème majeur que nous sommes tous amenés à rencontrer à l'heure où la masse des connaissances disponibles est telle qu'il est impossible de les acquérir par soi-même. En effet, le caractère socialement distribué de la connaissance ne nous laisse généralement pas d'autre choix que de nous en remettre, y compris sur des questions très importantes (comme la santé), à l'autorité d'experts. Or, lorsque l'on s'en remet ainsi à autrui et que l'on suit des recommandations dont, en raison de notre ignorance, nous n'avons pas les moyens d'évaluer le bien-fondé, nous nous plaçons dans une relation de "dépendance épistémique" qui entre en tension avec nos aspirations à l'autonomie intellectuelle, et nous force à nous poser une question dont la réponse pourrait s'avérer insupportable : l'autonomie intellectuelle n'est-elle rien de plus qu'un mythe ?

Conférence animée par la journaliste Maïté Warland.

Programme :

  • 17h30-18h30 | Drink au Quai 22 (Rue du Séminaire 22 à 5000 Namur)
  • 18h30 | Claire Rommelaere
    De la méfiance envers les philosophes des sciences
  • 19h | Aude Bandini
    L'autonomie intellectuelle face à l'autorité de la science : un casse-tête pour l'épistémologie sociale

Inscriptions pour le 16 avril au plus tard.

Gratuit.

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