La Faculté Economie Management Communication sciencesPo (EMCP) a accueilli de nombreux événements au cours de son histoire. Retour en images sur quelques moments marquants de notre Faculté.
Les 60 ans de la Faculté
En octobre 2022, la Faculté fêtait ses 60 ans. Pour marquer cet anniversaire, la Faculté a organisé deux grands événements qui ont donné à tous l’occasion de se retrouver et de partager parcours, expériences, talents et souvenirs !
Le 13 octobre, une conférence-débat autour de la thématique « Nouveaux rythmes scolaires : A l’Université aussi ? » en présence de la Ministre de l’enseignement supérieur et de représentants de partis. Le débat a été modéré par Béatrice Delvaux (Editorialiste en chef, Le Soir). La conférence-débat en intégralité est disponible sur Youtube.
Le 15 octobre, une soirée anniversaire autour du thème « La Faculté a des talents ». Anciens, professeurs, chercheurs et étudiants ont confronté leurs talents à l'aune des défis d’aujourd'hui et de demain: entrepreneuriat, développement durable, transition digitale et pédagogies innovantes ont été au menu d'une séance académique haute en couleur. La séance académique a été suivie par une soirée festive et conviviale autour d'un cocktail, d'un repas et d'un after-dinner. Toutes les photos de l'événement sont disponibles sur la photothèque.
Découvrez la vidéo souvenir de l'événement ici :
Cérémonie de diplomation en bachelier
Le 16 février 2024 a eu lieu la cérémonie de remise des diplômes des programmes de bachelier en information et communication, en Ingénieur de gestion, en sciences économiques et de gestion et en sciences politiques. Cette cérémonie a été suivie d’un verre de l’amitié, servi par le Cercle des étudiants, rassemblant les diplômés, leurs proches et les membres du personnel de la Faculté. Cette cérémonie a marqué le couronnement de plusieurs années d’efforts et de partage, tant pour les étudiants et leurs proches que pour les membres du personnel.
Colloque "Réformer la Belgique"
Le 10 octobre 2023, un colloque autour du thème « Faut-il réformer la Belgique » a été organisé à la Faculté Economie Management Communication sciencesPo (EMCP). Celui-ci proposait différents panels et également un débat politique entre les représentants des six partis de la Fédération Wallonie Bruxelles et animé par Arnaud Ruyssen (RTBF).
À la une
Actualités
Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui
Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui
Professeure d’économie à l’UNamur, Catherine Guirkinger a été invitée par la KU Leuven à occuper une Chaire Francqui. Cette distinction lui donnera l’occasion de présenter ses recherches sur les rapports de genre et les décisions prises au sein des ménages, mais aussi de renforcer les liens entre les deux universités.
Créées en 1933, les Chaires Francqui visent à favoriser les échanges entre universités et à mettre en valeur l’excellence académique. Chaque année, des universités belges invitent des professeurs issus d’autres institutions à donner une série d’environ dix heures de cours, précédée d’une leçon inaugurale ouverte à un public plus large.
Cette année, la KU Leuven a choisi d’inviter Catherine Guirkinger, professeure d’économie à l’Université de Namur. “Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les arrangements au sein des couples et des familles se recomposent quand le monde autour d'eux change, et ce que ces recompositions changent pour chacun de leurs membres.” “ Ses travaux, menés principalement en Afrique subsaharienne mais aussi en Europe, combinent enquêtes de terrain, expériences et données historiques.
Une leçon inaugurale et trois cours avancés
La Chaire Francqui débutera par une leçon inaugurale intitulée Economic Change and the Family: Adjustment and Resistance, suivie de trois cours plus techniques destinés aux étudiant·es en master de recherche et en doctorat. Catherine Guirkinger y montrera comment les changements économiques, les lois ou les normes sociales peuvent influencer les décisions prises au sein des ménages. “On ne peut pas ignorer la façon dont les choses se passent à l’intérieur de la famille : toutes politique est en quelque sorte filtrée par celle-ci”, souligne-t-elle.
Elle s’appuiera notamment sur ses recherches consacrées au divorce, aux violences domestiques, à la prise de décision dans les couples et à l’influence de l’environnement économique sur les familles. Ces cours seront également l’occasion d’échanger avec des étudiant·es déjà engagé·es dans la recherche. “On peut aller plus loin avec un tel public”, souligne Catherine Guirkinger. “C’est toujours très stimulant”.
Une nouvelle occasion de rapprocher l’UNamur et la KU Leuven
Cette Chaire Francqui s’inscrit aussi dans une relation déjà existante entre l’UNamur et la KU Leuven. Les économistes des deux universités ont notamment collaboré dans le cadre d'un projet EOS (Excellence of Science), le programme de recherche conjoint du FNRS et du FWO. Catherine Guirkinger garde un très bon souvenir de cette expérience : “Ce programme a donné lieu à des échanges scientifiques très riches. Cette chaire est une belle occasion de les prolonger.”
Sa présence à Leuven offrira ainsi une nouvelle occasion de faire circuler les idées, de partager les recherches menées à Namur et de prolonger les collaborations entre les deux institutions. Félicitations à Catherine Guirkinger pour cette belle distinction !
EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur
EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur
L’UNamur s’est distinguée lors de l’édition 2026 de la conférence internationale IFIP EGOV, consacrée à la transformation numérique des administrations et à la démocratie numérique. Les chercheurs namurois issus de la School of Management de l'UNamur ont présenté quatre articles et trois posters, avec à la clé un Best Paper Award pour Simon Dechamps, un Best Poster Award pour Lisa Dewulf et une nomination pour Eudes Adiba parmi les contributions de recherche les plus innovantes.
Administration en ligne, e-participation, gouvernance algorithmique ou encore intelligence artificielle : la conférence internationale IFIP EGOV rassemble des chercheurs qui étudient les transformations numériques du secteur public et leurs conséquences pour les citoyens et les administrations. L’UNamur y était particulièrement bien représentée cette année avec quatre articles et trois posters présentés.
Un Best Paper Award pour Simon Dechamps
Simon Dechamps, doctorant en gestion à l’UNamur et membre du centre MINDIT, a reçu le Best Paper Award 2026 pour son article From the Modern Citizen to Citizens as Multiplicities: Citizen-Centricity as a Sign of a New Episteme?.Son travail s’intéresse à la manière dont les administrations cherchent à mieux adapter leurs services numériques aux besoins des citoyens.
À partir de quatorze entretiens menés dans des administrations publiques belges, Simon Dechamps montre qu’il est difficile de parler du « citoyen » comme d’un profil unique. Les besoins varient fortement d’une personne à l’autre, et les services publics doivent donc tenir compte de cette diversité. Son travail met ainsi en lumière le besoin de mieux outiller les agents publics pour adapter les services aux différents profils d’usagers.
Lisa Dewulf remporte le Best Poster Award
Lisa Dewulf, doctorante à la School of Management de l’UNamur et membre du centre MINDIT et de l’institut NaDI, a reçu le Best Poster Award pour Do Fictional Representations of AI in Government Relate with Citizens' Perception?.
Ses recherches portent sur les représentations des technologies numériques dans la fiction et sur la manière dont celles-ci peuvent influencer notre perception de ces technologies. Elles s’inscrivent dans le projet ARC Di-Fic, qui explore notamment l’utilisation des films, séries et jeux vidéo dans l’éducation à la citoyenneté numérique. Son poster propose une typologie des représentations de l’intelligence artificielle dans le domaine du gouvernement selon trois dimensions : l’échelle de gouvernance, le type d’IA représenté et son rôle dans le récit.
L’objectif est de mieux comprendre comment la fiction contribue à construire les imaginaires collectifs autour de l’intelligence artificielle, alors que celle-ci occupe une place croissante dans les administrations. Le jury a notamment salué la pertinence pratique du travail et son apport aux recherches sur l’IA et le gouvernement numérique.
Eudes Adiba parmi les contributions les plus innovantes
Mahougnon Sedjro Eudes Adiba, doctorant à l’UNamur au sein de MINDIT – NaDI, a vu son article sélectionné parmi les trois contributions de recherche les plus innovantes, sur près de 200 soumissions. Ses travaux portent sur l’accessibilité des données publiques et, plus précisément, sur la manière dont les citoyens cherchent une information sur des portails de données ouvertes, comme celui de la Ville de Namur.
Son étude analyse la manière dont les utilisateurs naviguent réellement sur ces plateformes. En étudiant leurs traces d’interaction, la recherche cherche à mieux comprendre la manière dont les citoyens s’y prennent pour trouver une information publique, dans le but de concevoir à terme des portails plus simples, plus intuitifs et mieux adaptés à leurs usages réels.
Une édition particulièrement réussie pour l’UNamur
Avec sept contributions présentées, deux prix et une nomination, EGOV 2026 met en lumière la diversité des recherches menées à l’UNamur autour de la transformation numérique, des services publics et de la citoyenneté. Une belle reconnaissance également pour le centre MINDIT, auquel plusieurs de ces chercheurs sont rattachés. Félicitations à l’ensemble des chercheurs et chercheuses ayant contribué aux travaux présentés lors de cette édition !
Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?
Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?
Comment nos identités sociales se construisent-elles ? Sont-elles simplement héritées, comme un nom de famille ou une histoire transmise à la naissance ? Ou se construisent-elles peu à peu, au croisement des héritages familiaux, des choix éducatifs et des contextes sociaux dans lesquels les enfants grandissent ? Ces questions sont au cœur des travaux de Juliette Crespin-Boucaud, chercheuse post-doctorante titulaire d’une bourse Marie Skłodowska-Curie au Centre de recherche en économie du développement (CRED) à l’Université de Namur. À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA).
Portrait
Microéconomiste, Juliette Crespin-Boucaud travaille à la croisée de l’économie du développement, de l’économie de la famille et de l’histoire économique. En 2021, elle obtient son doctorat à la Paris School of Economics. Elle poursuit ensuite plusieurs projets de recherche multidisciplinaires, d’abord à la London School of Economics, puis à l’Institut Barcelona d’Estudis Internacionals. Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une approche attentive au dialogue avec d’autres sciences sociales, notamment la science politique, la sociologie et la démographie.
Le projet TransmId : Transmission intergénérationnelle de l’identité en Afrique subsaharienne
Dans TranmId, Juliette cherche à comprendre comment les identités sociales (ethniques, nationales, religieuses ou linguistiques) sont produites, acquises et transmises d’une génération à l’autre. En d’autres termes : comment les choix des parents façonnent-ils les identités sociales de leurs enfants ?
Le projet s’intéresse d’abord aux mariages, car le choix d’un ou d’une partenaire influence les identités possibles des enfants nés de cette union. Les appartenances, langues ou religions des parents peuvent ouvrir différents chemins de transmission : un héritage unique, plusieurs héritages combinés, ou des identités qui se recomposent au fil des générations.
Mais la transmission ne s’arrête pas à la naissance. Elle se poursuit dans des décisions très concrètes : quelle langue parler à la maison ? Dans quelle école inscrire ses enfants ? Quelle place donner à une langue nationale, à une langue maternelle ou parlée dans le cercle familial, à la religion ou aux opportunités scolaires ? L’économie du développement permet de relier ces décisions individuelles à des contextes plus larges : ressources disponibles, politiques publiques, histoire, normes sociales et aspirations familiales.
L’un des volets du projet, financé par International Growth Centre, s’intéresse plus particulièrement au Mozambique, où les choix linguistiques et éducatifs des parents permettent d’observer très concrètement cette transmission. En effet, dans ce pays marqué par une forte diversité linguistique, le choix d’un programme d’enseignement, d’une langue d’apprentissage ou la langue parlée à la maison participent à la construction du bagage identitaire des enfants. Ces décisions dépendent de contraintes concrètes comme les ressources financières disponibles, les langues connues ou pratiquées par les parents, les écoles accessibles, mais elles sont aussi directement liées aux aspirations que les parents ont pour leurs enfants : lui donner les meilleures chances pour l’avenir, préserver une langue familiale ou maintenir une identité culturelle.
Pour comprendre ces choix, Juliette observe les comportements des familles comme autant d’indices. Quelle langue parle-t-on à la maison ? Quel programme (bilingue ou non) préfère-t-on pour ses enfants ?
Pour étudier comment les parents composent le « bagage d’identités » de leurs enfants, l'enquête porte à la fois sur les pratiques des parents et sur leurs attentes et préférences. Pour mesurer ces dernières, l’enquête propose aux parents
- d'estimer les bénéfices des deux types de programmes. Par exemple : parmi 10 enfants du programme bilingue / unilingue, combien parleront portugais à la fin de l’école primaire ?)
- de réfléchir à des scénarios hypothétiques où la langue parlée en famille, la profession des parents et le genre de l’enfant varient. Par exemple : quel est le programme que vont préférer pour leur fille des parents agriculteurs qui ne parlent pas portugais à la maison ?)
Ces informations sont ensuite mises en regard des pratiques réelles des familles : langues parlées à la maison, programmes fréquentés, etc.
Dépasser une vision figée des identités
Les identités ethniques, nationales ou linguistiques ne sont pas seulement des catégories héritées une fois pour toutes. Elles se construisent aussi dans des choix ordinaires : se marier, parler une langue à la maison, inscrire un enfant dans une école, privilégier un apprentissage plutôt qu’un autre.
À travers ces recherches, Juliette Crespin-Boucaud montre que l’éducation n’est pas seulement un lieu d’acquisition de savoirs. Elle est aussi un espace de transmission, d’arbitrage et de projection vers l’avenir. Entre héritage familial, identité nationale et opportunités sociales, la langue devient alors un fil conducteur pour comprendre comment les familles façonnent les identités des générations futures.
La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF)
La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF) est un financement européen sélectif qui permet à un chercheur postdoctoral de mener un projet ambitieux dans une nouvelle institution, souvent à l’étranger. Elle soutient à la fois l’excellence du projet, la mobilité du chercheur et le développement de sa carrière scientifique.
This project has received funding from the European Union under the Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) Postdoctoral Fellowships programme under grant agreement No 101151041
Vulgarisation et facilitations : Aline Wilmet - Confluent des Savoirs
La Nuit Européenne des Chercheurs
À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA). Pour rendre ces travaux et leurs enjeux accessibles au plus grand nombre, le Confluent des Savoirs, service de vulgarisation et de diffusion de la recherche à l'UNamur, a réalisé une facilitation visuelle de chaque projet. Ces facilitations ont pour but de structurer les informations scientifiques sous la forme d’une synthèse illustrée et vulgarisée associant mots-clés, schémas et éléments graphiques pour saisir rapidement les mécanismes étudiés et les grandes questions de recherche.
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Entre recherche, enseignement et transmission, Wafa Hammedi, professeure à la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), trace un parcours guidé par ses convictions. Loin des clichés de performance habituellement associés au marketing, elle défend une recherche engagée au service de la société, de l'équité et de l'inclusion.
Vous êtes spécialisée en marketing des services et de l’innovation. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous orienter vers ce domaine de recherche ?
Le marketing des services m’a attirée parce qu’il touche directement à la vie réelle des personnes : se soigner, apprendre, se déplacer, accéder à un service public, interagir avec une technologie ou être accompagné dans une situation de vulnérabilité. Contrairement au marketing des produits, qui porte davantage sur des biens tangibles, le marketing des services s’intéresse à des expériences souvent intangibles, subjectives et profondément humaines.
Ce domaine permet d’analyser ce qui fait la qualité d’une expérience : les interactions humaines ou digitales, la confiance, les émotions, la co-création de valeur, mais aussi les enjeux de justice sociale, d’éthique, d’inclusion et de dignité. Une même expérience peut être vécue différemment selon les individus, leurs ressources, leur situation et leur contexte d’interaction. C’est précisément ce qui rend ce champ de recherche à la fois complexe, passionnant et essentiel.
Ce qui me motive aujourd’hui, c’est de comprendre comment les organisations et les institutions peuvent concevoir des services qui ne soient pas seulement efficaces ou innovants, mais aussi plus justes, plus humains et plus responsables. Pour moi, le marketing des services est un levier pour transformer les expériences vécues et contribuer, très concrètement, au bien-être des personnes et à une société plus inclusive.
Justement, comment ces enjeux d’inclusion, d’équité ou de vulnérabilité se traduisent-ils dans vos recherches ?
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Dans cette perspective, les services ne sont pas réduits à une simple transaction mais replacés au sein d’un écosystème impliquant de multiples acteurs. Pour moi, l’inclusion et l’équité ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté dans le cadre de certains services, qui a plus de difficultés à être entendu, compris ou servi dignement, et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions. Mon objectif en tant que chercheuse est de me saisir de ces questions pour proposer des recommandations concrètes en collaboration étroite avec toutes les parties prenantes. La recherche académique a selon moi la responsabilité de s’engager sur des sujets sociétaux importants et de contribuer à rendre le système des services plus inclusif et respectueux de la dignité des personnes.
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Ce ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions.
Je plaide également pour une recherche en sciences de gestion plus ouverte, plus inclusive et véritablement connectée aux réalités du monde. Trop souvent encore, notre champ reste dominé par un prisme Europe–États-Unis, qui laisse dans l’ombre d’autres contextes, d’autres voix et d’autres expériences. Or, pour rester pertinentes, les sciences de gestion doivent mieux intégrer la diversité des réalités humaines, sociales, culturelles et géographiques. Cet engagement n’est pas seulement une conviction intellectuelle ; il se traduit par des actions concrètes. Par exemple à travers le programme NEXSER, une initiative ambitieuse soutenue par l’Union européenne via Erasmus+, nous avons construit un réseau d’excellence avec des partenaires des pays du Sud. Ces collaborations, nourries par des séjours de recherche, des échanges scientifiques et des projets de recherche communs, permettent d’enrichir nos perspectives, de questionner nos cadres habituels et de produire une recherche plus ancrée, plus juste et plus utile. Que ce soit à travers mes responsabilités institutionnelles, mes collaborations internationales ou mon engagement au sein de ma communauté scientifique, j’essaie de contribuer à des écosystèmes académiques où l’excellence scientifique, l’impact sociétal et l’épanouissement des personnes avancent ensemble. Pour moi, une recherche sans frontières est aussi une recherche qui ouvre des portes.
Vous venez de recevoir le Jay Kandampully Journal of Service Management (JOSM) Mentorship Award, qui récompense le soutien et l’engagement dans le développement de la carrière de jeunes chercheurs. Que représente cette nomination pour vous ?
C’est un réel honneur, et une reconnaissance qui me touche profondément. Cette nomination rappelle que l’impact académique ne se mesure pas uniquement à travers les publications, mais aussi à travers la capacité à transmettre, à accompagner et à faire grandir les autres. Elle reconnaît une dimension centrale de mon identité académique : le mentorat.
J’ai la conviction que soutenir la nouvelle génération de chercheurs, c’est préparer l’avenir de la recherche et de la société. C’est un travail essentiel, exigeant, mais souvent invisible. Accompagner de jeunes chercheurs à trouver leur voix dans un monde académique très compétitif et exigeant, à gagner en confiance, à se sentir légitimes et à développer une recherche de qualité et porteuse de sens est, pour moi, aussi important que produire de la recherche. C’est, en quelque sorte, les accompagner dans l’apprentissage d’un métier exigeant. Cet engagement se traduit concrètement à travers ma participation à des comités, jury de thèses et aussi à travers des programmes de mentorat d’envergue au niveau national et international. Dans la supervision de mes propres doctorants, j’essaie de les encourager à cultiver leur passion pour la recherche scientifique, à développer chez eux un esprit académique, à croire en leur contribution et à construire une recherche qui dépasse leur trajectoire individuelle pour avoir une réelle utilité pour la société. Pour moi, la transmission ne se limite donc pas seulement à l’acquisition de compétences scientifiques ou méthodologiques. Elle implique également la transmission de valeurs fondamentales pour le monde académique : l’intégrité, la rigueur, la responsabilité, l’ouverture intellectuelle, le respect des autres… ainsi que le souci de produire une recherche à la fois utile, solide et capable de répondre aux plus hauts standards scientifiques.
Cette nomination a aussi une résonance particulière pour moi, car elle vient de personnes que j’estime profondément, en Belgique et ailleurs. Le fait que des collègues seniors et de jeunes chercheurs aient pris l’initiative de porter cette candidature à mon insu rend cette reconnaissance encore plus précieuse et profondément personnelle. J’aime sincèrement les interactions avec les jeunes chercheurs. Elles donnent beaucoup de sens à ma mission académique. J’aime prendre le temps de les accompagner, qu’ils soient mes doctorants ou non, avec une exigence que j’espère toujours bienveillante. Comme je le leur dis souvent : « Small details make a big différence ». Je suis donc profondément émue de voir ce travail de longue haleine reconnu par mes pairs.
Vous participez au laboratoire d’innovation sociale, qui sensibilise les étudiants aux objectifs de développement durable à travers des projets concrets. Qu’est-ce que cette approche change dans leur manière d’apprendre ?
Mon approche en tant qu’enseignante rejoint celle que je défends en tant que chercheuse : aider les étudiants à se dépasser tout en rendant vivants des concepts théoriques. Cette approche les fait passer d’une logique d’absorption de contenus à une logique d’engagement. Dans ce laboratoire d’innovation sociale portée par une équipe d’enseignantes très dynamique, les étudiants se glissent dans la peau de « change makers » pour apporter des solutions à une problématique sociétale imminente, autour des objectifs du développement durables comme la pauvreté, le handicap, etc. Nous essayons de les confronter au plus près de la problématique afin qu’ils puissent changer leurs perspectives et mieux comprendre les réalités vécues par d’autres personnes. Ils apprennent ainsi à relier les concepts à des réalités humaines, à collaborer, à expérimenter, à assumer des choix et à réfléchir aux conséquences de leurs actions. Nous utilisons des pédagogies innovantes et immersives. Par exemple, nous avons récemment développé des scénarios de réalité virtuelle permettant de se projeter dans le quotidien d’une personne malvoyante. En plus de stimuler leurs capacités d’innovation, ce cours développe leur empathie, une qualité essentielle pour de futurs dirigeants. Je crois beaucoup à une pédagogie qui forme non seulement de bons étudiants, mais aussi des citoyens et des futurs professionnels capables de penser l’impact de leurs actions. Je suis convaincue que mieux former nos managers aujourd'hui, c'est contribuer à construire une société meilleure, plus juste et plus attentive à chacun.
CV express
Wafa Hammedi est professeure et chercheuse en marketing des services et de l'innovation à l'Université de Namur depuis 2010. Ses travaux, plusieurs fois primés, explorent la manière dont les services peuvent devenir des leviers d'inclusion, d'équité et de transformation sociétale. Elle exerce des responsabilités éditoriales dans des revues académiques de premier plan et accompagne des doctorants distingués par des prix de recherche.
Le Centre de recherche en marketing et service management (CeRCLe)
Wafa Hammedi dirige le NaDI-CeRCLe, le centre de recherche en Marketing et Service Management de l’UNamur. Créé en 2005 au sein de la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), il rassemble une équipe dynamique d'enseignants, de chercheurs, de doctorants et de praticiens dans le domaine du marketing et de management des services. Le centre place l’impact au cœur de ses travaux, notamment sur la consommation et le management responsable et éthique, les nouveaux modèles de marketing durable ou l’inclusion et la vulnérabilité. Le NaDI-CerCLe est reconnu à l'international comme centre de recherche de premier plan par l'American Marketing Association (SERVSIG) et l’Association Française de Marketing (AFM).
Cet article est tiré de la rubrique "Expert" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Insight Out : la série qui vulgarise la recherche
Avec INSIGHT OUT, le Confluent des Savoirs signe une websérie de vulgarisation née d’une idée de Wafa Hammedi. Les trois premiers épisodes sont consacrés à des recherches en EMCP peu connues du grand public et montrent toute la diversité d’un domaine souvent réduit à tort à quelques clichés. Le projet est appelé à valoriser, à terme, des recherches de toutes les facultés de notre université.
Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui
Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui
Professeure d’économie à l’UNamur, Catherine Guirkinger a été invitée par la KU Leuven à occuper une Chaire Francqui. Cette distinction lui donnera l’occasion de présenter ses recherches sur les rapports de genre et les décisions prises au sein des ménages, mais aussi de renforcer les liens entre les deux universités.
Créées en 1933, les Chaires Francqui visent à favoriser les échanges entre universités et à mettre en valeur l’excellence académique. Chaque année, des universités belges invitent des professeurs issus d’autres institutions à donner une série d’environ dix heures de cours, précédée d’une leçon inaugurale ouverte à un public plus large.
Cette année, la KU Leuven a choisi d’inviter Catherine Guirkinger, professeure d’économie à l’Université de Namur. “Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les arrangements au sein des couples et des familles se recomposent quand le monde autour d'eux change, et ce que ces recompositions changent pour chacun de leurs membres.” “ Ses travaux, menés principalement en Afrique subsaharienne mais aussi en Europe, combinent enquêtes de terrain, expériences et données historiques.
Une leçon inaugurale et trois cours avancés
La Chaire Francqui débutera par une leçon inaugurale intitulée Economic Change and the Family: Adjustment and Resistance, suivie de trois cours plus techniques destinés aux étudiant·es en master de recherche et en doctorat. Catherine Guirkinger y montrera comment les changements économiques, les lois ou les normes sociales peuvent influencer les décisions prises au sein des ménages. “On ne peut pas ignorer la façon dont les choses se passent à l’intérieur de la famille : toutes politique est en quelque sorte filtrée par celle-ci”, souligne-t-elle.
Elle s’appuiera notamment sur ses recherches consacrées au divorce, aux violences domestiques, à la prise de décision dans les couples et à l’influence de l’environnement économique sur les familles. Ces cours seront également l’occasion d’échanger avec des étudiant·es déjà engagé·es dans la recherche. “On peut aller plus loin avec un tel public”, souligne Catherine Guirkinger. “C’est toujours très stimulant”.
Une nouvelle occasion de rapprocher l’UNamur et la KU Leuven
Cette Chaire Francqui s’inscrit aussi dans une relation déjà existante entre l’UNamur et la KU Leuven. Les économistes des deux universités ont notamment collaboré dans le cadre d'un projet EOS (Excellence of Science), le programme de recherche conjoint du FNRS et du FWO. Catherine Guirkinger garde un très bon souvenir de cette expérience : “Ce programme a donné lieu à des échanges scientifiques très riches. Cette chaire est une belle occasion de les prolonger.”
Sa présence à Leuven offrira ainsi une nouvelle occasion de faire circuler les idées, de partager les recherches menées à Namur et de prolonger les collaborations entre les deux institutions. Félicitations à Catherine Guirkinger pour cette belle distinction !
EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur
EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur
L’UNamur s’est distinguée lors de l’édition 2026 de la conférence internationale IFIP EGOV, consacrée à la transformation numérique des administrations et à la démocratie numérique. Les chercheurs namurois issus de la School of Management de l'UNamur ont présenté quatre articles et trois posters, avec à la clé un Best Paper Award pour Simon Dechamps, un Best Poster Award pour Lisa Dewulf et une nomination pour Eudes Adiba parmi les contributions de recherche les plus innovantes.
Administration en ligne, e-participation, gouvernance algorithmique ou encore intelligence artificielle : la conférence internationale IFIP EGOV rassemble des chercheurs qui étudient les transformations numériques du secteur public et leurs conséquences pour les citoyens et les administrations. L’UNamur y était particulièrement bien représentée cette année avec quatre articles et trois posters présentés.
Un Best Paper Award pour Simon Dechamps
Simon Dechamps, doctorant en gestion à l’UNamur et membre du centre MINDIT, a reçu le Best Paper Award 2026 pour son article From the Modern Citizen to Citizens as Multiplicities: Citizen-Centricity as a Sign of a New Episteme?.Son travail s’intéresse à la manière dont les administrations cherchent à mieux adapter leurs services numériques aux besoins des citoyens.
À partir de quatorze entretiens menés dans des administrations publiques belges, Simon Dechamps montre qu’il est difficile de parler du « citoyen » comme d’un profil unique. Les besoins varient fortement d’une personne à l’autre, et les services publics doivent donc tenir compte de cette diversité. Son travail met ainsi en lumière le besoin de mieux outiller les agents publics pour adapter les services aux différents profils d’usagers.
Lisa Dewulf remporte le Best Poster Award
Lisa Dewulf, doctorante à la School of Management de l’UNamur et membre du centre MINDIT et de l’institut NaDI, a reçu le Best Poster Award pour Do Fictional Representations of AI in Government Relate with Citizens' Perception?.
Ses recherches portent sur les représentations des technologies numériques dans la fiction et sur la manière dont celles-ci peuvent influencer notre perception de ces technologies. Elles s’inscrivent dans le projet ARC Di-Fic, qui explore notamment l’utilisation des films, séries et jeux vidéo dans l’éducation à la citoyenneté numérique. Son poster propose une typologie des représentations de l’intelligence artificielle dans le domaine du gouvernement selon trois dimensions : l’échelle de gouvernance, le type d’IA représenté et son rôle dans le récit.
L’objectif est de mieux comprendre comment la fiction contribue à construire les imaginaires collectifs autour de l’intelligence artificielle, alors que celle-ci occupe une place croissante dans les administrations. Le jury a notamment salué la pertinence pratique du travail et son apport aux recherches sur l’IA et le gouvernement numérique.
Eudes Adiba parmi les contributions les plus innovantes
Mahougnon Sedjro Eudes Adiba, doctorant à l’UNamur au sein de MINDIT – NaDI, a vu son article sélectionné parmi les trois contributions de recherche les plus innovantes, sur près de 200 soumissions. Ses travaux portent sur l’accessibilité des données publiques et, plus précisément, sur la manière dont les citoyens cherchent une information sur des portails de données ouvertes, comme celui de la Ville de Namur.
Son étude analyse la manière dont les utilisateurs naviguent réellement sur ces plateformes. En étudiant leurs traces d’interaction, la recherche cherche à mieux comprendre la manière dont les citoyens s’y prennent pour trouver une information publique, dans le but de concevoir à terme des portails plus simples, plus intuitifs et mieux adaptés à leurs usages réels.
Une édition particulièrement réussie pour l’UNamur
Avec sept contributions présentées, deux prix et une nomination, EGOV 2026 met en lumière la diversité des recherches menées à l’UNamur autour de la transformation numérique, des services publics et de la citoyenneté. Une belle reconnaissance également pour le centre MINDIT, auquel plusieurs de ces chercheurs sont rattachés. Félicitations à l’ensemble des chercheurs et chercheuses ayant contribué aux travaux présentés lors de cette édition !
Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?
Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?
Comment nos identités sociales se construisent-elles ? Sont-elles simplement héritées, comme un nom de famille ou une histoire transmise à la naissance ? Ou se construisent-elles peu à peu, au croisement des héritages familiaux, des choix éducatifs et des contextes sociaux dans lesquels les enfants grandissent ? Ces questions sont au cœur des travaux de Juliette Crespin-Boucaud, chercheuse post-doctorante titulaire d’une bourse Marie Skłodowska-Curie au Centre de recherche en économie du développement (CRED) à l’Université de Namur. À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA).
Portrait
Microéconomiste, Juliette Crespin-Boucaud travaille à la croisée de l’économie du développement, de l’économie de la famille et de l’histoire économique. En 2021, elle obtient son doctorat à la Paris School of Economics. Elle poursuit ensuite plusieurs projets de recherche multidisciplinaires, d’abord à la London School of Economics, puis à l’Institut Barcelona d’Estudis Internacionals. Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une approche attentive au dialogue avec d’autres sciences sociales, notamment la science politique, la sociologie et la démographie.
Le projet TransmId : Transmission intergénérationnelle de l’identité en Afrique subsaharienne
Dans TranmId, Juliette cherche à comprendre comment les identités sociales (ethniques, nationales, religieuses ou linguistiques) sont produites, acquises et transmises d’une génération à l’autre. En d’autres termes : comment les choix des parents façonnent-ils les identités sociales de leurs enfants ?
Le projet s’intéresse d’abord aux mariages, car le choix d’un ou d’une partenaire influence les identités possibles des enfants nés de cette union. Les appartenances, langues ou religions des parents peuvent ouvrir différents chemins de transmission : un héritage unique, plusieurs héritages combinés, ou des identités qui se recomposent au fil des générations.
Mais la transmission ne s’arrête pas à la naissance. Elle se poursuit dans des décisions très concrètes : quelle langue parler à la maison ? Dans quelle école inscrire ses enfants ? Quelle place donner à une langue nationale, à une langue maternelle ou parlée dans le cercle familial, à la religion ou aux opportunités scolaires ? L’économie du développement permet de relier ces décisions individuelles à des contextes plus larges : ressources disponibles, politiques publiques, histoire, normes sociales et aspirations familiales.
L’un des volets du projet, financé par International Growth Centre, s’intéresse plus particulièrement au Mozambique, où les choix linguistiques et éducatifs des parents permettent d’observer très concrètement cette transmission. En effet, dans ce pays marqué par une forte diversité linguistique, le choix d’un programme d’enseignement, d’une langue d’apprentissage ou la langue parlée à la maison participent à la construction du bagage identitaire des enfants. Ces décisions dépendent de contraintes concrètes comme les ressources financières disponibles, les langues connues ou pratiquées par les parents, les écoles accessibles, mais elles sont aussi directement liées aux aspirations que les parents ont pour leurs enfants : lui donner les meilleures chances pour l’avenir, préserver une langue familiale ou maintenir une identité culturelle.
Pour comprendre ces choix, Juliette observe les comportements des familles comme autant d’indices. Quelle langue parle-t-on à la maison ? Quel programme (bilingue ou non) préfère-t-on pour ses enfants ?
Pour étudier comment les parents composent le « bagage d’identités » de leurs enfants, l'enquête porte à la fois sur les pratiques des parents et sur leurs attentes et préférences. Pour mesurer ces dernières, l’enquête propose aux parents
- d'estimer les bénéfices des deux types de programmes. Par exemple : parmi 10 enfants du programme bilingue / unilingue, combien parleront portugais à la fin de l’école primaire ?)
- de réfléchir à des scénarios hypothétiques où la langue parlée en famille, la profession des parents et le genre de l’enfant varient. Par exemple : quel est le programme que vont préférer pour leur fille des parents agriculteurs qui ne parlent pas portugais à la maison ?)
Ces informations sont ensuite mises en regard des pratiques réelles des familles : langues parlées à la maison, programmes fréquentés, etc.
Dépasser une vision figée des identités
Les identités ethniques, nationales ou linguistiques ne sont pas seulement des catégories héritées une fois pour toutes. Elles se construisent aussi dans des choix ordinaires : se marier, parler une langue à la maison, inscrire un enfant dans une école, privilégier un apprentissage plutôt qu’un autre.
À travers ces recherches, Juliette Crespin-Boucaud montre que l’éducation n’est pas seulement un lieu d’acquisition de savoirs. Elle est aussi un espace de transmission, d’arbitrage et de projection vers l’avenir. Entre héritage familial, identité nationale et opportunités sociales, la langue devient alors un fil conducteur pour comprendre comment les familles façonnent les identités des générations futures.
La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF)
La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF) est un financement européen sélectif qui permet à un chercheur postdoctoral de mener un projet ambitieux dans une nouvelle institution, souvent à l’étranger. Elle soutient à la fois l’excellence du projet, la mobilité du chercheur et le développement de sa carrière scientifique.
This project has received funding from the European Union under the Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) Postdoctoral Fellowships programme under grant agreement No 101151041
Vulgarisation et facilitations : Aline Wilmet - Confluent des Savoirs
La Nuit Européenne des Chercheurs
À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA). Pour rendre ces travaux et leurs enjeux accessibles au plus grand nombre, le Confluent des Savoirs, service de vulgarisation et de diffusion de la recherche à l'UNamur, a réalisé une facilitation visuelle de chaque projet. Ces facilitations ont pour but de structurer les informations scientifiques sous la forme d’une synthèse illustrée et vulgarisée associant mots-clés, schémas et éléments graphiques pour saisir rapidement les mécanismes étudiés et les grandes questions de recherche.
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Entre recherche, enseignement et transmission, Wafa Hammedi, professeure à la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), trace un parcours guidé par ses convictions. Loin des clichés de performance habituellement associés au marketing, elle défend une recherche engagée au service de la société, de l'équité et de l'inclusion.
Vous êtes spécialisée en marketing des services et de l’innovation. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous orienter vers ce domaine de recherche ?
Le marketing des services m’a attirée parce qu’il touche directement à la vie réelle des personnes : se soigner, apprendre, se déplacer, accéder à un service public, interagir avec une technologie ou être accompagné dans une situation de vulnérabilité. Contrairement au marketing des produits, qui porte davantage sur des biens tangibles, le marketing des services s’intéresse à des expériences souvent intangibles, subjectives et profondément humaines.
Ce domaine permet d’analyser ce qui fait la qualité d’une expérience : les interactions humaines ou digitales, la confiance, les émotions, la co-création de valeur, mais aussi les enjeux de justice sociale, d’éthique, d’inclusion et de dignité. Une même expérience peut être vécue différemment selon les individus, leurs ressources, leur situation et leur contexte d’interaction. C’est précisément ce qui rend ce champ de recherche à la fois complexe, passionnant et essentiel.
Ce qui me motive aujourd’hui, c’est de comprendre comment les organisations et les institutions peuvent concevoir des services qui ne soient pas seulement efficaces ou innovants, mais aussi plus justes, plus humains et plus responsables. Pour moi, le marketing des services est un levier pour transformer les expériences vécues et contribuer, très concrètement, au bien-être des personnes et à une société plus inclusive.
Justement, comment ces enjeux d’inclusion, d’équité ou de vulnérabilité se traduisent-ils dans vos recherches ?
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Dans cette perspective, les services ne sont pas réduits à une simple transaction mais replacés au sein d’un écosystème impliquant de multiples acteurs. Pour moi, l’inclusion et l’équité ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté dans le cadre de certains services, qui a plus de difficultés à être entendu, compris ou servi dignement, et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions. Mon objectif en tant que chercheuse est de me saisir de ces questions pour proposer des recommandations concrètes en collaboration étroite avec toutes les parties prenantes. La recherche académique a selon moi la responsabilité de s’engager sur des sujets sociétaux importants et de contribuer à rendre le système des services plus inclusif et respectueux de la dignité des personnes.
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Ce ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions.
Je plaide également pour une recherche en sciences de gestion plus ouverte, plus inclusive et véritablement connectée aux réalités du monde. Trop souvent encore, notre champ reste dominé par un prisme Europe–États-Unis, qui laisse dans l’ombre d’autres contextes, d’autres voix et d’autres expériences. Or, pour rester pertinentes, les sciences de gestion doivent mieux intégrer la diversité des réalités humaines, sociales, culturelles et géographiques. Cet engagement n’est pas seulement une conviction intellectuelle ; il se traduit par des actions concrètes. Par exemple à travers le programme NEXSER, une initiative ambitieuse soutenue par l’Union européenne via Erasmus+, nous avons construit un réseau d’excellence avec des partenaires des pays du Sud. Ces collaborations, nourries par des séjours de recherche, des échanges scientifiques et des projets de recherche communs, permettent d’enrichir nos perspectives, de questionner nos cadres habituels et de produire une recherche plus ancrée, plus juste et plus utile. Que ce soit à travers mes responsabilités institutionnelles, mes collaborations internationales ou mon engagement au sein de ma communauté scientifique, j’essaie de contribuer à des écosystèmes académiques où l’excellence scientifique, l’impact sociétal et l’épanouissement des personnes avancent ensemble. Pour moi, une recherche sans frontières est aussi une recherche qui ouvre des portes.
Vous venez de recevoir le Jay Kandampully Journal of Service Management (JOSM) Mentorship Award, qui récompense le soutien et l’engagement dans le développement de la carrière de jeunes chercheurs. Que représente cette nomination pour vous ?
C’est un réel honneur, et une reconnaissance qui me touche profondément. Cette nomination rappelle que l’impact académique ne se mesure pas uniquement à travers les publications, mais aussi à travers la capacité à transmettre, à accompagner et à faire grandir les autres. Elle reconnaît une dimension centrale de mon identité académique : le mentorat.
J’ai la conviction que soutenir la nouvelle génération de chercheurs, c’est préparer l’avenir de la recherche et de la société. C’est un travail essentiel, exigeant, mais souvent invisible. Accompagner de jeunes chercheurs à trouver leur voix dans un monde académique très compétitif et exigeant, à gagner en confiance, à se sentir légitimes et à développer une recherche de qualité et porteuse de sens est, pour moi, aussi important que produire de la recherche. C’est, en quelque sorte, les accompagner dans l’apprentissage d’un métier exigeant. Cet engagement se traduit concrètement à travers ma participation à des comités, jury de thèses et aussi à travers des programmes de mentorat d’envergue au niveau national et international. Dans la supervision de mes propres doctorants, j’essaie de les encourager à cultiver leur passion pour la recherche scientifique, à développer chez eux un esprit académique, à croire en leur contribution et à construire une recherche qui dépasse leur trajectoire individuelle pour avoir une réelle utilité pour la société. Pour moi, la transmission ne se limite donc pas seulement à l’acquisition de compétences scientifiques ou méthodologiques. Elle implique également la transmission de valeurs fondamentales pour le monde académique : l’intégrité, la rigueur, la responsabilité, l’ouverture intellectuelle, le respect des autres… ainsi que le souci de produire une recherche à la fois utile, solide et capable de répondre aux plus hauts standards scientifiques.
Cette nomination a aussi une résonance particulière pour moi, car elle vient de personnes que j’estime profondément, en Belgique et ailleurs. Le fait que des collègues seniors et de jeunes chercheurs aient pris l’initiative de porter cette candidature à mon insu rend cette reconnaissance encore plus précieuse et profondément personnelle. J’aime sincèrement les interactions avec les jeunes chercheurs. Elles donnent beaucoup de sens à ma mission académique. J’aime prendre le temps de les accompagner, qu’ils soient mes doctorants ou non, avec une exigence que j’espère toujours bienveillante. Comme je le leur dis souvent : « Small details make a big différence ». Je suis donc profondément émue de voir ce travail de longue haleine reconnu par mes pairs.
Vous participez au laboratoire d’innovation sociale, qui sensibilise les étudiants aux objectifs de développement durable à travers des projets concrets. Qu’est-ce que cette approche change dans leur manière d’apprendre ?
Mon approche en tant qu’enseignante rejoint celle que je défends en tant que chercheuse : aider les étudiants à se dépasser tout en rendant vivants des concepts théoriques. Cette approche les fait passer d’une logique d’absorption de contenus à une logique d’engagement. Dans ce laboratoire d’innovation sociale portée par une équipe d’enseignantes très dynamique, les étudiants se glissent dans la peau de « change makers » pour apporter des solutions à une problématique sociétale imminente, autour des objectifs du développement durables comme la pauvreté, le handicap, etc. Nous essayons de les confronter au plus près de la problématique afin qu’ils puissent changer leurs perspectives et mieux comprendre les réalités vécues par d’autres personnes. Ils apprennent ainsi à relier les concepts à des réalités humaines, à collaborer, à expérimenter, à assumer des choix et à réfléchir aux conséquences de leurs actions. Nous utilisons des pédagogies innovantes et immersives. Par exemple, nous avons récemment développé des scénarios de réalité virtuelle permettant de se projeter dans le quotidien d’une personne malvoyante. En plus de stimuler leurs capacités d’innovation, ce cours développe leur empathie, une qualité essentielle pour de futurs dirigeants. Je crois beaucoup à une pédagogie qui forme non seulement de bons étudiants, mais aussi des citoyens et des futurs professionnels capables de penser l’impact de leurs actions. Je suis convaincue que mieux former nos managers aujourd'hui, c'est contribuer à construire une société meilleure, plus juste et plus attentive à chacun.
CV express
Wafa Hammedi est professeure et chercheuse en marketing des services et de l'innovation à l'Université de Namur depuis 2010. Ses travaux, plusieurs fois primés, explorent la manière dont les services peuvent devenir des leviers d'inclusion, d'équité et de transformation sociétale. Elle exerce des responsabilités éditoriales dans des revues académiques de premier plan et accompagne des doctorants distingués par des prix de recherche.
Le Centre de recherche en marketing et service management (CeRCLe)
Wafa Hammedi dirige le NaDI-CeRCLe, le centre de recherche en Marketing et Service Management de l’UNamur. Créé en 2005 au sein de la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), il rassemble une équipe dynamique d'enseignants, de chercheurs, de doctorants et de praticiens dans le domaine du marketing et de management des services. Le centre place l’impact au cœur de ses travaux, notamment sur la consommation et le management responsable et éthique, les nouveaux modèles de marketing durable ou l’inclusion et la vulnérabilité. Le NaDI-CerCLe est reconnu à l'international comme centre de recherche de premier plan par l'American Marketing Association (SERVSIG) et l’Association Française de Marketing (AFM).
Cet article est tiré de la rubrique "Expert" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Insight Out : la série qui vulgarise la recherche
Avec INSIGHT OUT, le Confluent des Savoirs signe une websérie de vulgarisation née d’une idée de Wafa Hammedi. Les trois premiers épisodes sont consacrés à des recherches en EMCP peu connues du grand public et montrent toute la diversité d’un domaine souvent réduit à tort à quelques clichés. Le projet est appelé à valoriser, à terme, des recherches de toutes les facultés de notre université.