C’est un espoir que caressaient, dès 1832, les pères jésuites namurois : accueillir le couple royal belge au sein de leur établissement, le collège Notre-Dame de la Paix, devenu ensuite Facultés puis Université de Namur. Les pères sont en effet de fervents patriotes et des admirateurs du roi Léopold Ier, monté sur le trône alors qu’ils fondaient, avec l’aide de quelques mécènes, une nouvelle institution dans le paysage de l’enseignement de la toute jeune Belgique.

Léopold Ier (1790-1865), premier roi des Belges.
Léopold Ier (1790-1865), premier roi des Belges.

Le souverain, bien que protestant, se montre favorable aux efforts déployés par les jésuites. Aussi, à chaque passage des souverains à Namur, professeurs et élèves sortent le grand jeu : « trône superbe à la cour, inscriptions patriotiques, drapeaux et oriflammes, discours bien sentis, odes inspirées par les muses allemandes, anglaises et même grecques. Tout était prêt », relate la chronique du collège. Hélas, en 1832 comme en 1836, le roi Léopold Ier quitte Namur sans avoir eu le temps de s’arrêter dans le vaste bâtiment situé entre la rue de Bruxelles et la place du Palais de Justice.

Vue du collège depuis la place du Palais de Justice, vers 1840-1845.

Vue du collège depuis la place du Palais de Justice, vers 1840-1845.

À l’été 1843, le moment tant attendu arrive finalement. La ville, comme le chemin de fer, sont alors en plein essor : si les souverains reviennent dans la cité mosane, c’est en effet pour inaugurer la mise en service de la nouvelle ligne ferroviaire qui la relie désormais à Manage dans le Hainaut. Professeurs, élèves, ouvriers, tout le monde met la main à la pâte pour décorer la salle de réception du collège Notre-Dame de la Paix : « L’on s’efforce de donner à notre collège déjà si beau, une splendeur nouvelle. Inscriptions, emblèmes, quatrains de félicitations en toutes les langues ; tout l’art de la poésie et de la peinture est mis en œuvre. […] On avait construit au coin de la place du palais de Justice, à côté de nos classes, une estrade, où nos élèves étaient placés plus commodément pour jouir du spectacle, et faire mieux retentir au loin, sur le passage du Roi, les sons de leurs fanfares. C’était le 29 juillet à trois heures, salves joyeuses du canon de la citadelle. C’est l’annonce de l’arrivée du Roi. À peine est-il en présence des élèves, que ce fut une véritable exultation : « Vive le Roi ! Vive la Reine » répétés mille fois […] ». 

L’enthousiasme des jeunes attire l’attention de Léopold Ier et de son épouse, Marie-Louise, qui décident d’honorer le collège de leur présence le lendemain à midi. Le jour J, c’est le Recteur Louis Boetman qui accueille les monarques avec ces quelques mots : « C’est sous les auspices de Vos Majestés qu’a été inauguré le Collège N. D. de la Paix, à cette époque de bonheur où la Belgique a obtenu à la fois la liberté et un Roi pour la défendre. Depuis lors, j’ose le dire, Sire, cet établissement a eu l’ambition de bien mériter de son Prince et de sa Patrie : c’était pour lui un devoir sacré ».

Louis Boetman (1806-1900), recteur de 1839 à 1845.
Louis Boetman (1806-1900), recteur de 1839 à 1845.

Le roi et la reine écoutent ensuite les discours d’étudiants montrant leurs progrès dans l’étude des langues : Célestin en français, Anatole en allemand (la langue maternelle du souverain) et Léopold en anglais. Le roi les félicite pour l’excellence de leur prononciation et prend ensuite la parole, en adressant quelques mots chaleureux à l’assemblée. « Je suis charmé de me trouver au milieu de vous. Je sais que vous donnez à vos études une bonne et sage direction. Travaillez bien […] », encourage-t-il les étudiants, avant d’évoquer leur nouveau petit pays, dont la création et la neutralité devaient garantir l’équilibre européen : « […] un bel avenir se présente pour la Belgique. La Belgique a une si belle et si heureuse position en Europe ! Il ne dépend que d’elle de la conserver et de la rendre plus avantageuse. En conservant ses principes elle sera respectable et respectée […] ». Léopold Ier et Marie-Louise parcourent ensuite les rangs d’étudiants qui se pressent autour d’eux et découvrent avec intérêt les différentes parties du collège, avant de quitter l’assemblée après un dernier au revoir. Le lendemain, chacun peut lire le compte rendu de cette mémorable visite dans les colonnes de L’Ami de l’Ordre, ancêtre du journal L’Avenir. Le journaliste s’y fait l’écho du « mouvement d’intérêt et [de] la curiosité » qu’elle a suscitée dans les rues de la cité mosane et de « l’enthousiasme impossible à décrire » qu’ont ressenti les étudiants à cette occasion.

Plus tard dans son histoire, l’UNamur sera honorée d’autres visites royales de la part des descendants de Léopold Ier et de Marie-Louise. Les archives photographiques de l’université conservent ainsi la mémoire du passage d’Albert Ier, en 1931, pour inaugurer la première bibliothèque scientifique de l’université, puis du roi Baudouin, en 1973 et en 1981, à l’occasion de l’ouverture de l’institut d’informatique et de l’Arsenal transformé en restaurant universitaire. Le roi Albert II et la reine Paola participeront aux festivités du 175e anniversaire de l’université en 2007. Enfin, la reine Mathilde se rendra sur le campus namurois en mars 2021, afin de visiter la Solidarithèque de Namur. Cette épicerie solidaire aide les étudiants du supérieur confrontés à des difficultés financières, en mettant à leur disposition de paniers alimentaires abordables. 

Namur en 1843

Lors de la visite des souverains belges, Namur est en pleine mutation. La ville s’adapte aux innovations technologiques du 19e siècle et aux besoins nouveaux, en développant des infrastructures qui transforment peu à peu le paysage urbain. Les années 1840 sont notamment marquées par l’apparition d’installations au gaz dans de nombreuses maisons particulières et par la création d’un deuxième pont sur la Sambre (1841). L’inauguration d’une gare et d’une première ligne de chemin de fer (1843), bientôt suivie par d’autres, facilitent considérablement les déplacements vers la cité. La vie culturelle et savante connaît également un essor important avec la création d’une Académie de peinture (1835) et de la Société archéologique de Namur (1845). Elle voit aussi l’émergence d’organes de presse régionaux tels que l’Ami de l’Ordre (1839). Les premières années du collège Notre-Dame de la Paix s’inscrivent donc dans l’intense développement de la cité mosane à cette époque.

Cet article est tiré de la rubrique "Le jour où" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025