Un phénomène encore peu documenté dans la littérature scientifique a attiré l’attention de Catherine Guirkinger, économiste et professeure à la Faculté Economie Management Communication sciencesPo (EMCP), et de ses collègues, Pablo Alvarez-Aragon, post-doctorant à l’Université de Bologne et Jean-Philippe Platteau, professeur émérite à l’UNamur : la conversion des femmes africaines aux « nouvelles églises chrétiennes ». Cette appellation regroupe des nouveaux mouvements religieux d’inspiration chrétienne telles que les églises évangéliques ou pentecôtistes, qui se développent rapidement sur le continent africain et dans d’autres régions du monde. 

« Les analyses statistiques montrent que les femmes sont beaucoup plus souvent membres de ces nouvelles églises que les hommes. Ce déséquilibre est propre à ces nouvelles églises et ne s’observe ni dans les églises catholiques ni dans d’autres religions traditionnelles », explique Catherine Guirkinger. 

Croissance économique et conversion religieuse

Pour expliquer cette dynamique de conversion féminine, Catherine Guirkinger avance une hypothèse centrée sur les services de support proposés par ces églises, qui encouragent les femmes dans leur émancipation économique. « Dans un précédent travail de recherche mené au Bénin, nous avons observé que lorsque les femmes accèdent à de nouvelles sources de revenus, elles se convertissent plus facilement », précise Catherine Guirkinger. « Lorsqu’on les interroge, elles évoquent fréquemment ces services de support, qui les aident à surmonter les obstacles rencontrés dans l’accès à de nouvelles opportunités économiques. Ils ne sont pas uniquement d’ordre financier, mais incluent des services de "protection spirituelle", dans un contexte où les femmes "qui réussissent" sont souvent accusées ou victimes de sorcellerie. » 

Ainsi, les premières analyses suggèrent que la conversion religieuse est corrélée au cycle économique : elle est plus fréquente lorsque les revenus augmentent. « C’est un constat assez inattendu », souligne la chercheuse. « La conversion religieuse est généralement interprétée comme une réponse à des difficultés, notamment financières. Or, il semblerait que la croissance économique favoriserait au contraire l’adhésion à ces nouvelles églises. » 

Des outils économiques pour comprendre les comportements individuels

Une des zones d’ombres que souhaite éclaircir Catherine Guirkinger, c’est d’identifier quels rôles jouent ces églises dans l’émancipation de ces femmes face à des normes de genre plutôt conservatrices et patriarcales. Pour le comprendre, Catherine Guirkinger mobilisera une combinaison de méthodes : des données statistiques, des enquêtes qualitatives, des analyses économétriques mais également des « jeux économiques », des jeux de rôles permettant d’appréhender les comportements individuels à partir de mises en situation.  

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Catherine Guirkinger

L'analyse des décisions individuelles s’inscrit toujours dans un cadre conceptuel économique, au sein duquel les individus font des arbitrages en fonction des contraintes qu’ils rencontrent et des processus de négociation à l’œuvre. Dans ce projet, l’attention porte notamment sur la négociation au sein du couple, où le mari joue un rôle central dans le maintien des normes de genre. Les concepts économiques permettent ainsi d’éclairer des décisions religieuses, en les replaçant dans des dynamiques économiques et sociales.

Catherine Guirkinger Professeure et chercheuse en économie du développement

Le projet se déroulera sur quatre ans, de 2026 à 2030.  L’équipe du projet réunit un doctorant (en cours de recrutement), Jean-Philippe Platteau, professeur émérite à l’institut Defipp, et Pablo Alvarez, de l’Université de Bologne (Italie). 

Bio express

Catherine Guirkinger est spécialisée en économie du développement. Au centre de recherche en développement économique (CRED) de l’institut DeFIPP (Development Finance & Public Policies), elle mène des recherches sur l’évolution des structures familiales au cours de processus de développement. Ses travaux portent également sur les rôles respectifs des femmes et des hommes dans la société et sur le rôle des institutions publiques au sens plus large. Catherine Guirkinger explore notamment ces questions dans le contexte colonial, à partir de données d’archives et d’enquêtes historiques. En 2017 elle a bénéficié d’un financement Européen ERC pour ce programme de recherche et en 2024, elle a obtenu un financement du F.R.S-FNRS pour un projet collaboratif avec Bruno Schoumaker, professeur de démographie à l’UCLouvain, visant à digitaliser des données de recensement. En tant qu’enseignante, Catherine Guirkinger dispense des cours en micro-économie et en économie du développement. 

Découvrez l’institut Defipp

DeFIPP consolide les travaux de recherche menés dans les centres de recherche CRED, CEREFIM et CERPE, qui représentent les grands axes de recherche suivants : l'économie du développement (CRED), la finance et la macroéconomie (CEREFIM) et l’économie régionale et les politiques économiques (CERPE). L'objectif principal de DeFiPP est de promouvoir une recherche d'excellence en économie et en finance, avec une forte visibilité internationale, tout en utilisant la méthodologie économique, à la fois en théorie et en recherche empirique.