Portraits de femmes de l’université

Séphora Boucenna, doyenne de la Faculté des Sciences de l’Education et de la Formation (FaSEF)

Un parcours atypique et évolutif

Professeure et aujourd’hui doyenne de la Faculté des Sciences de l’Éducation et de la Formation, Séphora rejoint l’Université de Namur en novembre 1999. Elle y enseigne en formation initiale des enseignants ainsi que dans le master de spécialisation en accompagnement des professionnels (Mapemass). 

Son parcours académique n’a rien de linéaire. Elle débute par des candidatures en sciences de l’information à l’ULB, avant de mettre ses études entre parenthèses pour entrer dans la vie professionnelle. Elle y revient quelques années plus tard, avec une licence en sciences de l’éducation, puis un master et, enfin, un doctorat… entamé à l’âge de 40 ans. 

 

Séphora Boucenna doyenne faculté des sciences éducation et formation

C’est en dernière année de licence qu’elle rejoint l’UNamur, où elle est engagée comme chercheuse. Elle occupera cette fonction pendant vingt ans avant d’être nommée, plus récemment, professeure et doyenne. 

L’université : entre exigences et proximité

Comment décrit‑elle l’ambiance de l’Université de Namur ? Elle répond sans détour : « C’est un milieu hostile comme tous les milieux de travail. Mais c’est aussi une université à taille humaine. » Une manière de dire que les défis existent, mais que la proximité et l’échelle réduite de l’institution permettent des relations plus directes et un fonctionnement plus humain. 

Persévérance et patience : son message aux femmes dans le milieu universitaire

Selon elle, la présence des femmes dans le monde académique reste limitée. La Faculté des Sciences de l’Éducation et de la Formation fait toutefois figure d’exception, les femmes y étant majoritaires. 

« C’est une discipline fortement genrée », observe-t‑elle. 

Aux jeunes femmes qui envisagent de suivre une voie similaire, elle adresse un conseil teinté de réalisme : 

« Il faut être opiniâtre et patiente. » 

Elle raconte avoir construit son parcours pas à pas, dans un contexte où les opportunités étaient rares. Malgré cela, elle parvient à enchaîner les contrats et à se faire une place durable dans le paysage universitaire. Elle a d’ailleurs joué un rôle central dans la création de la nouvelle Faculté, lors de la réforme de la formation initiale des enseignants. 

Si sa trajectoire est le fruit d’un engagement constant et d’une grande ténacité, elle reconnaît aussi la part de hasard et de conjonctures favorables qui l’ont accompagnée. 

Elle revient enfin sur la portée de la journée internationale du 8 mars, une journée qu’elle juge essentielle, même si elle estime qu’elle reste relativement peu suivie en Belgique. 

Justine Bodart, doctorante à la Faculté des sciences

Un parcours construit pas à pas

Après ses études secondaires, Justine entre à l’université sans idée précise de la direction à prendre, si ce n’est qu’elle souhaite s’orienter vers les sciences. Elle choisit finalement les mathématiques, sans certitude au départ, mais découvre progressivement un véritable intérêt pour la discipline. Son master, axé sur la recherche et enrichi d’un stage de quatre mois à l’étranger, confirme cette inclination et lui donne envie d’aller plus loin. 

Elle évoque une discussion déterminante avec sa promotrice, qui l’amène à postuler pour un assistanat, un rôle où elle trouve l’équilibre parfait entre enseignement et recherche. « Aujourd’hui, après deux ans d’assistanat, je peux dire que mon intérêt pour la recherche s’est construit au fil du temps, grâce à mes études et à mes expériences. » 

Un avenir à définir, mais avec le spatial en ligne de mire

Dans le cadre de son doctorat, elle travaille en mécanique céleste et s’intéresse aux exoplanètes, ces planètes situées en dehors de notre système solaire. Son objectif : comprendre leur évolution sur le long terme et leur stabilité, qu’il s’agisse de collisions, d’éjections ou d’autres dynamiques possibles. 

Une discipline qui lui permet de combiner ses deux passions : les mathématiques et le spatial. « Les mathématiques pures m’attirent moins, mais tout ce qui touche au spatial, et en particulier à la mécanique céleste, me passionne. » 

En troisième année de doctorat, elle préfère avancer étape par étape. « Je ne planifie jamais très loin. J’ai, par exemple, décidé assez tard de postuler pour un assistanat. » Pour l’après‑thèse, rien n’est arrêté : elle verra si elle souhaite poursuivre dans la recherche ou se tourner vers un autre horizon. Seule certitude : elle veut rester dans le domaine spatial, sous une forme encore à définir. 

La science pour toutes : un message de confiance

Lorsqu’elle évoque la question du genre, elle répond sans hésiter : elle n’a jamais rencontré de difficultés particulières, ni pendant ses études ni au début de sa carrière. 

« Je ne me suis jamais sentie illégitime. Dans ma promotion, il y avait autant de femmes que d’hommes même si les mathématiques restent souvent perçues comme un domaine masculin. » 

Photo de Justine Bodart

Elle nuance toutefois son propos lorsqu’elle évoque ses expériences à l’international. Lors de conférences, la présence féminine se fait plus rare.

 « Ça fait toujours plaisir de croiser d’autres femmes, parce que la parité est loin d’être acquise. » 

Au sein de l’université, en revanche, elle ne dit pas avoir ressenti d’obstacles liés à son genre. 

Aux jeunes filles qui envisagent une carrière similaire, elle adresse un message simple et encourageant : 

« Il ne faut vraiment pas hésiter. Les études en mathématiques et en sciences sont accessibles à toutes et la question du genre n’a rien à voir avec l’intérêt pour les sciences. Je me suis toujours dit que j’étais aussi légitime que n’importe qui d’autre. » 

Duvernelle Ngouzon Nguimdo, étudiante à la Faculté d’informatique

Un parcours académique international

Duvernelle a effectué toute sa scolarité au Cameroun, où elle s’oriente dès son entrée en secondaire vers une option centrée sur les mathématiques et les sciences physiques. Après deux années d’université en biologie animale, elle décide de changer de voie et postule en Belgique, à l’Université de Namur, pour entamer des études en informatique. Arrivée en 2023 pour recommencer une première année de bachelier, elle est aujourd’hui en troisième année. 

De la biologie à l’informatique : une réorientation assumée

À l’origine, Duvernelle se voyait en médecine. La biologie animale devait être un tremplin avant de présenter le concours d’entrée en médecine. Mais au fil du temps, elle réalise qu’il s’agit surtout d’un rêve d’enfance, qui ne correspond plus à ses aspirations.

Elle choisit alors l’informatique, un domaine vaste, en pleine expansion, et dans lequel elle se projette davantage. Pour la suite, son objectif est clair : poursuivre en master en data science et intelligence artificielle, et peut‑être même se lancer dans un doctorat. Attirée par le milieu médical, elle aimerait un jour travailler dans la gestion et l’analyse de données de santé. 

"Il faut se faire sa place et ne pas avoir peur”.

Photo de Durvenelle Ngouzon Nguimdo, étudiante à la Faculté d’informatique
S’affirmer dans un domaine encore très masculin

Comme beaucoup d’étudiants internationaux, elle traverse des difficultés, mais celles-ci tiennent davantage à la transition culturelle et organisationnelle qu’aux études elles-mêmes : s’adapter à un nouveau pays, jongler entre les cours, un job étudiant et la vie quotidienne. 

Le défi le plus marquant reste cependant celui de la place des femmes en informatique. 

« Souvent seule fille dans mes classes, j’ai dû apprendre à m’affirmer et à trouver ma place dans un environnement largement masculin. » 

À celles qui envisagent d’étudier l’informatique, elle adresse un message franc et encourageant : 

« N’ayez pas peur. Le doute fait partie du parcours, mais l’informatique n’est pas réservée aux hommes. Les femmes ont autant de capacités, autant de potentiel. Si ce domaine vous attire, explorez-le : il est bien plus large que la programmation. Soyez curieuses, affirmez-vous. On ne vous donnera pas toujours votre place : il faudra parfois la construire vous‑mêmes. » 

Alisson Kabili, technicienne de laboratoire à la Faculté de médecine.

Trouver sa voie au cœur du laboratoire

Alisson travaille à l’Université de Namur depuis un an et demi en tant que technicienne de laboratoire au sein de la Faculté de médecine. Son rôle est essentiel : accompagner les chercheurs dans leurs manipulations, préparer les travaux pratiques destinés aux étudiants, et assurer la gestion quotidienne du laboratoire, des commandes de réactifs au suivi du matériel. 

Ce métier, elle ne l’a pas choisi tout de suite. Pendant ses études, elle doutait encore. C’est lors de son stage de fin de cursus qu’une évidence s’impose : elle aime le concret, l’action et la précision du geste scientifique. 

« Technicienne de laboratoire, c’est un rôle discret, mais c’est vraiment le pilier de la recherche », résume-t‑elle. 

Ce qui la motive au quotidien ? La diversité.

« Aucune journée ne se ressemble », confie-t‑elle. 

En début de carrière, elle savoure la possibilité d’apprendre en continu dans un domaine où les technologies et les méthodes évoluent sans cesse. 

Ce dont elle est le plus fière : contribuer, à son échelle, à des avancées qui touchent directement la santé et la société. Un moteur puissant, qui donne du sens à son travail. 

Alisson Kabili
Face aux stéréotypes, la compétence comme réponse

Alisson explique ne jamais avoir été confrontée personnellement à des stéréotypes ou à du sexisme ordinaire, tout en sachant que ces situations existent. Pour elle, la meilleure manière d’y répondre reste la même pour tous : 

« La qualité du travail, que l’on soit une femme ou un homme. » 

Aux jeunes filles intéressées par une carrière scientifique, elle rappelle l’importance d’une qualité essentielle : 

"La curiosité. S’interroger, tester, explorer… autant de démarches qui nourrissent la recherche et permettent d’avancer."

Elle encourage aussi à découvrir concrètement le métier : passer une journée avec un professionnel, multiplier les stages, s’immerger dans des environnements différents. C’est d’ailleurs en comparant le milieu hospitalier, plus routinier, et celui de la recherche, plus dynamique à ses yeux, qu’elle a confirmé ses propres choix. 

« Il faut se faire sa place et ne pas avoir peur », insiste‑t‑elle. 

D’après son expérience, de plus en plus de femmes rejoignent les filières scientifiques. Une évolution encourageante, qu’elle invite à poursuivre malgré les stéréotypes encore présents. « Il ne faut surtout pas quitter ce domaine : il reste tant à découvrir et il offre de nombreuses possibilités d’épanouissement. » 

Virginie Di Luca, assistante administrative à la Faculté d’Economie, Management, Communication et Sciences Politiques (EMCP)

Un parcours riche, multiple et résolument humain

Virginie a rejoint l’Université de Namur en février 2023 en tant que secrétaire du département sciences politiques, information et communication. Un rôle pivot, au cœur de la vie étudiante et académique. 

Son parcours ne suit pas une ligne droite, et c’est ce qu’elle en aime aujourd’hui. Diplômée comme agente de voyage, elle part vivre à l’étranger, en Espagne puis en Australie. De retour en Belgique, elle change complètement de direction et se forme à la coiffure, avant de reprendre finalement des études en secrétariat de direction. Elle travaille ensuite pendant huit ans dans un cabinet médical. 

Cette diversité d’expériences est, pour elle, une richesse : 

« Si j’avais commencé directement à l’UNamur, je n’aurais pas découvert l’envers du décor. Aujourd’hui, j’ai touché à des domaines très différents, le tourisme, la santé, l’administration, et ça me plaît. » 

“On peut toujours arriver à son but par des chemins détournés ! »

Trouver sa place, malgré les détours

Ce qui lui a posé le plus de défis ? Trouver un emploi dans lequel elle se sente véritablement à sa place. C’est cela qui a motivé ses réorientations successives. Indépendante de nature, elle dit avoir toujours suivi son instinct, parfois en dépit des avis extérieurs.  

Virginie Di Luca

Si elle n’a pas été confrontée au sexisme, elle évoque en revanche des situations de classisme : 

« On m’a parfois fait sentir que je n’avais pas le bon diplôme ou le bon rang. » 

Aux étudiantes qu’elle accompagne, elle répète souvent la même chose : 

« Lâchez prise. Ne vous angoissez pas. Même par un chemin détourné, on peut arriver au même résultat. » Elle insiste sur le droit à l’erreur : « Un échec ne veut pas dire que tout s’arrête. On peut trébucher, se planter, recommencer. » 

Amélie Lachapelle, chercheuse à la Faculté de droit

Un parcours entre hasard, rencontres et convictions

Enseignante à la Faculté de droit de l’UNamur ainsi qu’à l’Université Saint-Louis, Amélie porte également depuis 2025 le rôle de chargée de mission "Transitions & Développement soutenable". Un parcours riche, fait de curiosité et de détours, mais toujours guidé par l’envie de comprendre le droit autrement. 

« Mon parcours est essentiellement le fruit du hasard ! », confie-t-elle.  

Curieuse de tout, elle peine d’abord à choisir une orientation. Une conseillère en orientation lui propose alors un défi inattendu : se lancer dans une thèse en droit, et le faire à l’UNamur, reconnue pour la qualité de son accompagnement. Le coup de cœur est immédiat. Elle ne se voit pas avocate : 

« Je n’ai jamais été une technicienne du droit. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre comment le droit se construit, comment il reflète des choix politiques et sociétaux. » 

Un stage dans un grand cabinet d’avocats à Louvain-la-Neuve lui confirme que la pratique classique du droit ne lui correspond pas totalement. Passionnée par la culture espagnole, elle part ensuite en Erasmus à Salamanque. C’est durant ce séjour qu’une opportunité décisive se présente : un poste d’assistante se libère à l’UNamur. Amélie postule, obtient le poste, et se retrouve rapidement à la tête de l’équipe. 

« J’ai appris l’autonomie sur le terrain », raconte-t-elle.  

Amélie raconte avoir « atterri » dans le métier presque du jour au lendemain, sans repères, ni mode d’emploi. 

« J’étais souvent livrée à moi‑même, avec peu de confiance en moi. » 

Amélie Lachapelle (c) Sebastien Roberty

Très vite, elle se retrouve à encadrer de vastes cohortes d’étudiants de première année, dans des auditoires imposants. Elle finalise et défend sa thèse fin 2019, avant de rejoindre l’université comme chargée d’enseignement en droit économique en février 2020.  

« J’ai été guidée par une aînée dans mes premiers pas à l’université, et ça c’est essentiel. » 

Amélie souligne aussi l’importance de l’accompagnement d'une collègue, aujourd’hui déléguée à la protection des données, qui l’a guidée et soutenue dans ses débuts : 

« Elle a été la première personne à vraiment prendre soin de moi à l’université. Je lui dois beaucoup. » 

Apprendre à trouver sa place

Si elle souligne volontiers la bienveillance de ses collègues proches, Amélie constate aussi l’envers du décor. 

« On sent parfois que certaines personnes se comportent différemment selon notre statut. Être assistante ou avoir défendu sa thèse, ce n’est pas perçu de la même manière. » 

Au fil des étapes de sa carrière, elle découvre qu’à mesure que la légitimité s’affirme, elle peut aussi être vécue comme une menace par certains. 

« Le milieu académique reste un système très concurrentiel… et je n’étais pas préparée à ça. » 

Une réalité qu’elle apprend à apprivoiser, sans jamais perdre de vue l’importance de la coopération et du soutien entre collègues. 

Ce dont elle est la plus fière aujourd’hui ? Être chargée de mission à son âge. Elle vient d’être confirmée professeure, comme le prévoit la procédure après trois ans d’engagement. 

« On me fait confiance, malgré mon âge, malgré mon inexpérience. Et surtout, cette fonction fait sens : je me sens en accord avec mes valeurs. J’ai trouvé quelque chose qui me correspond vraiment.  Interrogée sur ce que penserait la « petite Amélie » d’aujourd’hui, elle rit : « Elle trouverait que je travaille trop ! Avoir la tête dans les nuages, ça me manque parfois. »  

Entre authenticité et exigence : un chemin pour s'accomplir

Aux plus jeunes, elle souhaite transmettre une conviction claire : ne pas chercher à rentrer dans un modèle prédéfini. 

« J’avais une image figée du professeur d’université. Je croyais que je devais rentrer dans ce moule-là. Mais on m’a dit au contraire qu’on m’engageait pour enseigner en gardant ma personnalité. » 

Elle s’autorise donc à sortir des codes comme donner cours dans un parc, par exemple : « Oui, c’est atypique… mais pourquoi pas ! » Elle ajoute cependant une note de réalisme : travailler reste indispensable. 

« Rien n’arrive sans effort : il faut être rigoureux, parfois même surpréparer. » 

Son message invite chacun à reconnaître ce qui l’anime profondément au quotidien, à défendre cette flamme avec persévérance, mais toujours dans un esprit de respect, d’ouverture et d’éthique. 

« On peut poursuivre ses rêves sans jamais écraser l’autre. »

Anne Roekens, professeure à la Faculté de philosophie et lettres.

L’enseignement au cœur de son parcours 

Anne se présente d’emblée comme une passionnée d’enseignement. Professeure d’histoire contemporaine, elle décrit un parcours académique « assez linéaire », guidé naturellement vers les salles de classe. Après des études en histoire, elle s’oriente très rapidement vers un doctorat consacré aux questions de langue et de diversité. 

« Je ne me suis même pas posé la question : je savais que je voulais enseigner », confie-t-elle. 

Avant de rejoindre l’Université de Namur, elle enseigne en secondaire, puis travaille à Bruxelles dans un centre d’étude sur la Seconde Guerre mondiale, où elle gère les archives audiovisuelles. Une mission cohérente avec sa thèse, qui portait notamment sur l’histoire de la télévision et l’exploitation d’archives télévisuelles en recherche historique. Lorsque des heures de cours s’ouvrent à Namur, elle comprend immédiatement où se trouve son véritable moteur : 

« Enseigner, c’est vraiment le cœur de mon travail. » 

Pour Anne, il n’y a pas eu de « déclic » au sens strict. L’enseignement est presque une affaire de famille : parents, frères et sœurs, tous professeurs. Elle se souvient d’une expérience marquante : un jeu de rôle en secondaire où elle devait jouer le rôle de prof pendant deux heures. Malgré un « échec cuisant » et une classe agitée, elle en ressort persuadée :

« J’adore ça. J’adore construire un cours et essayer de transmettre quelque chose. » 

Elle apprécie aussi la dimension de chercheuse et la liberté académique : 

« Je n’arrête jamais d’apprendre. Je sais plus que l’an dernier et moins que l’an prochain. Choisir ses sujets de recherche, monter des projets, inventer ses cours, c’’est un privilège immense. » 

Des recherches variées, avec une dimension de genre marquée 

Historienne des XIXe et XXe siècles, Anne s’intéresse depuis longtemps à l’histoire des médias (télévision, photographie, presse). Depuis une dizaine d’années, elle explore également l’histoire de la psychiatrie, avec un intérêt particulier pour la dimension de genre. Son premier projet portait sur le Beau Vallon, un ancien hôpital psychiatrique pour femmes. L’analyse des archives révèle des internements souvent liés à la précarité ou à des comportements jugés « déviants », davantage qu’à de véritables troubles psychiatriques. Elle souligne les biais institutionnels du passé : internements plus tardifs chez les femmes car elles assumaient d’abord les responsabilités domestiques, motifs d’internement parfois basés sur des normes sociales très strictes… Un sujet qu’elle juge toujours « passionnant et essentiel ». 

Être femme dans le monde académique : des obstacles souvent intégrés 

Avec le recul, Anne constate que certaines difficultés liées à sa condition de femme ont jalonné son parcours, sans qu’elle ne les identifie immédiatement comme telles. Elle évoque par exemple un règlement qui, à l’époque de sa thèse, ne prévoyait pas de prolongation en cas de congé de maternité ; une mesure désormais corrigée. 

« Le milieu universitaire reste encore marqué par une forte présence masculine, surtout aux niveaux les plus avancés de la carrière académique. » 

Les pressions peuvent être directes, parfois brutales : 

« L’un de mes promoteurs m’a déjà dit de ne pas faire d’enfants, que cela ralentirait trop mon travail. » 

Elle raconte aussi la fatigue immense d’un premier quadrimestre chargé, alors qu’elle était enceinte de huit mois, ou encore la demande implicite de corriger des examens à peine trois semaines après son accouchement. 

« Heureusement, des collègues féminines se sont interposées. » 

Anne Roekens

Ces expériences, elle les voit aujourd’hui reflétées chez de nombreuses doctorantes et jeunes chercheuses, souvent soucieuses de « faire bonne figure » et de ne pas mettre leur carrière en péril.   

« Le fait d’être une femme a parfois été lourd de conséquences mais, ce qui m’interpelle le plus, c’est que j’avais intégré plein de choses comme normales. » 

« Soutenons-nous. Parlons ensemble. » 

Si elle ne s’est pas engagée dans Université en colère en tant que femme, elle observe néanmoins des liens évidents avec les revendications féministes. 

« Si l’on précarise davantage l’université, les inégalités vont s’accentuer. Et les femmes en paieront le prix le plus lourd. » 

Elle rappelle que même si les étudiantes sont majoritaires, leur nombre diminue drastiquement au fil de la carrière académique. À cela s’ajoute une répartition genrée des tâches invisibles, même dans le milieu universitaire : organisation, logistique, petites charges non reconnues… souvent assumées par des femmes.

 « Soutenons-nous. Parlons ensemble. » Anne insiste sur la valeur de la solidarité féminine dans le monde académique : entraide, encouragement, luttes communes. Et un mot pour celles qui doutent : 

« Beaucoup de jeunes chercheuses souffrent d’un manque de confiance. Alors j’essaie toujours d’être dans le soutien. On en a besoin. » 

Des propos recueillis par quatre étudiantes de l’UNamur : Mara Carpentier, Zoé Degraeve, Anaëlle Gonon et Nina Weber. 

Le 8 mars, la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes

La Journée internationale des femmes (ONU) également appelée “journée internationale des luttes pour les droits des femmes” (ONU Femmes) est célébrée chaque année le 8 mars. Cette journée permet de mettre en lumière les combats menés pour les droits des femmes et, plus largement, pour l’élimination des inégalités entre les femmes et les hommes.  

Bien que la Journée internationale des femmes ait été officialisée par les Nations Unies en 1977, dans le prolongement de l’Année internationale de la femme proclamée en 1975 par l’Assemblée générale de l’ONU, ses origines remontent aux mouvements sociaux qui ont émergé en Amérique du Nord et en Europe au tournant du XXe siècle. 

L'Université de Namur lutte contre les discriminations liées au genre

La lutte contre les discriminations liées au genre est une priorité à l’UNamur qui s’engage fermement à promouvoir l’égalité des genres, la non-discrimination et le respect de la diversité.  

L’objectif de l’UNamur est de créer une communauté universitaire inclusive où chacune et chacun peut s’épanouir, indépendamment de son genre. En embrassant la diversité et en adoptant des mesures concrètes, l’université affirme son engagement envers une société plus équitable qui repose sur les valeurs de justice, d’inclusion et de respect de la dignité humaine.